Paris-New York

28 mar 2011 by wandrille, 5 Comments »

Je n’aime pas particulièrement voyager.

Et encore moins prendre l’avion.

Entendons nous bien, je n’ai pas peur. L’idée de voler dans un engin primitif gonflé de kérosène, probablement piloté par deux alcooliques sous-payés par une compagnie low-cost et ce que ça implique en terme de catastrophe aérienne ne m’effraye pas plus que ça.

Je suis parfaitement serein et stoïque là-dessus. J’ai une force d’âme digne des plus grands, à côté de laquelle la volonté de réussite et la quête d’exigence d’une danseuse étoile du Bolchoï ressemble à la timide tentative de l’indien tentant vainement de refourguer une rose à un groupe d’étudiant de pharma s’avinant dans un rade, ou à la tentative, non moins vaine, mais pourtant émouvante, d’un petit africain fraîchement adopté d’avoir sa première étoile.

Une pitite fleur pour la jolie mademoiselle ? Non, mon vieux, ça ira, elle a déjà trop bouffé, plus ce serait de la gourmandise

Non, ce qui m’ennuie dans le voyage, c’est le côté, il faut s’organiser, arriver trois heures avant, remplir des papiers, faire ses bagages, écrire son testament… Dieu que tout cela est fatiguant.

Cependant, il faut bien prendre des vacances de temps en temps et, si c’est pour ne pas faire envie aux gens au passage, je ne vois pas bien l’intérêt.

Voilà pourquoi je me retrouve parfois contraint de privilégier des destinations lointaines et coûteuses, où je passe en général des moments peu exaltants dans des chambres d’hôtels climatisés à crever, mais qui me permettent de dire à mon entourage que je vais tuer le temps en faisant du tennis à Bora-Bora ou de la luge à Acapulco.

La plupart du temps, je fais comme tout le monde : je mens et je vais en fait seulement m’emmerder à Moutiers au Perche, dont l’isolement culturel, humain et la grande qualité d’ennui me garanti de ne jamais être croisé, reconnu et percé à jour.

Le perche, ses sous-bois, ses bottes de pailles, ses chasseurs... La garantie de mourir d'ennui sans être dérangé par une activité culturelle quelconque.

Mais de temps en temps, je fais un vrai voyage, ce qui me permet de répondre aux questions qui suivent mon retour sans m’obliger à un effort de documentation.

Vous savez comme sont les gens, ils veulent des détails.

Vous ne pouvez pas leur dire « oui, j’étais à Sumatra, c’était formidable, dire que pendant que tu trimais au boulot je prenais le thé avec le Dalaï Lama » Non, il faut que vous décriviez précisément la demeure de ce dernier, le modèle de ses Reebook et que vous donniez les heures de visite de la Grande Mosquée d’El Paso, sinon personne ne vous prend au sérieux.

Je m’étais donc contraint à faire un voyage. New York et Los Angeles, deux semaines de vacances bien méritées après trois mois de labeur acharné. Un séjour dont l’annonce m’avait permis de faire la nique à une mailing list comptant bon nombre de gens moins aigris que moi et que j’avais ainsi contribué à frustrer un peu, du moins je l’espérais.

Je partais donc chez mon ami Nicolas –un garçon délicieux, une grosse fortune – et j’étais déjà fatigué à l’idée de rencontrer des new yorkais. Je n’aime pas les étrangers, surtout à cause de cette manie qu’ils ont de se comporter partout comme chez eux. Là, c’est encore pire : ils sont vraiment chez eux. C’est horripilant.

Je n’avais pas pris un low cost, pour une fois, pas une de ces compagnies qui confondent « facile » et « bon marché» (c’est pourtant pas dur : ce n’est pas le même mot) ou affrètent un avion à pas cher, initialement acheté en pièces détachées par un Irlandais visiblement habitué au transport du bétail et qui a étendu sa science du maquignonnage à ses passagers en les traitant comme il mène ses moutons au pays.

 

Normalement, avec Ryanair, on l'a plutôt dans le cul, mais, si vous êtes plutôt branché fellation, c'est possible.

Une compagnie régulière, donc. Petite, mais méritante.

Bizarrement, la nourriture, qui est gratuite en général était payante.

Je suppose que la compagnie connaissait des difficultés, ou que, n’ayant pas eu des rations en quantité suffisante, elle avait trouvé ce moyen de départager les gens qui auraient le droit de manger ou pas.

Toute sélection est douloureuse.

J’applaudis les gens qui choisissent de délaisser les critères subjectifs, tels que la race, la religion ou le tour de poitrine, pour privilégier une sélection par le critère objectif et impartial de l’argent.

Cela dit, Paris-New York, c’est long, et les estomacs comme la révoltent grondaient dans le compartiment des classes éco.

Pourtant, nous avions là un beau lot de passagers sages et disciplinés ; à peine un terroriste s’était-il glissé parmi nous. Et il était très sage.

On peut être taliban et porter beau. Même si une épilation du sourcil ne serait pas de trop.

 

En réalité, n’eurent été sa longue barbe, son teint brunâtre, son obstination à faire sa prière dans l’allée – c’est très pénible pour circuler – et à bloquer les toilettes pour faire ses ablutions, n’y eut-il pas eu cette longue série d’imprécations éructées avec colère à chaque fois que le nom de notre destination était mentionnée au micro, et bien oui, sans tout cela, on eut difficilement soupçonné qu’il s’agissait là d’un authentique taliban, garanti sur facture –je pourrais dire pur porc, mais ce serait de mauvais goût.

D’ailleurs, les services de sécurité l’avaient laissé monter à bord, ce qui prouve bien que notre terroriste passait bien. Il n’avait pas d’arme, ce qui prouve que les portiques des aéroports ne sont pas bien efficaces pour détecter les mauvaises intentions.

Notre terroriste était en effet diablement intelligent.

S’il avait choisit de ne pas emporter d’arme, c’est qu’il comptait en fabriquer une dans l’avion.

Il avait à cet effet, dès les premières minutes de notre montée à bord, construit une forge, à proximité des toilettes, afin de s’assurer un accès en eau. Puis après avoir opéré une quête (vous savez comment sont ces gens là) et récupéré autant de pièces et objets métalliques que possible, il s’était mis à faire fondre les objets épars en un mélange métallique.  Son intention était de fabriquer un cimeterre des plus impressionnants, dans la plus pure tradition berbère, pour détourner l’avion afin de le jeter sur une tour dans une explosion gracieuse, action qui lui assurerait des grâces éternelles au paradis, si on en croit le Prophète.

Non, merde, on avait dit soixante dix sept vierges, des VIERGES bordel.

Mais cela, nous n’en savions rien. En effet, interrogé par les hôtesses, notre terroriste avait répondu qu’il avait oublié d’amener des cadeaux aux amis qu’il allait visiter et qu’il fabriquait en vitesse une tour Eiffel miniature au 1/ 75° pour ne pas arriver les mains vides.

On venait de Paris, c’était parfaitement crédible.

C’est d’ailleurs sous ce prétexte qu’il nous avait sollicité et je lui avais d’ailleurs de bonne grâce donnée l’une des huit mini tour Eiffel que je comptais offrir à la famille nombreuse de Nicolas. Le petit dernier avait huit mois, il pouvait se passer de sa tour Eiffel, après tout.

Le temps de devenir assez grand pour être jaloux, ses sept frères et sœurs auraient sûrement eut l’occasion de casser le deuxième et / ou  le troisième étage de leurs tours, ou au moins de rendre tous les ascenseurs inutilisables, ce qui, on en conviendra, rend l’accès au sommet particulièrement pénible, et diminue sensiblement l’intérêt d’avoir une tour Eiffel à soi.

Après m’avoir bien remercié, notre terroriste m’avait dit qu’il ne pouvait se contenter d’offrir une si petite tour, mais qu’il se servirait de la mienne comme modèle.

Essayez donc de faire ce genre de bonne blague avec la tour Eiffel...

On le voit, un être aussi charmant, on lui eut donné le Bon Dieu sans confession.

Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence, les passagers que la faim rendait irascibles. D’autant que, des places en businness, simplement séparés de nous par un mince rideau de taffetas bleu montait la délicieuse odeur d’un plat de pâtes réchauffées au micro-onde et qu’on entendait nettement la sonnerie du même micro-onde sonner à intervalles répétés, ponctuer d’un « c’est prêt » ou « à table » tout familial qui contribuait à rendre fous les plus faibles d’entre nous.

Et fous nous le fûmes quand le steward nous annonça qu’il n’y avait même plus de Toblerone à vendre, ceux-ci ayant été tous achetés par les premières classes, qui n’avaient pas eu assez de dessert.

A propos de Steward, je profite de cette mention pour apporter à votre attention que, s’ils sont ainsi appelés, c’est en hommage à l’acteur James Steward, pour une raison connue d’eux seuls mais que j’invite les lecteurs curieux à percer . Voilà un beau sujet de thèse universitaire.

Donc, quand le malheureux steward pénétra dans la section classe éco de l’avion porteur de cette terrible nouvelle,  ce fut l’hallali. « Ne tuez pas le messager » dit l’adage.

Hélas pour le steward, il n’en fut rien.

Dans un rugissement, les plus affamés d’entre nous se ruèrent sur le pauvre garçon et le décapitèrent avant de se partager ses membres et ses organes.

Notre terroriste eut un mouvement de dépit à cette vue. Il avait compté être le premier à pratiquer la décapitation dans l’avion, on lui ravissait la primeur de la chose, il y avait bien là de quoi être déçu.

Les bruits de mastications étaient parfaitement écœurants, surtout pour les gens qui, comme moi, n’avait pas eu droit à un morceau de steward (je crois me rappeler qu’il s’appelait Vincent, si sa famille nous lit et qu’elle est toujours sans nouvelle, qu’elle sache que Vincent ne sera probablement pas là à Noël prochain).

Vincent le Steward, avant biactol.

De la classe business, un homme en costume surgit, parfaite incarnation de la colère, le bon droit à la main, tel Jupiter tonnant. Il avait mangé, il était nourri, il était beau. Quelques miettes de pain parsemaient encore son col et, en cherchant bien, un morceau de salade était coincé entre les incisives 2 et 3 (les dentistes me comprendront).

Le grand homme était outré d’avoir été dérangé dans le calcul de son bonus, résultant d’une opération sans grand danger qui avaient permis aux actionnaires d’un fond de pension luxembourgeois de s’engraisser aux dépends d’une république européenne en faillite.

On sentait derrière lui le soutient de toute la classe affaire et des premières classes, qui eux avaient la dignité de digérer en silence, tout en consultant sur leur  lap top qui un rapport annuel, qui un porno chic.

Alors qu’il ouvrait la bouche pour nous intimer silence et respect avec un charmant accent britannique, l’odeur d’un camembert Président sous plastique nous parvint, narguant nos papilles, enflammant l’imagination gustative de la quasi entièreté d’un airbus A340 rendus déjà cannibales par la faim.

Camembert, Président !

Les premiers rangs se ruèrent sur lui.

D’un revers de la main parfaitement exécuté, dénotant l’expert en arts martiaux, il foudroya les premiers, affaiblis par le jeun, mais, sous le poids du nombre, il succomba, son corps dépiauté par ses vainqueurs. Dans la classe affaire, un silence navré suivi la scène. On tira à nouveau le rideau entre eux et nous, et l’affaire fut close.

Et moi, me direz vous ?

J’aurais certes pu profiter du deuxième service pour avoir un morceau de banquier. Mais je ne suis pas ainsi. Rappelez vous : force d’âme, volonté de fer, puissance intellectuelle.

Il valait mieux d’ailleurs ne pas avoir mangé de cet anglais, car, quelques mois plus tard, je devais rencontrer l’un de ses prédateurs qui m’assura que sa chaire était très dure, avait un goût atroce de pastille mentholée et que ça avait été très dur à digérer.

C’est souvent ainsi avec la cuisine britannique: de la viande de piètre qualité, à la menthe et mal cuite ; tout ça ne donne jamais rien de bon.

La cuisine anglaise : un ravissement pour les yeux et le palais.

Bref, j’aurais pu en avoir, mais j’ai méprisé. Et puis, il faut le dire, je ne suis pas très anthropophage. Je n’aime pas trop le melon non plus.

Manger de l’homme est plutôt un truc d’aviateur. Et comme dit précédemment (suivez un peu) je n’aime pas prendre l’avion. Les aviateurs, eux, mangent souvent le cadavre de leur copilote dans la Cordillères des Andes, au dessus de 4000 mètres.

J’avais un ami qui avait fait un truc similaire, mais plus bas, dans les Alpes, et il n’était pas aviateur. Toujours est il que, d’après lui, c’était délicieux et qu’il s’était régalé. A l’entendre, il n’avait jamais autant apprécié sa femme et ses enfants.

Pour ma part, il faut avouer que je ne suis pas naturellement friand de ce genre de plat. Certes, je ne dénigre pas un bon morceau quand on m’en propose, surtout si je suis reçu chez les autres, mais, à choisir, je suis plutôt sucré.

 

Je ne sais pas vous, mais moi, voilà, je suis plutôt sucré.

J’avais donc, dans ma grande prévoyance, emporté de la maison un paquet de gâteaux au chocolat et, grâce à une répartition judicieuse de cette denrée convoitée, je m’étais assuré un certain nombre d’alliés dans les sièges alentours. J’avais privilégié, on le comprendra sans peine, les gens les plus costauds et les moins intelligents, ce qui va souvent de pair, m’assurant ainsi sécurité et confort, tout en maintenant une prise sur ma clientèle, m’assurant qu’ils ne soient pas tout à fait repus, et donc, toujours dépendants de moi.

Une hôtesse était d’ailleurs venue me voir avec un regard implorant et des yeux mouillés. En échange de mes faveurs, elle avait eu le droit à un quart de gâteau.

Grand prince, j’avais autorisé mon aréopage à mater du coin de l’œil mes performances ; un touriste japonais ayant même eu le bonheur de réaliser un petit film, dont, certes, la vente a posteriori n’a pas amené autant d’argent qu’attendu, mais qui a eu son petit succès sur youtube, et me vaut quelques privautés encore aujourd’hui, lorsqu’il m’arrive de croiser une hôtesse de l’air.

Playmobil a bien su rendre le côté sexy de cette hotesse de l'air, qui a une ressemblance troublante avec Marine Lepen

Confortablement installé sur ma réserve de gâteau, je pus donc passer une fin de vol presque tranquille. Les cannibales étaient calmés et le reste de l’appareil avait aussi retrouvé un certain équilibre, même si une famille d’Espagnols provoqua une belle émotion lorsque, aux deux tiers de notre périple, on s’aperçut qu’un de leurs rejetons était en fait un jambon déguisé en garçon.

Quand on sait que les jambons et les garçonnets ibériques sont tout aussi poilus et ont tous deux le même subtil fumet, on ne peut que saluer la supercherie ; A moins d’une méprise, auquel cas le jambon en question était effectivement un petit Ibère dont les parents se coupaient discrètement une tranche de temps en temps.

On admettra que la méprise est pardonnable. Je n’ai pour ma part jamais pu distinguer un lonzo d’une figatelle.

Une photo de la classe de cm1 de santa Clara del Sul. De gauche à droite : Pedro, Rodrigo, Lonzo, Maria, Mendoza...

Au moment de la découverte de la chose, l’équilibre politique de l’avion sembla basculer, mais une fois les derniers restes du jambon engloutis, nous retrouvâmes l’état de paix précaire qui s’était préalablement établi.

Le reste du voyage fut sans accroc notable, jusqu’à la descente sur JFK.

Là, en effet, notre terroriste découvrit que, d’une part, sa chaussure n’était pas un marteau suffisamment puissant pour pouvoir correctement battre le fer pendant qu’il était chaud (ce qu’il était, à ce moment là), et d’autre part, que sa lime à ongle ne lui permettrait jamais d’aiguiser à temps son cimeterre pour pouvoir détourner l’avion d’une façon crédible.

Le malheureux tenta donc d’improviser une prise d’otage avec son four improvisé, mais ne réussit qu’à se brûler atrocement les mains.

 

S'il avait utilisé ces jolies maniques, notre terroriste aurait pu marquer un but de la tête, sans se brûler.

L’odeur de chair brûlée fit d’ailleurs verser des lames à la mère espagnol, lui rappelant le doux fumet de son jambon de garçon. Nous fûmes en tout cas tous surpris de découvrir que notre terroriste avait fait ces dessins tragiques pour notre vol. Jusqu’ici, nous pensions tous sincèrement qu’il parlait de façon théorique de ces projets de suicides collectifs, et à aucun moment nous n’avions envisagé sérieusement qu’il ait voulu faire de nous ses camarades d’holocaustes.

C’était bien entendu flatteur, et je n’ai pas manqué de le remercier.

J’ai toujours cru que la religion est une affaire personnelle, et qu’on serait bien mal avisé de discuter du droit qu’on les autres de massacrer les gens qui ne pensent pas comme eux, alors que ça leur a été demandé noir sur blanc par un prophète qui connaissait bien Dieu.

Beaucoup des passagers survivants pensaient d’ailleurs comme moi et ce fut d’une courte majorité qu’il fut finalement décidé de remettre notre preneur d’otage à la police américaine. Certain verront là un exemple du syndrome de Stockholm, je préfère parler de tolérance et d’ouverture à une religion certes peut être un peu moyen-âgeuse par certains côtés, mais tellement authentique et qui a le mérite de remettre les femmes à leur place.

 

Ce monsieur musculeux est en fait une madame, comme le dénote le port du foulard.

Nos hôtesses, ces salopes, remirent donc aux autorités le grand brûlé, son forfait manqué.

Il ne fut pas heureusement pas passé à la chaise électrique, comme on l’avait craint.

En effet, l’enquête révéla qu’il n’avait pas d’intentions belliqueuse contre les Etats-Unis, mais qu’il envisageait en fait de détruite une tour à Hong Kong, plus haute que ce qu’on pouvait trouver dans le nouveau monde.

Il fut interné en quartier de haute sécurité, où il subit divers sévices sexuels, sans doute dignes de ce qui  l’eut attendu dans l’au-delà, du moins on l’espère, sévices pratiqués par des latinos bodybuildés et aussi par des noirs lui susurrants les douces romances dont  ils ont le secret.

Pour en finir avec ce périple, il se termina par une anecdote assez cocasse et qui est le but de ce long récit, par ailleurs un peu banal, mais qui aura rappelé, je l’espère, des souvenirs aux habitués des voyages transatlantiques.

Figurez-vous que, une fois rendu chez mon ami Nicolas qui habite un très grand loft surplombant Central Park, j’ai ouvert ma valise. Et là, qu’elle ne fut pas ma surprise de découvrir qu’un nain de jardin y avait voyagé, en passager clandestin.

En effet, Herr Hirsekorn, le nain, allemand, comme tous les nains, avait profité du chargement en soute à Orly pour se glisser dans mon bagage, dont la coûteuse facture lui sembla, à raison, la garantie d’un voyage confortable et d’une arrivée dans un cadre cossu.

Il nous quitta après une tasse de Verveines et quelques chansons de la Wehrmacht qui nous rappelèrent un peu nos jeunes années aux scouts, avec Nico.

Quelle classe ces allemands.

 

Pas facile de saluer correctement, quand on a les mains crispés...

Ce nain allait connaître une destinée singulière, puisqu’il allait être le premier nain de jardin de Central Park. Il a récemment défrayé la chronique en se présentant au poste de maire de la ville, puisque oui, il s’agit bel et bien de Wolfhgang Adolf Hirsekorn, le chef de l’importante communauté de nains de jardin qui peuple désormais le plus grand espace vert de Manhattan.

On a peine à se rappeler qu’à une époque Central Park ne comptait aucun nain de jardin. Aujourd’hui, cela paraît presque absurde de penser qu’il ait pu en être autrement, et que leurs jolis terriers et leurs brouettes colorées étaient alors absentes des terrains de baseball où ils apportent une intéressante contrainte au jeu.

Et voilà, comment, au cours d’un banal trajet Paris-New York, j’ai pu tutoyer l’histoire en ouvrant ma valise.

Comme quoi, si on reste chez soi, comme vous, on ne vit aucune aventure digne de ce nom, tandis que, si on va à New York, comme moi, on a une vie de dingue et on rencontre des gens passionnants.

Et tout cela en vacances, pendant que vous bossez comme des cons.

 

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5 Comments

  1. Thôt dit :

    Pire. Pendant ce temps-là, certains essaient de créer une activité culturelle près de Moutiers-au-Perche.
    Le sacerdoce c’est pas que pour la religion!

    P.S: Les mots-clefs sont charmants et décrivent merveilleusement les aléas d’un voyage Paris-New-York. J’ai moi-même du affronter de sauvages hispaniques pour accomplir ce périple. Pas vu de jambon, par contre.

  2. elosterv dit :

    Très drôle et bien écrit, tu es un peu le desproges ou le boris vian de l’ère numérique mais en moins mort.
    C’est sincère et en écrivant d’abord ça, j’évite aussi de passer pour la connasse qui fait remarquer les erreurs : Sous la photo des playmobil> « Playmobil » sans « e » et  » a bien su « 

  3. Bozel dit :

    Vous parlez à un moment de « ces dessins tragiques » , n’est-ce pas plutôt « desseins » qu’il faudrait employer ici ?
    Sinon, très bon article.

  4. wandrille dit :

    j’en parle à dessein, c’est le destin.

  5. Lisa dit :

    L’image parle d’elle même, c’est trop marrant et aussi bien insultant quand même. En tout cas, c’est divertissant !!!

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