19 août
2010

Berlin, la ville ou rien c’est bien

« Et que vas tu faire à Berlin ? »

A cette question, somme toute censée, concernant ma décision d’émigrer dans la capitale allemande, je répondais, un sourire ironique aux lèvres.

« Ma foi, vivre, je crois. C’est déjà bien. »

J’ignorais à l’époque à quel point cette réponse recouvrait une réalité toute berlinoise, difficile à apprécier du point de vue parisien.

Les métropolitains, dont je m’enorgueillissais de faire partie, ne savent pas concevoir quelqu’un qui ne « fasse rien ». Vous êtes ce que vous faites et, si vous n’aimez pas en parler, on vous pardonne, car, même si vous n’appréciez pas votre emploi actuel, vous en avez un.

Quand bien même vous êtes chômeur, on considère désormais avec indulgence qu’il s’agit là d’un emploi à part, où, moyennant quelques fatigantes formalités administratives, vous gagnez courageusement un salaire, certes bas, mais qui vous donne droit à un statut, celui de chercheur, carrière difficile où il est parfois plus difficile de trouver que dans la branche officielle de la recherche.

J’ai la chance d’exercer une activité qui ne me demande pas d’être sédentaire, et, à défaut d’attache et de famille, j’ai la liberté d’exercer mon métier d’auteur aux quatre coins du continent si l’envie m’en chante.

Le désir de connaître autre chose que la Ville Lumière me paraissait une opportunité de confronter à la réalité des choses la supériorité que tout Parisien affiche quant au reste du monde, persuadé qu’il est de vivre dans la ville la plus intéressante de la planète.

Berlin remplissait tous les critères qui pouvaient séduire quelqu’un cherchant une capitale européenne dynamique et peu chère, je m’empressais donc d’y porter armes et bagages, après quelques visites en éclaireur m’assurant que je ne commettais pas d’erreur grossière en m’installant là-bas.

A part une neige persistante et un respect par trop strict de la signalisation routière, la capitale allemande n’avait que des atouts à mes yeux : une architecture mêlant le grandiose des Altbau (vieux bâtiments) aux couleurs improbables des Saniert Bau (immeubles rénovés), l’usage de la langue de Goethe qu’une tradition familiale m’a obligé à apprendre, et que la pratique m’a appris à aimer, une population très mélangées, issue des quatre coins de l’Europe, une vie culturelle due, entre autres, à la grande profusion d’artistes, graphistes et autres créatifs, des loyers défiant crânement ceux des provinces les plus reculées de la France profonde, de l’approvisionnement en fromages et vins français ( les perles de la civilisation française), une proximité avec la maison mère rendue encore plus facile par la présence d’un opérateur aérien low cost, qui met Paris et Berlin à deux heures l’une de l’autre, pour un prix inférieur à ce qu’on débourserait pour se rendre en train dans des villes française de moindre envergure (Bordeaux, par exemple).

Il va sans dire que je m’installais à Berlin Est.
L’Ouest, on y va pas.

Aussitôt arrivé, j’ai donc commencé à frayer avec la faune berlinoise, en y cherchant la fleur.

Hélas… j’avais gardé mes réflexes de Français et très vite, je commis un impair que je soumets à votre attention afin de vous en garder.

C’est avec une jeune Anglaise que je fis cette erreur de débutant. Elle était charmante, coupée court, les cheveux en l’air, rendant hommage aux années 80 et à la rigidité des gels modernes.

Les yeux bleus, les traits fins… Pas du tout anglaise. Typiquement berlinoise, donc.

Bien sûr, elle était mal habillée, mais à Berlin, tout le monde est mal habillé.

On vous dira que c’est parce que chez nous, on se moque de la mode, n’en croyez rien.

A Berlin, la mode, c’est d’être mal habillé.
Je suis extrêmement à la mode, là bas.

Bref. Après avoir échangé quelques remarques suivant la soirée lecture à laquelle nous avions tous deux assisté à Zadig, la librairie française de Linienstrasse,j’arrivai à cet incontournable de la conversation…

“And what do you do in Berlin ? »

Dans les yeux de mon interlocutrice, un regard de reproche et d’incompréhension

« You’re so rude ! »

(« espèce de salaud, c’est dégueulasse ce que tu me demandes là… » pourrait-on traduire)

« ah bon ? »

« You don’t ask to people what they do in Berlin… because, most of the time, we do nothing”

Quelques minutes avant de m’abandonner penaud, la jeune Anglaise avait précisé son propos en disant qu’en fait, on faisait tellement de choses qu’il était difficile de dire ce qu’on y faisait.

Vous avez saisi l’idée.

Racontant quelques jours plus tard cette anecdote à un voisin venu partager une bière en ma demeure, je le voyais rire et me confirmer qu’effectivement, ça se passe comme ça par ici.

Profitant de son humeur enjouée, j’en profitais pour tenter une nouvelle fois de savoir quelle activité exerçait mon invité. Aussitôt, le sourire disparut et il me regarda, en me disant avec gravité :

« Tu ne demandes pas. »

C’était la dernière fois que je me risquais à ce genre de chose et, depuis, personne ne m’y a repris.

Ainsi, si vous rencontrez des gens à Berlin, pour éviter de les froisser, ne leur demandez jamais, au grand jamais, ce qu’il font, dans la vie ou ailleurs.

A Berlin, on ne fait rien, mais on le fait bien.

15 juin
2010

Comment faire un livre sans se casser la nénette…

En haut, entouré de en vert, … le MOI JE d’Aude Picault, publié en 2005 chez WARUM, petite maison d’édition associative,

En bas, encadré de rouge, les images tirées  un livre d’une jeune inconnue, publiée en 2008 dans une structure éditoriale possédée par une magnifique entreprise dont le nom est tout un hommage au ©, entendu dans le sens littéral du terme (je vous laisse traduire).

Nous n’en dirons pas plus sur le nom de la talentueuse artiste et de son éditeur

Regardez ci dessous, je vous laisse juge…




Je ne vous ai pas mis toute la série…

Alors bien sûr Aude Picault et Warum ont contacté la maison d’édition à la sortie du « livre »… pour régler les choses à l’amiable. Mais finalement, tout cela a fini devant les trinubaux, devant une chambre spécialisée, parait il, dans ce genre de cas…

La semaine dernière, les juges ont tranché, estimant que le deuxième livre n’était pas du tout constitutif d’une quelconque copie.

Comment dit on déjà ? Ah oui…

La justice est aveugle.

13 avr
2010

Elucubrations… sur le droit d’auteur et l’édition multimédia

A l’heure du problème de la publication en ligne, sur portable, ou sur Ipad (vu qu’on en est là), je me dis que peut-être faudrait-il réfléchir non pas sur le cas particulier du droit d’auteur appliqué au numérique, mais sur le droit d’auteur dans son fondement.

Et puis, après, l’appliquer à la BD, et à la BD numérique. D’abord, le droit d’auteur c’est un droit patrimonial et intellectuel sur une création. Ca veut dire grosso modo que d’une part, quand on crée quelque chose d’original, on est en droit de décider de son utilisation et de son éventuelle modification – on va dire que c’est le droit moral – et, d’autre part, qu’on est aussi en droit d’en attendre des revenus, si la création est exploitée d’une quelconque façon commerciale.

Evidemment, l’essentiel de l’attention se porte, en général, sur la partie patrimoniale, vu que, n’est-ce pas, c’est là qu’il y a l’argent, et que l’argent, c’est important (comme on dit).

"Ah ah ah, le droit moral, j'adore ça"

Bien entendu, le droit moral ne doit pas être perdu de vue.
Quand on crée une oeuvre de bande dessinée, on la crée pour un support particulier (actuellement c’est encore plutôt le papier, mais ça risque de changer). L’adaptation sur un autre support suppose un travail et il est normal que l’auteur ait plus qu’un droit de regard là-dessus.

Effectivement, la question se pose. Mais, avec le développement des nouveaux supports, on risque de voir une rapide adaptation des producteurs à ce mode de consommation (il suffit de voir le développement des blogueurs) et, bientôt, il devrait être normal pour la plupart des nouveaux auteurs de s’adapter à cette partie de la création, même si, hélas, les vieux de la vieille risquent d’être un peu largués là dessus. Mais comme ils seront largués, ils auront aussi le bon sens de s’en moquer, ce qui réduit le problème.

Cependant, quand on voit certaines adaptation de bande dessinées faites par les prestataires de solution numérique (je pense par exemple aux horreurs que j’ai vu chez Ave Comics) on se dit qu’il serait vraiment bon que les auteurs se penchent un peu mieux sur ce que l’on fait de leur travail.

Le problème est, là, dans l’implication des auteurs dans cette surveillance. Hélas, c’est un chantier en soi.

Bien entendu, ce problème du droit moral n’est pas le nerfs de la guerre, mais il était bon de l’évoquer en préambule.
Le vrai problème actuellement, c’est le pognon.  Revenons-donc à cette partie du concept.

A l'instar de l'éditeur, du garagiste et de l'agent immobilier, la terre ne ment pas.

En France, le droit d’auteur issu du livre est traditionnellement vu comme devant suivre la production issue du travail de création.

Expliquons-nous : la plupart des auteurs considère que leur oeuvre, c’est le livre.
Or non.
Le livre est le support matériel de leur oeuvre. Ce n’est pas leur oeuvre, sauf dans le cas rarissime du livre d’auteur où l’auteur c’est attaché à fabriquer l’objet lui-même.
Qu’est-ce que c’est que le livre? Une unité de production d’une oeuvre RE-produite. Autant dire un produit dérivé de l’oeuvre.

C’est comme si un peintre estimait que chaque affiche tirée d’une de ses peintures était son oeuvre.
Non, c’est un produit dérivé.

Le souci étant bien entendu que dans le cas de la bande dessinée, ou même du roman, l’oeuvre est impossible à saisir dans son entièreté sans le support du livre.
On peut avoir un très beau tas de photocopie ou voir même les originaux complets d’un livre, exposé, pour tous, la création finale restera le livre.

C’est le problème de ce côté impalpable de l’oeuvre écrite : là où pour la peinture, il y a un original, en édition, il y a forcément reproduction.

Bref. On considère donc que l’auteur doit avoir un droit inaltérable sur son oeuvre.
Mais, pour des raisons, historique et culturelle selon moi, cette vision du droit d’auteur reste très limitée à ce qu’on va appeler « l’artiste » : le peintre, le romancier, le dessinateur, le musicien… Voilà des gens qui ont droit à des « droits d’auteurs ».

En revanche, un illustrateur ne touchera pas toujours un droit d’auteur.
On lui achète le droit d’utiliser un dessin qu’on lui a commandé, mais, que le livre, ou la revue, se vende à cent ou mille exemplaires, il est payé pareil. Un entrepreneur quelconque lui passe une commande, il exécute, et zou! Mais pas de pourcentage sur les ventes. Même chose, un designer de packaging de couche-culottes ne gagnera pas un pourcentage sur le surcroit de vente que son travail aura permis de vendre à la marque.  Le graphiste qui a re-dessiné une collection complète d’un éditeur non plus, même s’il a du coup relancé celle là.

C’est ce qu’on appelle de l’art appliqué. Rappelons qu’en général, tous ces gens là sont lié par contrat, c’est à dire un document produit par deux volontés qui se lient l’une à l’autre (dans la limite des lois). Mais rien n’interdit que ça existe un jour, et cela a peut être déjà existé, d’ailleurs.  On pourrait tout à fait imaginer un célèbre designer demander des droits sur les ventes d’une voiture qu’il aurait dessiné. Pourquoi pas ?

Quand on a beaucoup de choses à dire sur soi, un gros ventre, c'est un atout.

Traditionnellement, en France, le droit d’auteur, en tout cas pour les livres, est en effet soumis au pourcentage.
Etant donné que nous sommes soumis au prix unique du livre, c’est d’autant plus facile à mettre en place que l’auteur peut facilement calculer ses droits en estimant les ventes, et qu’il existe quelques outils permettant de consulter les ventes estimées d’un livre (outil en ligne).
Les éditeurs s’arrangent d’ailleurs avec ça en proposant des avances sur droits, qui sont l’équivalent d’une partie des droits dus, en avance.
Ainsi, l’auteur partage t-il le succès attendu d’un livre. Parfois, il lui faudra rendre les avances reçues, en cas d’attentes déçues, mais c’est rare (certains éditeurs n’hésitent pas, cela dit).

Avec ce système de pourcentage, l’auteur est un peu parti prenante du risque du livre : si ça marche, il touche plus, si ça ne marche pas, il touche moins.
Les avances, et surtout les avances garanties et non remboursables, sont là pour lui garantir le paiement de son travail.

Parce que c’est là que le bât blesse : on aime beaucoup parler de l’auteur et du droit d’auteur… et répéter à quel point l’auteur est un AAAAArtiste, avec un gros grand A… Mais tout cela c’est pour cacher ce truc qui ne passe toujours pas en France, c’est que l’auteur, c’est surtout quelqu’un qui a besoin de bouffer. Et que ces droits, c’est surtout le paiement de son travail. Mais, le côté travail-salaire, ça a un petit côté bourgeois qui dérange. Il faut lire tous ces lecteurs exigeants qui sont prompt à taxer l’auteur de « commercial » . Hou que c’est vil, les gens qui oeuvrent pour vivre! Comme il est plus noble de crever la dalle!

L'artiste tel qu'il devrait toujours être : RMIste tant qu'il produit, suicidé après usage. Tous les autres, ceux qui gagnent de l'argent avec l'art, c'est des salauds, c'est des pourris, on les méprise trop.

Mais ne nous voilons pas la face, le droit d’auteur, c’est juste ça : le paiement du travail de l’artiste.
Et ce paiement dépend de l’offre et de la demande : plus de vente de livre, plus de vente, plus de droits, plus d’argent. Et inversement.

Evidemment, avec l’arrivée d’un nouveau marché non soumis au prix unique, ça fout tout en l’air et, tout d’un coup, l’auteur ne sait plus bien combien il va gagner, si toutefois il va gagner quelque chose…

Comme toujours, on pense à un système de pourcentage. Mais le pourcentage, c’est toujours opaque. Parce que c’est un pourcentage de ce que l’on gagne. Or, dans un système ou il va y avoir une (ou plusieurs) plate forme, plus un provider, plus l’éditeur, l’auteur qui arrive avec la matière brute, va toujours finir par se faire un peu couillonner.  Parce que, oui, il est en début de chaîne et que, s’il attend le paiement du consommateur final, il va y avoir un paquet de gens qui vont lui tondre la laine sur le dos. Et en général, à l’arrivée, il ne lui restera qu’un tout petit bout de laine sur le mouton bien épais du départ.

En présence de ce genre de marché fluctuant, il faut mieux se prémunir contre ce genre de démarche qui passait encore bien dans le cas du livre – le livre qui est en plus un support matériel comptable, facile à énumérer – mais qui deviendra bien dangereux dans le cas d’un support numérique dont on ne sais pas bien à combien il se vendra réellement, et dont aucune preuve tangible du nombre de vente ne peut être produite pour le moment.

Le vendeur a beau jeu d’expliquer alors à l’auteur qu’il doit aussi prendre le risque avec le vendeur. Le vendeur a choisi son produit, il en propose d’autres, il partage son risque.
Pas l’auteur. L’auteur a tout misé sur un produit et son risque, c’est la capacité de travail et de création investie. Elle est faite, elle est quantifiable. En tant que tel, elle a un prix.

A l’ère du livre papier et du prix unique, c’est l’éditeur qui fixe le prix du livre. Et l’auteur se contente de ce qu’on lui donne la dessus, au vu des chiffres de ventes qu’on veut bien lui communiquer (mais qui peuvent être vérifiées pas trop difficilement)

A l’ère du numérique, est-ce que ce sera la même chose ?

Je ne pense pas. La solution réside toujours dans la même chose : proposer un prix et s’y tenir.
L’auteur ne peut malheureusement pas avoir la force de négocier. Il n’a qu’un seul produit.
C’est donc l’éditeur qui peut imposer son prix.
Mais l’auteur n’étant pas le seul auteur de l’éditeur, il peut forcer, à plusieurs, son éditeur à fixer un prix sur lequel il a sa part garantie.

Pour la suite, c’est au provider d’estimer à combien il estime le téléchargement possible et à PAYER SA PART D’AVANCE. Exactement comme font les libraires. Avec engagement pour les éditeurs de rembourser la différence en cas de moindre vente. Ainsi, l’auteur est payé, l’éditeur est payé et le risque est couvert. L’éditeur prend le risque tout comme le provider vendeur.

L’auteur a sa part garantie dans ce marché.

"Viens petit auteur, on va publier ton truc en ligne, on te donnera un pourcentage..."

Ca suppose donc que le provider connaisse son marché, tout comme le libraire connait sa clientèle.
Et que l’éditeur prenne un risque sur la part des droits qu’il garantit
Il achète des parts de téléchargements et donne des relevés de ventes.

En ce qui concerne le prix de vente final, celui-ci est à la libre disposition du provider, à la condition bien sûr que PLUSIEURS PROVIDERS PUISSENT PROPOSER LE MEME CONTENU.

En fait, à ce moment là, la concurrence peut jouer à plein et certains provider choisir de proposer d’autres séries d’autres auteurs. L’actuelle tendance est à dire que chaque provider a un droit exclusif sur tel ou tel éditeur, mais je ne vois aucune raison pour qu’il en soit ainsi. Si plusieurs marchands en ligne proposent le même contenu, la chance d’être lu n’en est que plus grande, voilà tout. Et l’auteur, comme l’éditeur ont plus de possibilité d’être bien payés.

A l’heure actuelle, on a vu qu’un petit nombre de provider : Apple, Digibidi, Ave Comics, Extra-live… Il est évident que la palette va continuer à s’enrichir.
Or a terme, et très rapidement, qu’est-ce que qui va être important sur ces supports? Proposer du contenu.

"Allons y la maraîchère, elle est bonne, elle est fraîche ma bd, elle est du jour"

Les vendeurs de contenu vont se faire des couilles en or.
Et la prétendue « exclusivité » qu’on nous demande va voler en éclat.

Il est évident que si on ouvre à tous le catalogue de chaque éditeur, chacun pourra, pour un prix moindre, acheter les éléments du catalogue qui l’intéresse chez un éditeur donné, et donc obtenir plus de paiement pour l’éditeur et l’auteur au final (moins d’un coup, plus au total).

Si, pour un livre que je commande à un auteur, j’ai une commande ferme par 8 providers (avec droits de retours si les téléchargement ne sont pas au rendez-vous) plus des ventes papiers, plus du produit dérivé, l’éditeur peut payer l’auteur et faire du gras.

Il faut arrêter de penser que les providers ne sont pas les consommateurs finaux : ce sont eux qui posent les pubs sur les produits, ils ont un intérêt direct à la chose. En leur laissant un accès gratuit et exclusif au contenu, on les laisse en position de monopole sans réel possibilité de contrôle. En ouvrant le marché et en en faisant l’accès payant, on les force
1/ à être vigilant sur leur achat et sur les contrefaçon-copies
2/ à s’engager sur les titre
3/ à être honnête sur leur ventes, vu que, d’un provider à un autre, comme d’une librairie à une autre, on peut très bien savoir quel titre marche ou pas.
Si chez un provider un titre semble ne pas se vendre, là ou il se vend très bien ailleurs, c’est qu’il y a gruge.

D’autre part, en faisant des ventes par pallier (nombre de téléchargement limités ) et limités dans le temps, l’éditeur peut aussi interdire la vente d’un de ses titres à un provider. La chose est facile à vérifier.

Bref, pour limiter cette vaste élucubration, je pense que la solution au problème du droit d’auteur sur numérique c’est : une vente limitée en temps et téléchargement, négocié à un prix fixe par l’éditeur, avec prix dégressifs par pallier, garantissant à l’auteur un certain nombre de droits et surtout une surveillance des téléchargements, sur un marché ouvert à un grand nombre de fournisseurs de contenus, sans prix fixe final.

Mais après tout, cela n’est peut être qu’affabulation…

9 mar
2010

Le Graph-Misme

Voilà un de mes chevaux de bataille favori et ça fait un moment que je me promets de l’enfourcher et de pourfendre l’ignorance… Pour le moment, je me suis surtout contenté de vexer mes petits camarades éditeurs en les écrasant de ma superbe et en leur proposant un coup de main, même bénévole, pour tenter de limiter la casse.

Mais vous savez comme sont les gens.

Ils se vexent tout ça.
Et comme je les comprends…

Lorsque j’étais aux Arts Décos (Paris pour ceux que ça intéresse), je détestais les graphistes.
Parce qu’ils « voyaient » et moi je ne voyais pas.

C’est un peu le problème quand on est un petit éditeur, voir même un gros éditeur, on ne peut pas tout savoir et, bizarrement, alors que le graphisme, ça ne s’invente pas, hé bien la plupart des décideurs ont l’impression de pouvoir se fier à leurs yeux pour évaluer ou élaborer une couverture d’album ou une charte graphique. C’est comme si, parce qu’on a une paire de ciseaux, on pense qu’on peut être coiffeur sans être inverti.

Or non. Parce que si tu essaie de te coiffer tout seul avec ta paire de ciseaux ou ta tondeuse, même avec une glace, tu vas te louper. Parce que tu ne vois pas.

Je le sais, j’ai essayé.

St Freddy, le patron des coiffeurs

St Freddy, le patron des coiffeurs

J’avais élaboré toute une théorie de la Typographie, que j’associais à la religion, comme quoi dans un travail, pour le démolir, le truc le plus simple c’était de dire que « la typo, ça va pas » (Et de fait, bien souvent, la typo ça ne va pas).

Long story short : je n’ai pas fait de graphisme, je n’ai pas fait d’illustration et, à la sortie de l’école mon diplôme de vidéo sous le bras (mention « on te le donne casse toi »), je me suis retrouvé à devenir… graphiste.

Bah oui, après un an de chômage déprime (aussi appelé « freelance » dans le jargon), il a bien fallu bouffer et j’ai donc trouvé un poste de graphiste exe dans une boîte marrante et horrible à la fois, où je travaillais avec des gens biens, pour des gens pas biens (pour plus d’info, se pencher sur le tome 2 de la série Seul comme les Pierres, intitulé « Ta gueule de l’emploi »).

Et de fait, il m’a fallu devenir graphiste, moi qui ne maniait pas grand chose des outils graphiques initiaux (la fameuse trilogie Adobe : photoshop, indesign, illustrator). Parce que pour beaucoup, un graphiste au départ, c’est surtout ça : un mec qui sait utiliser photoshop.

Combien de graphistes savent réellement utiliser photoshop ?

Je ne parle pas de l’intégralité des options (ah ah ah, bienvenue dans la science fiction mes amis). Non, je dis juste savoir se servir intelligemment d’un outil. Car oui, il y a des « graphistes » qui font de la composition de texte sur photoshop… Un logiciel tout de même entièrement dévolu à la retouche photo, à la base (d’où le nom) et qui a évolué vers le dessin à l’ordinateur.

Photoshop réussit l'impossible

transformez votre cousine obèse grâce à photoshop

Moi même, j’apprends tous les jours des trucs sur ce logiciel et je m’aperçois souvent que je travaille vraiment comme un cochon… Heureusement, on a toujours besoin d’un plus balèse que soit, et j’ai dans mon entourage des gens de grands talents que je viens régulièrement consulter, tels le Père Fourras dans sa tour de verre (Frank, si tu me lis : merci, je t’aime d’amour).

Tout ça pour dire que la maîtrise, avec tous les guillemets possibles, de l’outil est quelque chose d’assez rare et que, surtout, elle n’a en rien à voir avec la créativité graphique. C’est toute la différence entre un « créa » (créatif) et un « exe » (exécutant).
Moi par exemple, je ne suis pas un trop mauvais créa et je suis un fabuleusement mauvais « exe ». Je ne remercierai encore jamais assez la boîte où j’ai volé mon salaire d’exe pendant cinq ans, le rachetant tous les trois mois par une « créa » chouette.
Il faut dire que je travaillais un peu pour le niveau zéro + du graphisme, rayon gadget et bonneterie. Et que l’essentiel des créas consistait à pomper des idées de produits sur les salons en chine et à caser des messages « sympas » du type « la vie est belle » en changeant de typo par phrase ou par lettre… Toute la créativité qu’on peut retrouver dans des vrais artistes de terrains, comme Ben ou MissTick (eurk).

ça c'est de la poésie les gars... sans compter que graphiquement, ça tabasse.

Je m’aperçois que je me suis un peu avancé dans mon sujet, en parlant de créa et d’exe, mais, même au niveau des exe, il y a des règles de bases qui ne sont en général jamais appliquées, parce que jamais apprises (parce que jamais théorisées peut être ?).

La plupart des gens vous diront « qu’on s’en fout » et que « le public ne s’en aperçoit même pas » et c’est comme ça qu’on se retrouve avec des sites internet hideux, des tracts dégueulasses, des couvertures immondes et, surtout, surtout, des affiches de spectacles de boulevard à se vomir spontanément dessus en s’arrachant les globes oculaires pour les frotter vigoureusement avec du papier de verre.

Ceux qui prennent le métro parisien me comprendront.
Mais ne venez pas à Berlin, c’est pire.

Oulala, j'ai très envie d'aller voir cette pièce

Bref, sous le prétexte que « mais c’est pas grave » on laisse faire parce que, grosso modo, pour le commun des mortels, le graphisme, c’est poser à la diable des informations sur un fond joli, avec un ou deux effets pour faire original et hop, on a une super création.

Beurk beurk beurk.

Dans l’édition, le pire du pire est vraiment atteint en Bande Dessinée où, là, vraiment, on en a pour son argent et où en général, le pire côtoie le médiocre, et parfois ils se roulent des pelles, et c’est vraiment dégueulasse.

Qui n’a pas vu une magnifique série de science fiction avec une grosse typo bien « futuriste » pour le titre de la série qui surplombe une typo « Trash » pour le nom de l’album, pas loin duquel flottent deux typo « baton classe » pour le nom des dessinateurs, le tout dans quatre couleurs différentes, sans rapport avec le visuel de la couverture (une barbaresse cyborg avec deux flingues, audacieusement campée légèrement cambrée au milieu de l’album, bien centrée à droite, à gauche et au milieu). Heureusement, pour finir le truc, l’éditeur rajoute en général son logo, lui même dans une nouvelle typographie, plus deux couleurs, et, si vraiment il n’a pas d’âme, il ajoute le nom de la collection, dans une sixième typo et une autre couleur.

Une belle colo à l’ordi avec ça, un papier brillant pour attirer le regard, et le graphiste peut être fier de lui : cet album ressemblera à tous les autres albums de tous les autres éditeurs et on ne distinguera sûrement pas son livre des autres. Le lecteur lambda pourra donc acheter ce livre en toute confiance, certain que celui-ci n’apportera rien d’original.

Géant

Et l’auteur laisse faire, soit qu’il soit usé par son album, soit qu’il considère qu’il « n’est pas un graphiste ». Bravo l’éditeur, chapeau l’artiste, merci le graphiste.

En même temps, l’éditeur, il a fait métiers du livre ou école de commerce, il est pas graphiste.
Et pi l’auteur, il fait des dessins, c’est un pur esprit, lui son truc, c’est de raconter une histoire, pas de concevoir l’écrin qui la recevra.
Et le graphiste… ben lui il s’en fout, il est payé pareil et ce soir il doit regarder How I met your mother en streaming alors ce serait bien si on bouclait la couv dans l’après midi.

Imaginons que l’un de ces trois innocents tombe sur ce texte, et tentons de le sensibiliser à Le Graphisme.

Parlons donc de quelques règles de graphisme en général, et du cover design en particulier.

Bien entendu, tout ce qui suit ressort d’une expérience tout à faire personnelle et est exclusivement le fruit d’une démarche empirique. D’abord, je vais oublier plein de choses importantes. Je dirai sûrement des contre-vérités que quelques courageux viendront me mettre dans la gueule et (s’ils sont polis et qu’ils ont raison) ils feront bien.

Regardez les belles fontes de caractère que j'ai utilisé là...

Vous voyez : une fonte de caractère sur les tables de la Loi

Enfin tout ce qui suit n’est sûrement pas parole d’évangile. Poser les bases, ce n’est pas poser les limites. On peut se libérer des règles une fois qu’elles sont connues et admises. C’est l’ignorance qui n’est pas admissible. Et prétendre faire du graphisme (ou quoi que soit d’autre) sans s’être intéressé à ses éléments constituants, c’est prétentieux et rigolard.

Et c’est ce qui fera qu’un peintre du dimanche restera toujours un peintre du dimanche.

LE MEDIUM C’EST LE MESSAGE (ou l’inverse en fait)

Alors hein, on va commencer par le début : Le graphisme c’est fait pour transmettre un message.
C’est pas là pour « faire joli »

Si c’était pour faire joli, ce serait dans des galeries, il y aurait des pages accrochées dans nos salons bourgeois ( et, chez les plus éclairés d’entre nous, il y en a, mais là je ne parle pas à l’élite, mais à la masse).

Ce n’est pas le cas. Le graphisme fait partie de ce qu’on regroupe sous le nom des « art appliqués », c’est à dire d’une discipline artistique tournée vers une application concrète, c’est à dire à un service mercenaire : transmettre une idée.
Donc, pour les gentils amis artistes frustrés qui perdent leur temps à noyer le message dans une débauche de virtuosité graphique, nous conseillons d’ores et déjà une reconversion vers un métier plus adapté : peintre ou clochard. (ou les deux).

C'est beau hein ? Hé bien, si on cherche bien, y a même écrit un truc...

Pour ceux qui veulent faire le métier de graphiste, il est important d’avoir conscience qu’on est là pour transmettre. Ca n’est pas exclusif d’une création graphique, bien sûr. Un des plus beaux exemple de la chose, c’est l’oeuvre de Fanette Mellier, dont je ne peux trop vous encourager à éplucher le site

Voilà quelqu’un qui est dans la création totalement, mais qui pourtant crée des objets graphiques lisibles.

Pour inverser la célèbre phrase de Marshall Mac Luhan, en graphisme, le message c’est le medium.
Sans message, on n’est plus dans le graphisme

LISIBILITE MA COQUINE

De cette obligation de base, être lisible, ressort un corollaire très évident, et pourtant assez peu appliqué : pour qu’on puisse lire le message, il doit être lisible.

Hé oui… d’où l’importance d’éviter de brouiller les cartes.

Si on veut qu’un texte soit lu, on évite de l’écrire en noir sur noir (sauf démarche volontairement inverse, comme l’a fait d’ailleurs Fanette Mellier avec la couverture du livre Bastard Battle). Hé bien de même, mettre un texte calir sur un fond clair assure un truc, c’est que le spectateur ne lira l’information que s’il a les yeux dessus (à 20 cm).

Or la lisibilité qu’on est en droit d’attendre d’un travail se mesure en général à bien plus loin : une affiche devrait logiquement être vue de loin, une couverture de livre doit sauter aux yeux, surtout quand le livre est posé au milieu de quarante autres nouveautés.

Mais non, on trouve encore des gens pour te mettre des textes illisibles, des typos tarabiscotées et qui s’étonnent que le livre ne rencontre pas son public…

Et voilà, le seul truc pas lisible de la couv, c'est le titre... Pour le reste, une belle courrier, une valeur sûre du graphisme.

SIMPLICITE : ein Reich, ein Volk…

Avec la lisibilité, on est aussi en droit d’attendre, au départ du projet du moins, de la simplicité.
Tout comme les meilleures histoires sont des histoires simples, les meilleurs visuels sont des choses simples.
La multiplication des effets graphiques est en général un bon indice qu’on a affaire à de la poudre aux yeux d’amateur, à des effets de manches qui tentent de masquer les défauts de base de la construction.

Avant d’arriver dans les détails de l’affiche, le regard du spectateur regarde d’abord les masses : masses sombres, masses claires, masses blanches, masses colorées, masses mates, masses brillantes. Le regard du spectateur qui approche un travail graphique est un regard de myope.

ça a l'air joli... mais il aurait pu faire le point, tout de même

ça a l'air joli, mais il aurait pu faire le point tout de même

L’une des premières règles apprises comme graphiste a été celle-ci : si tu veux voir l’efficacité de ton travail, regarde-le de loin.

Prendre de la distance, c’est ainsi la meilleure façon d’apprécier l’armature du travail, le gros œuvre.
Ainsi, avant de se pencher sur la déco des grilles du balcon, il faut déjà voir quelle gueule globale aura la maison : c’est là que le travail en croquis est intéressant : avant d’avoir déjà tout calé et fait ses choix de typo, chose qui devrait arriver à la fin, le graphiste doit d’abord se poser la question de comment tout ça va se composer : où va t-on placer le texte, où va t-on placer l’image.

Si l’image a déjà été choisie, le placement du texte en dépendra.
En effet, pour beaucoup, le texte est placé un peu indépendamment de l’image qui est en dessous. Parfois on voit donc un texte sombre qui commence sur une zone claire (fort contraste, bonne lisibilité) et hop enchaine sur une zone sombre (noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir).

Voilà pourquoi un rapide travail de croquis permet d’éviter de se lancer dans un truc qui à la fin sera bancal. Mais, la plupart du temps, le graphiste finalise directement à l’ordinateur… vous savez comme c’est hein, le dessin, c’est has been.

Un bon truc d’ailleurs qui permet de distinguer directement ce qui « marche » de ce qui ne « marche pas », c’est de regarder le visuel en plissant les yeux. Aussitôt les contrastes remontent : les noirs et les gris sombres deviennent uniformément noir et les zones claires uniformément blanches : et si à ce moment-là on a sous les yeux une image toute noir ou toute blanche, alors, on peut être sûr qu’on s’est planté.

Si on a une ou deux formes qui se dégage, c’est bon signe, on est déjà dans ce qu’on appelle la composition.

Il y a deux sortent de compo : la compo à la con (ou compo de débutant) et la vrai Composition (avec un C majuscule, parce que la compo, c’est la classe).
La première consiste à tout centrer bien au milieu, bien au centre. ou à faire une compo binaire et égalitaire : noire d’un coté, blanc de l’autre, noir au dessus, blanc en dessous… En général, ça donne assez peu de choses intéressantes. C’est si vous voulez l’équivalent de la photo de vacance réussie (le dromadaire est bien au centre, la photo est pas floue et tata Jacqueline sourit) avec la Photo d’art (encore que chez la photo d’art, parfois on trouve des trucs même pas digne de la photo de vacances réussie).

Quand l'eczéma touche à l'art.

En ce qui concerne la vraie Composition, en général, c’est un jeu assez subtil d’équilibre et de déséquilibre. L’une des règles de compo de base est la fameuse règle des 1/3 – 2/3 dans lequel un tiers de la compo est utilisé par une masse donnée ( 1/3 de la page est en rouge et le reste en jaune ou 1/3 de la page est en couleurs pales et le reste en tons vifs…etc).

Une fois cette règle connue, on peut en jouer et bien entendu s’en libérer.
Mais franchement, une compo centrée…  c’est chiant.

Evidemment, parfois ça marche carrément... de tout centrer.

HIERARCHISATION …ein Führer
Oui, c’est de mauvais goût ces fins de titres.

Cependant, comme dans la vie, il est bon qu’il y ait des premiers et des derniers, parce que, si tout le monde est égal, c’est l’anarchie, c’est le bordel. Même le communisme avait compris ça, en instaurant un chouette système d’aparatchik.

Hé bien en graphisme, c’est pareil, il faut faire des choix, il faut favoriser des trucs : tout n’a pas la même importance.
Le nom d’un événement est plus important que les artistes qui vont s’y produire (pas toujours), informations qui est elle-même plus importante que l’adresse de la chose. Ça parait évident, n’est-ce pas ?

Hé bien il y a encore des graphistes qui mettent le logo de l’éditeur plus gros que le titre de l’album… Si si…
Moi par exemple, je l’ai fait.

Au départ, je voulais juste que mon nom et le titre de l’album soient peu visibles, laissant juste la place au visuel de couverture qui correspondait selon moi à un projet où le graphisme était plus important que la narration. Mais j’ai oublié de réduire aussi le logo.

On est bête parfois.

Et voilà, qui fait le malin, tombe dans le ravin.

Bref, il existe plein de façons de favoriser les informations : mettre les informations en plus grand, ou dans une couleur flashy qui va se voir, ou bien sûr, choisir une typo marquante… (voir ci-dessous).

La position des textes est aussi importante et doit assurer que le regard du lecteur aille d’une information à l’autre dans le bon ordre

LA TYPO SA VIE, SON OEUVRE

Arrive le grand problème du graphiste : choisir les bonnes typo.

Je dis Les, parce qu’il devrait y en avoir au moins deux, mais jamais plus (sauf exceptions nombreuses). En gros une typo de titre et une typo de texte, et puis c’est bien.
Parce que, spontanément, le graphiste qui commence, il est bien content, il a plein de typo, il peut en mettre tout partout et tout, et puis surtout une typo Cow Boy, mais aussi la typo pirate, parce qu’elle est très cool, et puis la typo qui fait science fiction aussi, elle trop déchire sa race…

Non, pas bien, Mal. Éradication de ta race de graphiste, arrachage de testicule, évacuation de ta gueule dans l’espace après passage dans le sanibroyeur.

Les typographies suisses ne sont pas neutres.

Le débutant aura spontanément envie de coller un max de typo. Et c’est vrai qu’elles sont jolies, toutes ces typos.
Et, spontanément, il ira vers les plus kitch, les plus tarabiscotées, les plus connotées.

Parce que ça attire l’œil.
Mais ça n’attire pas l’œil sur le message, ça attire l’œil sur la typo. C’est comme d’écrire un poème sur une belle fille à poil : tout le monde regarde, mais personne ne lit le message.

En réalité, sauf cas particulier, il vaut mieux éviter les typos trop marquées dans un genre, lorsqu’on cherche à faire une création originale.
Sauf bien sûr à détourner particulièrement bien une typo typée.

Mais, en général, le débutant préfèrera se jeter sur les trucs les plus tape à l’œil, et, pour couronner le tout, il en balancera cinq ou six, une par ligne, parce que tu comprends, « c’est pour attirer l’attention ».

Non, évidemment, on n’attire pas l’attention sur tout à la fois : tout mettre en valeur, c’est ne rien mettre en valeur.
Lorsque l’œil du lecteur, ce paresseux, lit l’affiche, il lui faut en général trois millième de secondes afin de se réapproprier la nouvelle fonte de caractère. Ce qui, bien sûr, hache la lecture.

Trois millièmes de seconde, c'est plus qu'il n'en faut à X-or pour se transformer

Un document avec plein de fonts différentes, c’est comme une photo de classe de CE2 : il faut des plombes pour lire ce qu’il y a écrit et seules les écritures les plus lisibles sont retenues. Bref, c’est caca, c’est à chier, il faut pas.

FAIS LE OU NE LE FAIS PAS, IL N’Y A PAS D’ESSAI DANS LE GRAPHMISME.
Voilà, pourquoi, si vous m’en croyez, mignonne, tandis que votre âge fleuronne en sa plus verte nouveauté, n’allez donc pas faire du graphisme si c’est pour faire du fumisme, allez plutôt bougez votre boule sur les dancefloor, et après on zoomzoomzemera dans votre Clioclioclio.

Je clôturerai ce long long article par un petit aparté sur un truc qui n’existe que dans mes rêves les plus fous (et chez quelques originaux) : la ligne graphique.

UN ÉDITEUR, UNE LIGNE ÉDITORIALE, UNE LIGNE GRAPHIQUE

J’ai longuement parlé dans un article passé du métier harassant d’éditeur.

Au cours du long article, que je recopierai sûrement un jour par ici, j’ai, je crois, mentionné qu’il était important d’avoir une ligne éditoriale cohérente, c’est à dire des livres qui ont une parenté entre eux et qui, sans être les mêmes, peuvent avoir un air de famille.
Ça aide le lecteur et, surtout, ça identifie l’éditeur et, par delà, son lectorat.

Hé bien, en plus d’avoir une ligne éditoriale, il est aussi possible de trouver une ligne graphique. Hé oui…
C’est à dire que les livres ont aussi une apparence, dans la conception graphique de l’objet.

Chez un éditeur comme Cornélius, c’est très évident : des tons francs et vifs, quasi sortis du tube qui donnent une belle homogénéité à l’ensemble.

De même, chez les merveilleux suisses d’Atrabile on retrouve un jeu de couleurs avec souvent des demi-tons composés harmonieusement et des couvertures très composées (j’aime).

Ah tout de même, ça repose les yeux...

Un éditeur comme Groinge, dont j’aime à dire qu’il s’agit d’une édition prosélyte faite par les daltoniens pour qu’on le devienne tous, bon, moi à chaque fois ça m’arrache l’œil, mais, en attendant, le résultat est là : un livre de Groinge est très vite remarqué sur les étales (c’est la dernière chose qu’on repère avant de perdre trois dixième à chaque œil).

Ici on peut vraiment parler de ligne graphique. C’est très différent d’une « collection » qui est en général un truc formaté dans lequel tous les livres doivent se couler. Ce qu’on retrouve en général chez les gros éditeurs, où on n’a pas le temps de réinventer la roue à chaque fois(l’horrible collection Écritures de Casterman), comme chez les moins gros (comme la toute aussi laide collection cotelette de l’Association).

Certains, comme les gentlemen de la Cinquième Couche font un choix inverse, trouvant des solutions graphiques différentes pour chaque livre, ce qui s’inscrit en général dans un mouvement théorique qui voudrait que chaque livre soit un objet différent. Ce qui se défend.

Je ne vais pas dire que je ne me suis pas trompé : j’ai fait des conneries (notamment l’idée saugrenue de faire un vernis brillant pour les livres VRAOUM pour les différencier des WARUM…. pffff, quelle connerie, c’est hideux le brillant). Et si je dois brièvement revenir sur la ligne graphique de Warum, essentiellement marquée par la bichromie, elle est au départ là pour des raisons de coût : faire une couverture en deux couleurs, c’est moins cher qu’en 4… Comme quoi, parfois, une ligne graphique, c’est pas forcément réfléchi au départ.

En tout cas, il est navrant de remarquer comme, chez la plupart des éditeurs, la ligne graphique est le parent pauvre : ça se recopie à qui mieux mieux et c’est vraiment dommage. Il m’arrive parfois d’essayer de deviner quel éditeur a fait quel livre et, chez bon nombre de mes confrères/ concurrents (dans tous les cas, des cons), les livres sont interchangeables. Carabas, Vertige, Le Cycliste, La Cafetière, La Boîte à bulle… tous ces éditeurs chez qui, parfois on trouve des trésors, mais dont seul le logo vient identifier l’appartenance.

C’est d’ailleurs une constante que le logo, la plupart du temps affreux, se retrouve posé n’importe comment, souvent à l’endroit le plus moche.

Le champion toute catégorie reste l’actuel label FUTUROPOLIS ou les couvertures, en général très chouettes, se retrouvent systématiquement polluées par un logo qui tombe comme une chiure de pigeon sur un costume trois pièces.

Ho le beau logo : un beige qui ne rappelle rien dans la couverture, posé entre une zone sombre et une zone claire... Joli.Le titre est pas mal posé dans le genre aussi.

Je crois qu’en fait, j’aime pas les logos. En général, c’est une typo, quasi toujours moche, qui rajoute encore une info typographique à une couv surchargée. C’est vrai finalement, ces couvertures de bd entre le nom de l’album, celui de la série, celui des auteurs (voir du coloriste) et le visuel… Si tu rajoutes encore le logo de l’éditeur, tu arrives à un véritable Tétris.

C’est d’ailleurs pour ça que, sur la première de couv des livres VRAOUM, il n’y a pas de logo : juste une tranche rouge et, quelque part sur la couv, une petite voiture rouge planquée. Et c’est tout.

Cherchez Charlie maintenant…

Pas été facile de caser la bagnole là dessus

Pour finir sur ce sujet, je vais ouvrir non sur une note internationale, mais sur une fierté nationale (voir régionale, vive le régionalisme, vive le Perche Goué libre !).

Longtemps, j’ai cru que la France était le Parent pauvre du Cover design (comme on dit)… Je voyais les couvertures américaines des indé, sublimes… et puis, l’an dernier, je suis allé aux États Unis et j’ai compris que non, là bas, c’est encore pire. Je ne voyais venir que la crème de la crème (beaucoup de pire pour un peu de mieux, c’est souvent comme ça).

Donc non, je ne parlerai pas des ricains. Et pourtant, si les ricains n’étaient pas là…

Bref, finissons sur une maison d’édition que j’aime bien et qui a, pour le coup, une ligne éditoriale et graphique formidable, c’est le magnifique MONSIEUR TOUSSAINT LOUVERTURE. Voilà des gens qui font des livres superbes avec humour, en inventant des choses à chaque fois, et c’est super.

Allez donc voir ça, plutôt que rester assis à bailler aux corneilles.

28 fév
2010

Une nuit au Paradis (ou en enfer, c’est selon le point de vue)

Berlin est réputé pour avoir la vie nocturne la plus foisonnante d’Europe.
Et donc les boîtes de nuit les plus dingues.

Je suis assez peu branché boîte.
Entendons nous  : j’aime, j’adore danser.

Virilement et sans chichis mais avec une touche personnelle que j’attribue modestement à mes six mois de cours de hip-hop, mâtinés à une science quasi surnaturelle du Rock rallye (aussi appelé Rock moulinette).

Jaime  danser, mais poireauter à l’extérieur et dépendre du bon vouloir de deux gorilles tatoués, d’origine raciale douteuse, guidés par une tata méprisante ou une vieille gouine décrépite, très peu pour moi.

Sans compter que c’est cher ces conneries là.

Mais bon, comme on le sait, Berlin, c’est vraiment une ville où la vie est moins chère, donc foin de radinerie. Une personne aimée m’ayant enjoint d’aller visiter LA boîte à faire, le Berghaim (quoi que, maintenant que j’y pense, je crois qu’elle me demandait plutôt de l’emmener au Berghaim), je suis donc parti en reconnaissance.

Comme guide, j’avais initialement choisi Vincent, un ami installé depuis trois ans à Berlin, mais qui n’est finalement jamais venu au rendez vous… Et donc, je suis sorti tout seul.

L’endroit n’a pas été facile à trouver, mais grâce à mon scooter magique, j’ai pu quadrillé le secteur autours de la OstBahnhof, un quartier un peu entre la ZAC et la friche industrielle, avec un des rares morceaux du mur conservé «quasi » tel quel. Finalement, aux environs de minuit, j’arrive devant le Bergheim, qui est une sorte d’immense bâtiment, ancienne usine ou ouatever. Il y a une petite queue d’une vingtaine de personnes, mais la musique ne suinte pas des murs et, à l’étage, une grande salle est toute éclairée.

Des gens arrivent avec des valises à roulettes et rentrent en serrant la paluche aux videurs : les employés, barmans, vestiaire et DJ arrivent juste.

L’endroit n’est donc pas encore ouvert.

Qu’importe, je suis là, donc autant faire la queue, ce qui me permet de faire connaissance avec un autre isolé comme moi, Jeorg, un acteur originaire du sud de l’Allemagne et qui vit depuis peu à Berlin. Il fait relativement doux, c’est à dire qu’il doit faire quatre degré, ce qui, au vu des dernières semaines, est assez inespéré.

Du coup, j’ai laissé mon manteau et mon écharpe et mes gants dans le scooter. Ne portant qu’un col roulé et ma fameuse veste rose new-yorkaise, un cadeau d’anniversaire dont je ne remercierait jamais assez l’auteur.

Bon, au bout d’une grosse demi-heure, on commence franchement à se les peler, mais, heureusement, la musique commence. À l’étage, les lumière se sont éteintes et de gros sport balayent les immenses fenêtres qui doivent bien faire quatre mètre de haut.

Les videurs ouvrent la porte et commencent à faire rentrer.

Ou pas.

Oui, parce que le Bargheim est un endroit très sélect. Il faut être trash et trendy, autant dire pas du tout moi. Mon gentil colocataire m’a encore confirmé à une heure avant de partir qu’être avec la plus jolie autrichienne du monde ne garantit pas l’entrée et que tu peux attendre une heure et repartir la queue entre les jambes.

C’est d’ailleurs ce qui arrive à deux jeunes puceaux quelques mètre devant nous (en plus ils étaient sans autrichienne)…

On se regarde avec Jeorg… tension.

Ayant décidé de croiser nos karmas, nous décidons d’entrer ensemble comme deux Bro (ou comme un couple homo, à Berlin, c’est plus courant). La veste rose va t-elle avoir le succès qu’elle a rencontrée à New York et Paris ou, au contraire, sera t-elle un refouloir comme à l’entrée de ce misérable estaminet de Lyon, la Voile, où le videur, fraîchement arrivé de sa campagne, m’a demandé si c’était pour un enterrement de vie de garçon…

Dieu que ces gens sont province.

Plus que trois personnes… Les gens rentrent ou sont éconduits selon une règle indéterminable…

C’est à nous.

Victoire. La Veste Rose a à nouveau vaincu, confirmant que la vraie tendance n’est pas à Lyon, pour ceux qui en doutait encore. Et s’il y a des bordelais qui tombent sur ce texte… information : elle n’est sûrement pas à Bordeaux.

Ceux qui ont déjà côtoyé des bordelais me comprendront.

Nous rentrons donc dans le lieu.

Et, par Zeus, ça tabasse.

Le rez de chaussée est une immense halle de béton armée, au fond de laquelle part un gigantesque escalier, grimpant à l’étage, six mètres plus haut. Un tiers du plafond est percé d’un grand jour d’où tombent les lumières des projecteurs de la salle du premier et où se déversent des basses de malade et un son sans fioriture mais d’une efficacité redoutable.

Sur la droite de l’entrée, profitez en, c’est l’un des derniers endroits réellement éclairé de la boîte : le vestiaire, qui occupe à peu près soixante dix mètre carrés, géré par une demi douzaine de personnes…

à cet étage, parfaitement vide à ce moment de la soirée, on voit une succession de barre de béton haut d’un mètre et demi et qui semblent former un mini labyrinthe dans les ailes du bâtiment, tandis que le reste du transept est tragiquement vide de tout ameublement.

En s’approchant, on s’aperçoit qu’il s’agit là de canapés, disposés de quinconce, mais forcément assez peu mobiles. Des coussins de cuirs viennent garnir ces meubles bruts.

C’est concept.

Je monte à l’étage. Aux étages en fait.

Oui parce que bien entendu, vu la place dont ils disposent, les maîtres des lieux on aménagés les deux étages supérieurs comme un rubicube. Au centre, bien sûr, un immense dance floor, qui arrosent de son quasiment toute la boîte. Et, sur les côtés, des modules de forme cubiques qui s’enchevêtrent de façon labyrinthique et dont l’ambiance change d’une cellule à l’autre, mais toujours dans un cadre trash trendy : éclairage sourd, jaune, rouge vert ou bleu, dominance du béton, du métal et du verre, chaînes, passerelles, rambardes, caissons… Tout ça s’enchevêtre et s’imbrique comme des brésilien au Bois, ça force le respect.

Au gré de la découverte de l’endroit, on arrive au deuxième étage, la grande salle qu’on apercevait de l’extérieur et qui se révèle être donc… la « petite » scène. Là, tout de suite, la différence entre Paris et Berlin se fait sentir…

Alors que l’entrée, restait relativement familière (une grosse demi-heure d’attente dans le froid, videurs hargneux et douze euros l’entrée), le bar devient te fait tout de suite entrer dans un monde de science fiction :

cinq euros le ouisky coca !
Ah ah ah, mes amis, c’est beau l’Allemagne.

On va s’en donner à coeur joie.

Je lâche avec mépris ma petite monnaie à la sympathique barmaid androgyno-masculine et hop, je suis le roi de la soirée.

En parlant de la barmaid (très sympa au demeurant), je m’aperçois que je n’ai pas encore parlé des habitués du lieux…

Il faut savoir que le Berghaim est à l’origine un haut lieu de la contre-culture et, surtout, de la communauté gay. Hé oui, c’est très « schwul » comme me l’explique Jeorg. Un moment de gêne suit cette information.

Nous dissipons rapidement ce bref nuage en proclamant haut et fort notre attachement à une hétérosexualité sans faille. Ah, ça va mieux.

Il est vrai qu’il y a beaucoup beaucoup de mecs, dans cette boîte.

D’ailleurs, si on passe derrière le bar, on découvre une immense photo montrant un postérieur masculin dont le propriétaire nous invite à découvrir l’intérieur d’un anus tout propre et rasé de près, s’aidant de ses mains pour rendre plus large et accueillant l’orifice ainsi exposé, en toute pudeur.

Ça laisse assez peu de place à l’imagination.

Bref, beaucoup de gars musculeux. Au fur et à mesure de la soirée, ils vont se rassembler à l’un des bars, celui qui précède l’entrée des toilettes (va comprendre Charles) et faire tomber rapidement ces encombrants marcel afin de mieux exhiber un corps sculpté à coups de lever de fonte, le tout encore enrobé de pantalon de cuir, clouté ou frangé, au choix.

A un moment de la soirée, il faudra aller aux toilettes et, en approchant de l’endroit maudit, on ne peut s’empêcher d’adresser une prière à St Christophe, patron des voyageurs, et de dire peut être adieu à une virginité anale méritante.

Mais en fait non, ça se fait sans dommage collatéral, ouf.

La musique commence à monter sur le dance floor principal, il est donc temps d’aller y moover son body.

A la différence des boites parisiennes, la place ne manque pas et surtout, on n’y danse pas en bande fermée. Chacun fait son truc dans son coin et personne ne regarde, ou tout le monde, et c’est très bien. Et la musique aussi est très très bien.

Régis, l’un de mes amis parmi les plus parisiens- première génération (les pires) m’expliquait que, quand tu as gouté à de la VRAIE musique, tu ne peux plus te contenter de danser sur des morceaux rabâchés à longueur de bande fm et de soirées années 80 (ou 90 maintenant, remember the 90′s ?).

Et c’est vrai.

Je veux dire : c’est vrai que Régis ne sait pas s’amuser sur un bon Gala ou hurler avec les loups et l’horrible Sardou (cent ans de purgatoire pour lui, et après, l’enfer). Mais c’est vrai que, pitaing, du bon son, ça fait plaisir.

Je ne parle pas du son, inconnu certes, mais médiocre, dont se repait l’ami Janrégi. De la musique dont le seul mérite est d’être inédite (désolé l’ami, mais j’ai jamais été convaincu pour le moment par les branchouilleries parisiennes où tu as daigné me faire rentrer… mais tu as toujours été là pour moi dans les moments pénibles, donc c’est pas grave si t’es snob comme un pot de chambre, je t’aime quasi d’amour). Non, je parle de vrai son, effectivement inédit, mais qui fait vraiment bouger.

Et là au Bargheim, on est servi.

Comme parler de musique m’est aussi familier que de vanter les mérites d’une candidate de gauche (ou d’un président de droite), je me contenterais juste de dire que c’était parfait. Jamais ennuyeux, toujours énergique, surprenant, entêtant… Du son pour danser.

Bon bien sûr, c’est aussi un endroit de séduction. Vu la proportion de mecs au mètre carrés, arrive un moment où on se demande si tout les gens autours de soi ne sont pas un peu « Schwull », même ces étudiants au look bien hétéro là… est ce qu’il ne se tiennent pas un peu la main, non ? Tout à coup, un grand barbu à lunettes, donc le look me rappelle fortement un bon pote pubard parigo, me lance un regard énamouré… et c’est là que je réaliste que, non, Matthieu, je n’éprouverais jamais rien pour toi.

Bien sûr il y a des filles, mais bon, vu qu’il y a aussi quelques transsexuels très bien faits, il vaut mieux être circonspect, surtout vu l’éclairage ambiant qui n’aide pas.

Bref, la soirée bat son plein.

Les gens rentrent. De la « petite » salle, on voit la queue dehors qui s’est étoffé d’une centaines de mètres… Dieu qu’il est bon d’être dedans quand les autres attendent dehors !

Une fois qu’on est rentré, hors de question de ressortir, même pour cloper. Bien sûr, il y a des salles fumeurs, en fait les anciens escaliers qui ont été réaménagés en lounge fumoir. Car il est interdit de fumer dans les lieux publics en Allemagne. Théoriquement. Oui, car dans les faits, ça fume partout dans la boîte, mais bon, avec huit à dix mètres de hauteur sous plafond pour le dance floor principal, ce n’est pas vraiment un problème.

Tiens, dans une des cellules, on vend des glaces qu’on peut déguster sur des balancelles en cuir… Mes amis branchés  vont décidément se régaler ici. Ils m’ont déjà annoncé leur venue, et je suis bien content de faire cette sortie pour eux. Encore qu’on me parle du Trésor qui serait dans le même genre, mais en plus puant.

Parfait pour nous.

Parce qu’il arrive un moment, où quand même, on se dit que, même si j’adore danser… hé bien c’est quand même mieux avec des potes. Voilà pourquoi, à trois heures du matin, je mets les voiles en envoyant mentalement des ondes pour que Val, Chalno, Charly, Régis, Mikoual, Olive, Cerise… viennent me rejoindre ici.

Parce que c’est Super Geil, comme ils disent, les allemands (dire que si on avait été plus accueillant durant la dernière guerre, ils seraient peut être encore chez nous…).

Je sors, dignement, quoi que de rose vétu, et je vois la queue, qui fait désormais trois cent mètres. Elle durera encore douze ou quinze heures parce que le Bargheim ne ferme pas du week-end…

Et voyant tous ces gens qui se les pèlent en attendant de rentrer ou de se faire jeter, je me demande :

« Est ce que ça vaut vraiment la peine de faire tout ça pour ça ? »

Et la réponse, évidente :

« Oh ja, baby, oh ja. »