1 mai
2011

Le grand retour de l’affiche minimaliste (et un peu vectorielle aussi)

Oui, alors forcément moi ça me plait bien, hein, vu que le minimal, le vectoriel, tout ça…

Bon, ben, je ne sais pas si ça vous a marqué mais, alors qu’il y a 8 ans on avait un gros retour du dessin direct, qu’il y a quatre ans c’était le pixel qui revenait fort, bon, en ce moment, c’est le vectoriel, à tendance minimal (pas que, hein, mais pas mal quand même).

Je pourrais faire un gros article pour parler un peu de plein de trucs, reparler des gens de HOMEWORK dont j’ai déjà parlé avec l’affichisme polonais.

Bam, re-une bombe d'affiche.

Je pourrais aussi parler de APFEL ZET un incroyable graphiste découvert ici à Berlin et qui fait des affiches toutes fabuleuses. Le mec est tellement fort qu’il arrive à caler pas moins de 15 typos différentes par affiches et en plus, ça marche…

Une affiche pour la Dierktorenhaus, un centre d'expo dédié à l'illustration.

Puisqu'on vous dit de venir à Berlin

Là, récemment, je suis repassé à Paris et, joie, j’ai pu voir la campagne CANAL gérée par DDBO mais dont j’ignore le nom du graphiste.

ça envoyait pas mal du lourd, souvenez vous…

En même temps, pourquoi ils ont mis le titre là, alors qu'il y a un grand bandeau bleu en dessous qui était parfait pour ça ?

Il m’arrive aussi de trouver de loin en loin quelques merveilles sur GEEKART comme, récemment, cette affiche de Paul SIZER.

Ah ça, faut connaître, hein, mais bon, quand on connait, on apprécie.

Ou alors il y a aussi cette chose là, d’un certain Victor Herzen

Bon et puis, ence moment, on peut aussi trouver les super affiche de REUNO sur son site où il parle de LA série du moment, en l’occurence A GAME OF THRONE, l’adaptation du Trône de Fer de George RR MARTIN, un truc assez très chouette, que je vous conseille de lire (ou de voir, si vous n’êtes pas de ces gens là qui lisent).

ça vous les jetons non ?

Bref, y en a à qui mieux mieux, c’est fantastique, ça donne plein d’envie tout ça. Bé oui.

D’où le but de cette article, c’est que moi aussi j’ai fait des affichettes aussi, pour rigoler… Au départ, j’en ai fait une dans le style SEUL COMME LES PIERRES qui rend hommage au grand, au merveilleux ALBATOR.

Bon et comme il y a aussi toute cette vague des affiches de films réinterprétées, hé bien moi aussi, je me suis lancé. J’ai donc choisit le très beau film INTO THE WILD, dont j’ai d’abord lu le livre qui est très très émouvant, si, si…

Voilà, je ne suis pas trop mécontent de moi.

Voilà, et puis dans le cadre d’une expo sur les jeux vidéo 8bits (je savais pas exactement ce que c’était, tellement je suis à la ramasse sur tout, même les jeux vidéos), j’ai tombé cette chose là… Un petit hommage au premier jeu vidéo auquel j’ai joué : Megaroïde (sur Atari 520 STF, ceux qui savent sauront).

Zyva, dégomme tous les astéroïdes et si tu bute la grosse soucoupe qui fait wouwhou, c'est 500 points et la petite 1000

Dire que pendant ce temps là, je devrais travailler…

28 avr
2011

La Psychanalyse du Héros, sa vie, son œuvre…

une série créée par Wandrille (moi) et dessinée par plein de gens chouettes

En 2008, je propose sur mon blog de l’époque trois dessins montrant des super-héros chez le psy.

Hé pas mal hein, quand on s'en fout du dessin ?

Le dessin est en noir et blanc, sommaire, et la note est accompagnée du texte suivant :

« Bonjour, si certains aiment cette série, je m’engage à la poursuivre et à fabriquer un petit 16 pages micro-édité à une cinquantaine d’exemplaire, il me suffit de 15 clients ».

Quelle argumentaire d'une grande efficacité commerciale

La souscription est un succès, me voilà bien embêté, puisque me voilà contraint de faire ce petit livre (moi qui voulait juste faire le malin). C’est ainsi que voit le jour la première édition de La Psychanalyse du Super Héros mettant en scène les héros américains à pouvoir et collant et leur névrose
Je fabrique donc la chose et propose les exemplaires surnuméraires dans une galerie parisienne d’où ils disparaissent au bout d’une semaine.

Je mets ça sur le compte du côté numéroté, édition rare et autres trucs sordides qui séduisent en général les collectionneurs, ces tarés.

A la demande de la galeriste, j’en réimprime toutefois une centaine, qui filent tout aussi vite.

Lassé par la fabrication de l’objet, je me mets sur un deuxième livre, sur le même principe. Ce sera la psychanalyse du héros de MANGA (des années 80, parce que j’ai un peu grandit dans ces années là).

Là, j’en fais une centaine, hélas encore une fois, ça se vend beaucoup trop vite et je dois réimprimer et transforme mon appartement, déjà petit (130 mètre carrés plus jardin dans le seizième, on vit à peine là-dedans), en atelier clandestin de plieur relieur, où je suis le seul esclave exploité. je me donne des ordres et me nourris à peine pour tenir la cadence. C’est parfaitement immoral.

Mon sang d’éditeur ne fait que 20 tours, et finalement, au bout de six mois, parce que je suis un rapide, je demande à REUNO, un camarade dessinateur blogueur, de bien vouloir re-dessiner au propre et en couleur mes petits dessins du départ, tout de même bien torchés. Puis je demande à GOSH, une autre brute graphique de s’attaquer au deuxième tome.

A chaque fois, je choisis des très bons dessinateurs, vachement plus forts que moi, qui font leurs premières armes )à l’occasion et donc prennent sur eux en acceptant de travailler avec moi.

Et ça donne bien.

Par exemple : LA PSYCHANALYSE DES SUPER HEROS

Ou LA PSYCHANALYSE DES HEROS DE MANGA des années 80 (quel titre long…)

Alors oui, je sais, 16 pages, 5 euros, c’est un peu de l’arnaque, (mais pas tant que ça, quand on voit les prix de certains livres d’Alain Beaulet).
Et puis, c’est pas vraiment un livre, c’est un gadget. Et 5 euros pour un gadget cadeau, c’est pas cher.

Bref, du coup, j’ai trop envie d’en faire tout plein. Et je lance plein de nouvelles psy tous azimuts. Il y a plein de dessineux tout prêt à me prêter leur talent et qui, à chaque fois me disent que 16 dessins, pour eux, c’est keutchi, trop de la boulette facile, à l’aise les oids dans le Nez et caetera…

Tu parles.

En fait, je m’aperçois que ces salauds là ne sont pas du tout aussi prolifiques qu’ils le prétendent. Ah oui,  pour vous tomber un roman graphique de 200 pages, ça y va, mais dès qu’il s’agit de 16 pauvres images, rien, y a plus personne.

Même REUNO, mon fidèle REUNO, mon ami, mon frère…

Oui même lui, l’homme à qui l’on doit le magnifique site WARUM, qui devait sortir la psychanalyse du Héros de Western pour la révélation blog 2010 (LE BON, LE BLOG ET LE TRUAND) hé bien, il a reculé… sous le prétexte qu’il avait « du travail » (je cite).

A t-on vu excuse plus ridicule ?

Je ne crois pas.

Du travail.
Pourquoi pas une copine, une famille, des amis… Une vie, tant qu’on y est…

Et là, je ne vous parle que de REUNO, parce que si je vous parlais de UNTER, qui est toujours censé bosser sur la psychanalyse des Cartoons ou de Monsieur le chien…

Des salauds, tous des salauds, des branquignoles, des paresseux, des nuls.
Je les déteste.

Et quand, par chance, je tombe sur un authentique garçon motivé et talentueux, en l’occurrence INTI, qui regrettait de n’avoir rien à présenter au Festiblog dernier… hé bien là, c’est moi qui suis mauvais. En effet, INTI a réussi à produire les 16 images de LA PSYCHANLAYSE DU HEROS DE L’HISTOIRE DE FRANCE mais… soit que le sujet ne m’inspire plus soit que j’ai avalé un truc de travers ces jours ci, je m’avérais incapable de pondre des gags dignes de mon sujet.

C'était la couv, pas mal non ?

Bref, nous avons fabriqué une autoprod, mais mon éditeur, ce salaud (moi même quoi) a refusé de faire le livre, estimant, à raison hélas, que la chose n’était pas aboutie.

Mais rassure toi INTI, je ne t’oublie pas et je vais reprendre la chose et le livre sortira.
Bref, je me sens encore mal à mon aise de cette histoire.

En plus, ses dessins sont chouettes.

le seul bon gag du truc...

Bref, fin 2010 on en étais encore là… Pas de nouvel opus, Les Western en attente, Les héros de l’Antiquité (avec Matthieu Vinciguerra) tout aussi retardé… Le jeune ELRIC était venu me voir à Berlin et m’avait promis de me faire une psy des Miquets (il a un dessin très Walt Disney old school)…

Cependant, et parce que je suis fort en pression psychologique (vu que j’ai pas d’argent), j’ai réussi à reprendre le contrôle de la production et à boucler ces trois là, et, dans la foulée, j’ai réussi en plus à finir en trois semaines seulement une quatrième psy, celle des personnages d’une célèbre double-trilogie qui se passe dans une galaxy pas bien loin, grâce en soit rendu au talentueux YODA (la première dauphine de la Révélation blog 2010, déjà sus-citée).

Joie, gloire, stupre et luxure.
Fin avril et début mai, ce sont 4 nouveaux opus qui sortent donc aux éditions VRAOUM.

La psychanalyse des héros de Western avec REUNO

La psychanalyse des Miquets avec ELRIC

Je sais c'est moche d'être content de soi, mais je dois avouer que, sur celle là...

Je sais c'est moche d'être content de soi, mais bon, sur celle là...


et en mai

La psychanalyse de l’Antiquité avec Matthieu Vinciguerra

La psychanalyse du héros contre-attaque avec YODA (première dauphine de la Révélation Blog 2010)

ça c'est du boulot bien fait (notez le détail Kickers)

Ils sont forts, ils sont beaux, on devrait faire un lancement à Paris autours du 13 mai.
Comment vous dire.

Je suis assez content.
(si vous voulez les acheter en avant-première sur le site, c’est possible… c’est juste plus cher à cause des frais de port, tout ça…)

28 mar
2011

Paris-New York

Je n’aime pas particulièrement voyager.

Et encore moins prendre l’avion.

Entendons nous bien, je n’ai pas peur. L’idée de voler dans un engin primitif gonflé de kérosène, probablement piloté par deux alcooliques sous-payés par une compagnie low-cost et ce que ça implique en terme de catastrophe aérienne ne m’effraye pas plus que ça.

Je suis parfaitement serein et stoïque là-dessus. J’ai une force d’âme digne des plus grands, à côté de laquelle la volonté de réussite et la quête d’exigence d’une danseuse étoile du Bolchoï ressemble à la timide tentative de l’indien tentant vainement de refourguer une rose à un groupe d’étudiant de pharma s’avinant dans un rade, ou à la tentative, non moins vaine, mais pourtant émouvante, d’un petit africain fraîchement adopté d’avoir sa première étoile.

Une pitite fleur pour la jolie mademoiselle ? Non, mon vieux, ça ira, elle a déjà trop bouffé, plus ce serait de la gourmandise

Non, ce qui m’ennuie dans le voyage, c’est le côté, il faut s’organiser, arriver trois heures avant, remplir des papiers, faire ses bagages, écrire son testament… Dieu que tout cela est fatiguant.

Cependant, il faut bien prendre des vacances de temps en temps et, si c’est pour ne pas faire envie aux gens au passage, je ne vois pas bien l’intérêt.

Voilà pourquoi je me retrouve parfois contraint de privilégier des destinations lointaines et coûteuses, où je passe en général des moments peu exaltants dans des chambres d’hôtels climatisés à crever, mais qui me permettent de dire à mon entourage que je vais tuer le temps en faisant du tennis à Bora-Bora ou de la luge à Acapulco.

La plupart du temps, je fais comme tout le monde : je mens et je vais en fait seulement m’emmerder à Moutiers au Perche, dont l’isolement culturel, humain et la grande qualité d’ennui me garanti de ne jamais être croisé, reconnu et percé à jour.

Le perche, ses sous-bois, ses bottes de pailles, ses chasseurs... La garantie de mourir d'ennui sans être dérangé par une activité culturelle quelconque.

Mais de temps en temps, je fais un vrai voyage, ce qui me permet de répondre aux questions qui suivent mon retour sans m’obliger à un effort de documentation.

Vous savez comme sont les gens, ils veulent des détails.

Vous ne pouvez pas leur dire « oui, j’étais à Sumatra, c’était formidable, dire que pendant que tu trimais au boulot je prenais le thé avec le Dalaï Lama » Non, il faut que vous décriviez précisément la demeure de ce dernier, le modèle de ses Reebook et que vous donniez les heures de visite de la Grande Mosquée d’El Paso, sinon personne ne vous prend au sérieux.

Je m’étais donc contraint à faire un voyage. New York et Los Angeles, deux semaines de vacances bien méritées après trois mois de labeur acharné. Un séjour dont l’annonce m’avait permis de faire la nique à une mailing list comptant bon nombre de gens moins aigris que moi et que j’avais ainsi contribué à frustrer un peu, du moins je l’espérais.

Je partais donc chez mon ami Nicolas –un garçon délicieux, une grosse fortune – et j’étais déjà fatigué à l’idée de rencontrer des new yorkais. Je n’aime pas les étrangers, surtout à cause de cette manie qu’ils ont de se comporter partout comme chez eux. Là, c’est encore pire : ils sont vraiment chez eux. C’est horripilant.

Je n’avais pas pris un low cost, pour une fois, pas une de ces compagnies qui confondent « facile » et « bon marché» (c’est pourtant pas dur : ce n’est pas le même mot) ou affrètent un avion à pas cher, initialement acheté en pièces détachées par un Irlandais visiblement habitué au transport du bétail et qui a étendu sa science du maquignonnage à ses passagers en les traitant comme il mène ses moutons au pays.

 

Normalement, avec Ryanair, on l'a plutôt dans le cul, mais, si vous êtes plutôt branché fellation, c'est possible.

Une compagnie régulière, donc. Petite, mais méritante.

Bizarrement, la nourriture, qui est gratuite en général était payante.

Je suppose que la compagnie connaissait des difficultés, ou que, n’ayant pas eu des rations en quantité suffisante, elle avait trouvé ce moyen de départager les gens qui auraient le droit de manger ou pas.

Toute sélection est douloureuse.

J’applaudis les gens qui choisissent de délaisser les critères subjectifs, tels que la race, la religion ou le tour de poitrine, pour privilégier une sélection par le critère objectif et impartial de l’argent.

Cela dit, Paris-New York, c’est long, et les estomacs comme la révoltent grondaient dans le compartiment des classes éco.

Pourtant, nous avions là un beau lot de passagers sages et disciplinés ; à peine un terroriste s’était-il glissé parmi nous. Et il était très sage.

On peut être taliban et porter beau. Même si une épilation du sourcil ne serait pas de trop.

 

En réalité, n’eurent été sa longue barbe, son teint brunâtre, son obstination à faire sa prière dans l’allée – c’est très pénible pour circuler – et à bloquer les toilettes pour faire ses ablutions, n’y eut-il pas eu cette longue série d’imprécations éructées avec colère à chaque fois que le nom de notre destination était mentionnée au micro, et bien oui, sans tout cela, on eut difficilement soupçonné qu’il s’agissait là d’un authentique taliban, garanti sur facture –je pourrais dire pur porc, mais ce serait de mauvais goût.

D’ailleurs, les services de sécurité l’avaient laissé monter à bord, ce qui prouve bien que notre terroriste passait bien. Il n’avait pas d’arme, ce qui prouve que les portiques des aéroports ne sont pas bien efficaces pour détecter les mauvaises intentions.

Notre terroriste était en effet diablement intelligent.

S’il avait choisit de ne pas emporter d’arme, c’est qu’il comptait en fabriquer une dans l’avion.

Il avait à cet effet, dès les premières minutes de notre montée à bord, construit une forge, à proximité des toilettes, afin de s’assurer un accès en eau. Puis après avoir opéré une quête (vous savez comment sont ces gens là) et récupéré autant de pièces et objets métalliques que possible, il s’était mis à faire fondre les objets épars en un mélange métallique.  Son intention était de fabriquer un cimeterre des plus impressionnants, dans la plus pure tradition berbère, pour détourner l’avion afin de le jeter sur une tour dans une explosion gracieuse, action qui lui assurerait des grâces éternelles au paradis, si on en croit le Prophète.

Non, merde, on avait dit soixante dix sept vierges, des VIERGES bordel.

Mais cela, nous n’en savions rien. En effet, interrogé par les hôtesses, notre terroriste avait répondu qu’il avait oublié d’amener des cadeaux aux amis qu’il allait visiter et qu’il fabriquait en vitesse une tour Eiffel miniature au 1/ 75° pour ne pas arriver les mains vides.

On venait de Paris, c’était parfaitement crédible.

C’est d’ailleurs sous ce prétexte qu’il nous avait sollicité et je lui avais d’ailleurs de bonne grâce donnée l’une des huit mini tour Eiffel que je comptais offrir à la famille nombreuse de Nicolas. Le petit dernier avait huit mois, il pouvait se passer de sa tour Eiffel, après tout.

Le temps de devenir assez grand pour être jaloux, ses sept frères et sœurs auraient sûrement eut l’occasion de casser le deuxième et / ou  le troisième étage de leurs tours, ou au moins de rendre tous les ascenseurs inutilisables, ce qui, on en conviendra, rend l’accès au sommet particulièrement pénible, et diminue sensiblement l’intérêt d’avoir une tour Eiffel à soi.

Après m’avoir bien remercié, notre terroriste m’avait dit qu’il ne pouvait se contenter d’offrir une si petite tour, mais qu’il se servirait de la mienne comme modèle.

Essayez donc de faire ce genre de bonne blague avec la tour Eiffel...

On le voit, un être aussi charmant, on lui eut donné le Bon Dieu sans confession.

Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence, les passagers que la faim rendait irascibles. D’autant que, des places en businness, simplement séparés de nous par un mince rideau de taffetas bleu montait la délicieuse odeur d’un plat de pâtes réchauffées au micro-onde et qu’on entendait nettement la sonnerie du même micro-onde sonner à intervalles répétés, ponctuer d’un « c’est prêt » ou « à table » tout familial qui contribuait à rendre fous les plus faibles d’entre nous.

Et fous nous le fûmes quand le steward nous annonça qu’il n’y avait même plus de Toblerone à vendre, ceux-ci ayant été tous achetés par les premières classes, qui n’avaient pas eu assez de dessert.

A propos de Steward, je profite de cette mention pour apporter à votre attention que, s’ils sont ainsi appelés, c’est en hommage à l’acteur James Steward, pour une raison connue d’eux seuls mais que j’invite les lecteurs curieux à percer . Voilà un beau sujet de thèse universitaire.

Donc, quand le malheureux steward pénétra dans la section classe éco de l’avion porteur de cette terrible nouvelle,  ce fut l’hallali. « Ne tuez pas le messager » dit l’adage.

Hélas pour le steward, il n’en fut rien.

Dans un rugissement, les plus affamés d’entre nous se ruèrent sur le pauvre garçon et le décapitèrent avant de se partager ses membres et ses organes.

Notre terroriste eut un mouvement de dépit à cette vue. Il avait compté être le premier à pratiquer la décapitation dans l’avion, on lui ravissait la primeur de la chose, il y avait bien là de quoi être déçu.

Les bruits de mastications étaient parfaitement écœurants, surtout pour les gens qui, comme moi, n’avait pas eu droit à un morceau de steward (je crois me rappeler qu’il s’appelait Vincent, si sa famille nous lit et qu’elle est toujours sans nouvelle, qu’elle sache que Vincent ne sera probablement pas là à Noël prochain).

Vincent le Steward, avant biactol.

De la classe business, un homme en costume surgit, parfaite incarnation de la colère, le bon droit à la main, tel Jupiter tonnant. Il avait mangé, il était nourri, il était beau. Quelques miettes de pain parsemaient encore son col et, en cherchant bien, un morceau de salade était coincé entre les incisives 2 et 3 (les dentistes me comprendront).

Le grand homme était outré d’avoir été dérangé dans le calcul de son bonus, résultant d’une opération sans grand danger qui avaient permis aux actionnaires d’un fond de pension luxembourgeois de s’engraisser aux dépends d’une république européenne en faillite.

On sentait derrière lui le soutient de toute la classe affaire et des premières classes, qui eux avaient la dignité de digérer en silence, tout en consultant sur leur  lap top qui un rapport annuel, qui un porno chic.

Alors qu’il ouvrait la bouche pour nous intimer silence et respect avec un charmant accent britannique, l’odeur d’un camembert Président sous plastique nous parvint, narguant nos papilles, enflammant l’imagination gustative de la quasi entièreté d’un airbus A340 rendus déjà cannibales par la faim.

Camembert, Président !

Les premiers rangs se ruèrent sur lui.

D’un revers de la main parfaitement exécuté, dénotant l’expert en arts martiaux, il foudroya les premiers, affaiblis par le jeun, mais, sous le poids du nombre, il succomba, son corps dépiauté par ses vainqueurs. Dans la classe affaire, un silence navré suivi la scène. On tira à nouveau le rideau entre eux et nous, et l’affaire fut close.

Et moi, me direz vous ?

J’aurais certes pu profiter du deuxième service pour avoir un morceau de banquier. Mais je ne suis pas ainsi. Rappelez vous : force d’âme, volonté de fer, puissance intellectuelle.

Il valait mieux d’ailleurs ne pas avoir mangé de cet anglais, car, quelques mois plus tard, je devais rencontrer l’un de ses prédateurs qui m’assura que sa chaire était très dure, avait un goût atroce de pastille mentholée et que ça avait été très dur à digérer.

C’est souvent ainsi avec la cuisine britannique: de la viande de piètre qualité, à la menthe et mal cuite ; tout ça ne donne jamais rien de bon.

La cuisine anglaise : un ravissement pour les yeux et le palais.

Bref, j’aurais pu en avoir, mais j’ai méprisé. Et puis, il faut le dire, je ne suis pas très anthropophage. Je n’aime pas trop le melon non plus.

Manger de l’homme est plutôt un truc d’aviateur. Et comme dit précédemment (suivez un peu) je n’aime pas prendre l’avion. Les aviateurs, eux, mangent souvent le cadavre de leur copilote dans la Cordillères des Andes, au dessus de 4000 mètres.

J’avais un ami qui avait fait un truc similaire, mais plus bas, dans les Alpes, et il n’était pas aviateur. Toujours est il que, d’après lui, c’était délicieux et qu’il s’était régalé. A l’entendre, il n’avait jamais autant apprécié sa femme et ses enfants.

Pour ma part, il faut avouer que je ne suis pas naturellement friand de ce genre de plat. Certes, je ne dénigre pas un bon morceau quand on m’en propose, surtout si je suis reçu chez les autres, mais, à choisir, je suis plutôt sucré.

 

Je ne sais pas vous, mais moi, voilà, je suis plutôt sucré.

J’avais donc, dans ma grande prévoyance, emporté de la maison un paquet de gâteaux au chocolat et, grâce à une répartition judicieuse de cette denrée convoitée, je m’étais assuré un certain nombre d’alliés dans les sièges alentours. J’avais privilégié, on le comprendra sans peine, les gens les plus costauds et les moins intelligents, ce qui va souvent de pair, m’assurant ainsi sécurité et confort, tout en maintenant une prise sur ma clientèle, m’assurant qu’ils ne soient pas tout à fait repus, et donc, toujours dépendants de moi.

Une hôtesse était d’ailleurs venue me voir avec un regard implorant et des yeux mouillés. En échange de mes faveurs, elle avait eu le droit à un quart de gâteau.

Grand prince, j’avais autorisé mon aréopage à mater du coin de l’œil mes performances ; un touriste japonais ayant même eu le bonheur de réaliser un petit film, dont, certes, la vente a posteriori n’a pas amené autant d’argent qu’attendu, mais qui a eu son petit succès sur youtube, et me vaut quelques privautés encore aujourd’hui, lorsqu’il m’arrive de croiser une hôtesse de l’air.

Playmobil a bien su rendre le côté sexy de cette hotesse de l'air, qui a une ressemblance troublante avec Marine Lepen

Confortablement installé sur ma réserve de gâteau, je pus donc passer une fin de vol presque tranquille. Les cannibales étaient calmés et le reste de l’appareil avait aussi retrouvé un certain équilibre, même si une famille d’Espagnols provoqua une belle émotion lorsque, aux deux tiers de notre périple, on s’aperçut qu’un de leurs rejetons était en fait un jambon déguisé en garçon.

Quand on sait que les jambons et les garçonnets ibériques sont tout aussi poilus et ont tous deux le même subtil fumet, on ne peut que saluer la supercherie ; A moins d’une méprise, auquel cas le jambon en question était effectivement un petit Ibère dont les parents se coupaient discrètement une tranche de temps en temps.

On admettra que la méprise est pardonnable. Je n’ai pour ma part jamais pu distinguer un lonzo d’une figatelle.

Une photo de la classe de cm1 de santa Clara del Sul. De gauche à droite : Pedro, Rodrigo, Lonzo, Maria, Mendoza...

Au moment de la découverte de la chose, l’équilibre politique de l’avion sembla basculer, mais une fois les derniers restes du jambon engloutis, nous retrouvâmes l’état de paix précaire qui s’était préalablement établi.

Le reste du voyage fut sans accroc notable, jusqu’à la descente sur JFK.

Là, en effet, notre terroriste découvrit que, d’une part, sa chaussure n’était pas un marteau suffisamment puissant pour pouvoir correctement battre le fer pendant qu’il était chaud (ce qu’il était, à ce moment là), et d’autre part, que sa lime à ongle ne lui permettrait jamais d’aiguiser à temps son cimeterre pour pouvoir détourner l’avion d’une façon crédible.

Le malheureux tenta donc d’improviser une prise d’otage avec son four improvisé, mais ne réussit qu’à se brûler atrocement les mains.

 

S'il avait utilisé ces jolies maniques, notre terroriste aurait pu marquer un but de la tête, sans se brûler.

L’odeur de chair brûlée fit d’ailleurs verser des lames à la mère espagnol, lui rappelant le doux fumet de son jambon de garçon. Nous fûmes en tout cas tous surpris de découvrir que notre terroriste avait fait ces dessins tragiques pour notre vol. Jusqu’ici, nous pensions tous sincèrement qu’il parlait de façon théorique de ces projets de suicides collectifs, et à aucun moment nous n’avions envisagé sérieusement qu’il ait voulu faire de nous ses camarades d’holocaustes.

C’était bien entendu flatteur, et je n’ai pas manqué de le remercier.

J’ai toujours cru que la religion est une affaire personnelle, et qu’on serait bien mal avisé de discuter du droit qu’on les autres de massacrer les gens qui ne pensent pas comme eux, alors que ça leur a été demandé noir sur blanc par un prophète qui connaissait bien Dieu.

Beaucoup des passagers survivants pensaient d’ailleurs comme moi et ce fut d’une courte majorité qu’il fut finalement décidé de remettre notre preneur d’otage à la police américaine. Certain verront là un exemple du syndrome de Stockholm, je préfère parler de tolérance et d’ouverture à une religion certes peut être un peu moyen-âgeuse par certains côtés, mais tellement authentique et qui a le mérite de remettre les femmes à leur place.

 

Ce monsieur musculeux est en fait une madame, comme le dénote le port du foulard.

Nos hôtesses, ces salopes, remirent donc aux autorités le grand brûlé, son forfait manqué.

Il ne fut pas heureusement pas passé à la chaise électrique, comme on l’avait craint.

En effet, l’enquête révéla qu’il n’avait pas d’intentions belliqueuse contre les Etats-Unis, mais qu’il envisageait en fait de détruite une tour à Hong Kong, plus haute que ce qu’on pouvait trouver dans le nouveau monde.

Il fut interné en quartier de haute sécurité, où il subit divers sévices sexuels, sans doute dignes de ce qui  l’eut attendu dans l’au-delà, du moins on l’espère, sévices pratiqués par des latinos bodybuildés et aussi par des noirs lui susurrants les douces romances dont  ils ont le secret.

Pour en finir avec ce périple, il se termina par une anecdote assez cocasse et qui est le but de ce long récit, par ailleurs un peu banal, mais qui aura rappelé, je l’espère, des souvenirs aux habitués des voyages transatlantiques.

Figurez-vous que, une fois rendu chez mon ami Nicolas qui habite un très grand loft surplombant Central Park, j’ai ouvert ma valise. Et là, qu’elle ne fut pas ma surprise de découvrir qu’un nain de jardin y avait voyagé, en passager clandestin.

En effet, Herr Hirsekorn, le nain, allemand, comme tous les nains, avait profité du chargement en soute à Orly pour se glisser dans mon bagage, dont la coûteuse facture lui sembla, à raison, la garantie d’un voyage confortable et d’une arrivée dans un cadre cossu.

Il nous quitta après une tasse de Verveines et quelques chansons de la Wehrmacht qui nous rappelèrent un peu nos jeunes années aux scouts, avec Nico.

Quelle classe ces allemands.

 

Pas facile de saluer correctement, quand on a les mains crispés...

Ce nain allait connaître une destinée singulière, puisqu’il allait être le premier nain de jardin de Central Park. Il a récemment défrayé la chronique en se présentant au poste de maire de la ville, puisque oui, il s’agit bel et bien de Wolfhgang Adolf Hirsekorn, le chef de l’importante communauté de nains de jardin qui peuple désormais le plus grand espace vert de Manhattan.

On a peine à se rappeler qu’à une époque Central Park ne comptait aucun nain de jardin. Aujourd’hui, cela paraît presque absurde de penser qu’il ait pu en être autrement, et que leurs jolis terriers et leurs brouettes colorées étaient alors absentes des terrains de baseball où ils apportent une intéressante contrainte au jeu.

Et voilà, comment, au cours d’un banal trajet Paris-New York, j’ai pu tutoyer l’histoire en ouvrant ma valise.

Comme quoi, si on reste chez soi, comme vous, on ne vit aucune aventure digne de ce nom, tandis que, si on va à New York, comme moi, on a une vie de dingue et on rencontre des gens passionnants.

Et tout cela en vacances, pendant que vous bossez comme des cons.

 

23 fév
2011

SCENARISTE ou L’ART DE SE FAIRE OUBLIER 4/4

La collaboration avec le dessinateur

Pour refiler la métaphore sexuelle, on va se trouver dans deux cas : Le dessinateur passif et le dessinateur actif.

Le premier est le dessinateur qui ne prend quasi aucun initiative quant au scénario (ça marche très bien avec un scénariste ultra pointilleux et détaillant tout) : véritable pute graphique qui fera servilement tout ce qu’on lui demande mais à qui on arrachera difficilement une critique ou une idée. C’est bien quand on est méthodique et précis mais ça prive aussi d’une vision extérieure critique de quelqu’un dont l’œil graphique n’est pas anodin.

Le dessinateur actif lui prendra souvent l’initiative et fera des contre-propositions au dessin en vue d’améliorer (avec un succès changeant) le découpage. C’est, à mon sens, le cas le plus préférable. ça donne lieu à des échanges et des discussions.

En général, il ne faut pas hésiter à se prendre un peu le chou avec son dessinateur, mais ça doit survenir AVANT l’encrage, parce que sinon, les repentirs et autres rustines vont arriver comme des cheveux sur la soupe sur la planche, et c’est très dommageable pour le résultat final.

C'est quand même mieux de discuter avant de ce qu'on veut faire, sinon c'est bancal au niveau du résultat.

Cependant, quand il faut, il faut, et mieux vaut rustiner et s’engueuler un peu avec son dessinateur que laisser passer un truc qui nuira à la lecture.

Évidemment quand on se retrouve face à un type qui se fout totalement du scénario, ça devient coton.

Il y a en effet des dessinateurs qui ne respectent pas du tout le scénario et là, il faut avoir beaucoup de cheveux pour pouvoir se les arracher sans finir chauve direct. Dans l’histoire de la bande dessinée, on connait par exemple Jijé qui foutait régulièrement par terre les scénarios de ses collaborateur, dont le méticuleux Goscinny, pour le plaisir de dessiner des trucs qui lui plaisaient.

Goscinny avait peu de cheveux sur la fin. Disons le carrément, le cheveux est indéniablement une force du scénariste. Alors que la barbe et la chauvitude son plutôt l’apanage du dessinateur. Avec les lunettes.

Un dessinateur de bd ? Non, vous avez été trompés par la calvitie et les lunettes, mais il manque le tee-shirt ou la chemisette...

Mais bon, si vous n’avez pas de cheveux, une barbe et des lunettes, ça ne veut pas dire que vous n’avez pas de talent, hein… mais je ne peux pas être affirmatif là-dessus.

En plus des cheveux, le scénariste doit avoir une autre qualité… la discrétion.

Et là, venant de moi, normalement, tout le monde rigole.

Le paradoxe du scénariste : personnalité et discrétion.

Quelle est la différence entre un bon et un mauvais scénariste ?

Le mauvais scénariste, il a une mauvaise idée, il la prend.

Le bon scénariste, il a une idée, elle est mauvaise, il la prend aussi… mais c’est un bon scénariste.

Au delà de la référence que seuls les gens qui ont grandit dans les années 80 auront reconnus, il y a là une vérité.

Il n’y a pas vraiment de mauvaises idées, il y a la façon de traiter l’idée.

Et c’est là qu’intervient la personnalité du scénariste, dans le sens de personnalité artistique. En effet, scénariser une histoire ce n’est pas être capable de dire « machin rentre dans la pièce, il ouvre la porte, il rentre, il ferme derrière lui, point. »

Cela effectivement tout le monde sait le faire.

Tout l’art consiste à rendre intéressant dans l’histoire, par la façon de raconter ce micro évènement sans saveur sur le papier, mais qui doit trouver un sens dans l’histoire globale.

Par exemple, quand, pour les Autres Gens, je dois camper l’action suivante en une dizaine de case « Kader se fait enlever son plâtre » hé bien, j’ai intérêt à trouver un truc pour le lecteur ne s’emmerde pas. Dans le cas des autres gens, c’est une série qui fonctionne pas mal à l’identification aux personnages. Je vais donc chercher à ce que le lecteur se retrouve dans ce non-évènement.

Après une courte recherche sur internet, je tombe sur des forums de gens se demandant comment retirer son plâtre soit même et les choses à surtout éviter. Notamment ne pas mouiller le plâtre… Faute de quoi, on pue le chien mouillé. Voilà donc notre Kader attendant qu’on lui retire son plâtre, devant un interne goguenard qui le nargue gentiment, avant de le libérer. Le père de Kader l’accueille à la sortie de l’hôpital et lui offre… un chien. Hop, fin de la séquence « j’ai bien fait de m’habituer à l’odeur ». La boucle est bouclée.

Donc l’idée est de trouver à mettre du sel, d’une façon un peu personnelle tout de même, mais pas trop. C’est à dire qu’on ne doit pas sentir l’auteur derrière chaque personnage. Il est regrettable de voir certains auteurs faire s’exprimer leurs auteurs toujours de la même façon, avec les mêmes tics de langage.

Toujours dans « les autres gens », j’ai pu m’apercevoir en juste trois semaines d’exercice que j’avais des tics narratifs, des constructions qui reviennent de loin en loin. Heureusement, Thomas Cadène est encore pire puisque lui, il case du « tu m’emmerdes » au moins une fois par épisode (bon ok par semaine) dans la bouche de tous ses personnages.

L’art du dialogue : savoir se faire oublier

En tant qu’éditeur, je reçois beaucoup de manuscrits où tous les personnages ont la même façon de s’exprimer. Tout les personnages de la bd emploiront par exemple la construction syntaxique « la mère à Manu » ce qui, au delà de la faute de français, est assez peu crédible dans la bouche d’une personne « de la haute » par exemple.

"Et alors la pute à l'autre là, elle me dit : vazy tu me causes meilleur, chuis plus chanteuse à la variété, chuis première meuf de France, et mon mec y va dire à ses CRS de te casser ta gueule face la poste" Crédible / Pas crédible ?

Le conseil habituel que je donne dans ces cas là, c’est de prendre, autour de soit des personnes de référence pour chaque personnage et imaginer que tel ou tel personnage parle comme son père, sa tante ou son petit cousin de 17 ans, ça permet tout de suite de dissocier l’auteur de son personnage et de lui projeter une personnalité et un langage propre.

L’autre élément ou le scénariste doit savoir se faire oublier c’est dans la non utilisation du dialogue lui même.

C’est éminemment frustrant car nombre d’auteur n’a réellement l’impression de vivre en tant qu’auteur que dans les bulles des personnages.

Il est vrai qu’il est rare de « citer un silence ».

Cependant, le scénariste, et spécialement le scénariste-dialoguiste doit apprendre à lâcher du leste et à faire la part belle aux silences, qui parfois en disent plus long et plus subtilement que les mots d’auteur les mieux tournés. Il ne faut pas oublier que la bande dessinée est aussi l’art de l’ellipse et que faire appel à l’imagination du lecteur pour combler les silences, c’est tout à fait raccord avec le support.

Enfin, l’action muette va aussi donner plus de force au texte, pour de simples raisons de rythme.

Une succession de dialogues ininterrompus va faire tomber l’intensité de l’attention du lecteur, alors qu’un texte arrivant après plusieurs actions sans récitatifs sera beaucoup plus marquante et fera ressortir la réplique.

Pour illustrer ça, je vais prendre pour une fois un exemple tiré du cinéma et que j’aime bien : la scène de l’avion dans « La mort aux trousses » de Hitchcok.

Dans cette scène on voit le héros, Cary Grant, attendant un mystérieux rendez-vous qui n’arrivera jamais. La scène dure 5 minutes. Cinq vraies minutes. Et c’est long.

Alors quand, venant du ciel, arrive un avion d’arrosage qui attaque le héros, le spectateur ne se dit pas « attend mais il a peur de quoi là, c’est juste un avion d’arrosage, il a peur de se faire arroser ? » non. Le spectateur regarde avec angoisse Cary Grant courir pour échapper… à l’arrosage, sans doute.

Mais comme le spectateur n’en peut plus d’attendre, il est ravi de cette scène d’action totalement improbable.

On se fait pas un petit petit chier là ? Bon envoyez l'avion, on en peut plus... cinq minutes de plus on pourra envoyer un tracteur, le lecteur y croira.

Voilà typiquement le genre de scène qu’on pourrait rapprocher d’une séquence où, à un long silence donne à une réplique parfaitement nunuche mais qui, du coup, fera un effet du tonnerre.

Je serais tellement plus crédible si j’avais un exemple de bd à vous donner, mais je fatigue, alors vous trouverez vous-même.

Un autre jour, je parlerais d'un autre scénario à peine crédible, en l'occurrence la mort de Claude François s'électrocutant dans sa baignoire en changeant une ampoule (ah ah ah, ben oui... bien sûr...) ou en se séchant les cheveux...

Hum, en attendant ce grand moment, je profite aussi de signaler un truc de scénariste qui a pratiquement disparu dans les productions actuelle : La bulle de pensée, c’est à dire la bulle qui permet de rentrer dans les pensées du personnage.

Voilà bien un truc complètement has been en Europe et qui n’apparait plus guère que dans les séries où on suit exclusivement un seul personnage, sans doute parce que le lecteur exige désormais plus de vraisemblance dans la narration, et qu’il aime à avoir à deviner ce que pense le personnage.

En Europe en tout cas, parce que  dans les mangas, par exemple, ça n’arrête pas de bullepenser

"où Yoshi Yoshi a t'il mis ma culotte ?" On ne sait guère, mais, grâce à cette bulle de pensée, on sait qu'il dort comme une marmotte.

Hum, donc ça se trouve encore, mais bon, un scénariste européen à la page évitera ce truc là, s’il ne veut pas passer pour un total ringuard (« ho mon dieu, je vais passer pour un ringard » se dit Johnny). Évidemment, dans le cas d’un personnage omniscient ou gourou extra-lucide, le recours à la bulle de pensée trouverait une certaine utilité.

Tout ça pour dire que, si c’est bien de se tenir au courant des derniers progrès de la science de la narration, il ne faut hésiter à transgresser certains codes au service de son histoire. (bulle de pensée de l’auteur de l’article : est ce que je serais pas en train d’écrire une énorme connerie, là ?)

Ce qui me permet de me contredire avec l’article précédent, où je vitupérais contre les gens qui ne lisent QUE de la bande dessinée pour écrire après de la bande dessinée… Il faut quand même en lire un peu pour savoir comment ça fonctionne et en écrire.

Oui parce que ça a l’air facile, et puis c’est le truc où tout d’un coup vous voyez un artiste ou cinéaste ou un écrivain célèbre qui arrive et se propose de faire une bande dessinée, et, là, en général, ça donne un truc bien nul… Beineix, si tu nous entends…

Hé hé, j'ai écris des tas de bouquins, alors franchement, une bédé, c'est trop EASY pour un philosophe.

Bon, pour faire bonne mesure, il faut aussi dire que l’inverse est vrai… J’ai pas vu le film, mais je me serais laissé dire que Sfar aurait gagné de le Gérard d’or du cinéma, intitulé « Gérard du film pas nul, mais pas bien. Pas nul, hein. Mais pas bien. Mais pas nul pour autant. Mais pas bien non plus. Mais pas nul. Ceci dit, pas bien. Voyez? »

Vu les échos que j’en ai, ça doit pas être totalement immérité (mais quand même pas, mais quand même si, enfin faut voir…). Cela dit, juste sur le titre « Vie Héroïque » et le sous-titre « un conte par… », Sfar a perdu un client.

Hum bon… Pour revenir au scénario (ça le fait mal de critiquer un scénariste de la taille de Sfar, il va encore m’arriver des bricoles… en plus il parait que Sfar ferait partie d’une minorité religieuse active aux réseaux tentaculaires… ces gens là sont partout).

Le scénariste ne doit pas oublier qu’il est au service de l’histoire, s’il veut servir son histoire. Une fois que celle-ci sera bien bouclée, il pourra alors vendre ça à un éditeur…

Mais ça c’est un autre problème, ce sera l’objet d’un autre article pour savoir vendre son projet à un éditeur… le titre en serait « comment coucher pour réussir ». Ça va être bien…

21 fév
2011

SCENARISTE ou L’ART DE SE FAIRE OUBLIER 3/4

Et oui nous arrivons finalement, au bout de trois épisodes, à rentrer dans la Technique, les ruses secrètes des sioux de la mort… Je vous rappelle que cet article n’est que le troisième d’une série de 4 et que, si vous voulez lire dans l’ordre, ce qui est mieux pour apprécier ma prose inimitable, il faut cliquer là…

Les techniques du scénariste

Concevoir le scénario comporte en général une phase globale qui consiste essentiellement à poser l’univers, les personnages et l’histoire, et dans un second temps à rentrer dans le détail

Création du concept : une idée simple.

Au départ, il y a l’idée, le Pitch. Je sais, c’est moche de piocher des concepts anglo-saxons, mais demandez à nos amis québecquois de trouver un équivalent franconisant, et je l’utiliserai. Donc le pitch…

Hé oui, parce qu’une bonne histoire, c’est déjà une idée simple.

Un ami éditeur et auteur me disait l’autre jour, en me refusant un scénario que mon histoire était « trop simple »

Je lui ai opposé toute une série d’exemple de grosses histoires « pitchées » en deux lignes

« Un petit malin et un gros costaud, il quittent leur village, ils accomplissent une mission ils reviennent pour le dîner » Astérix et Obélix (tous les tomes)

« Une arme absolue qu’on ne peut utiliser sans devenir méchants, les gentils vont dans le pays du méchant détruire l’arme et reviennent, en trois tomes » le seigneur des anneaux

« Un papa construit un jardin pour ses enfants. Ils lui désobéissent, il les fout dehors, puis il envoie un autre fils pour que tout le monde revienne dans le jardin. En deux testament » La Bible.

Bref, comme vous voyez, le pitch, c’est très simple, ça peut tenir en un nom d’album.
Et visiblement, à la fin, les gens reviennent chez eux.

J'ai une idée... le méchant sera en blanc, le gentil sera en noir... comme ça, on nous accusera pas trop d'avoir une distribution exclusivement caucasienne. Ah ouais, et en rouge, on aura le réalisateur obèse.

Un exemple tiré de ma longue et désespérante expérience d’un très bon pitch qui a séduit l’éditeur avant que celui-ci finisse par nous claquer la porte au nez ?

Les Moriarti, une famille de méchant : « Faisons le mal, mais faisons le bien ».

Juste sur ce titre j’ai vendu l’histoire. Pas suffisamment bien, faut croire, puisque ces salauds d’éditeurs chrétiens ont finalement refusé de publier la chose au motif que « Loïc Sécheresse dessine trop mal les Lamborghini » (il n’en est rien).

Si votre idée prend plus d’une phrase à expliquer, c’est soit que vous ne l’avez pas assez simplifiée pour l’expliquer, soit, plus vraisemblablement, que c’est une mauvaise idée. Une fois que vous avez votre idée de base, là, oui, vous pouvez broder.

Et il vaut mieux y aller carrément.

Un pitch en une image avec une famille au grand complet : le père, la mère, les enfants, le chien, la centrale.

La grande image d’abord.

L’un des grands soucis du scénariste, après trouver une idée et la formuler simplement, c’est de fournir un monde riche.

Quand on travaille avec un dessinateur, il faut nourrir son imaginaire. Avoir des références, de la connaissance, de la culture de son sujet.

Que vous construisiez une saga de science fiction ou un roman graphique intimiste, il va falloir construire l’univers comme si tout était à faire et que votre dessineux était le dernier des incultes.

D’ailleurs dans la plupart des cas…

Rien de pire que les auteurs de bd qui parlent d’un sujet qu’ils ont vaguement abordé par la lecture d’un livre de vulgarisation. Et c’est plus souvent qu’on ne croit, vu comme le lecteur de bande dessinée lambda est en général un crétin analphabète, incapable de lire un livre (il lit de la bd, pour vous dire…).

On a donc un paquet d’auteurs de qui pensent qu’avoir lu un vague livre sur le sujet est suffisant pour faire d’eux des experts internationaux du sujet, tout comme certains lecteurs pensent devenir des historiens de renom après avoir lu une biographie signée par Zweig ( c’est bien écrit, mais bonjour la vulgarisation).

Il y a peut être un truc pire que les auteurs vulgarisant de la vulgarisation, ce sont les auteurs de bande dessinée qui écrivent des bd d’après d’autres auteurs de bd. Les « sous quelqu’un »… Ce n’est pas une nouveauté de dire que la consanguinité donne rarement de bonnes choses. On pourra m’opposer que ça a permis de développer plusieurs centaines de races de chiens. On me permettra de douter de l’utilité du Yorkshire, du Caniche, du Chowchow et, grosso modo de tout chien en dessous de 60 centimètre de haut…

Ce petit écart pour dire que les gens qui mangent, pensent, boivent, baisent bande dessinée, ne pourront jamais créer qu’un succédané bien faible de ce qu’ils ont rendus et digéré de leurs lectures. La même chose qui résulte de toute digestion, autant le dire, de la merde.

On sent nettement l'excitation que procure à ce sympathique résultat d'un sélection génétique rigoureuse la production de sa prochaine oeuvre

Il faut mélanger les influences, les lectures et les sources pour produire un truc qui ne soit pas un avatar affaibli de ce qui existe déjà.

Et les donner à votre dessinateur pour que lui même s’en imprègne.

Ainsi, il est important, avant même de construire votre histoire d’avoir envisager le background des personnages, de l’univers, et d’avoir étudié votre sujet, surtout s’il concerne un sujet ou une époque particulière.

Précision utile, qui va avec le merveilleux développement d’internet : étudier son sujet n’est pas faire une recherche sur wikipédia. On avait inventé, avant, un truc assez chouette, qui s’appelle la bibliothèque. C’est un endroit assez cosy et qui vous permettra de vous cultiver un peu et, le cas échéant d’étoffer un peu votre univers.

N’hésitez donc pas à « croiser les effluves » en apportant de vos lectures, films préférés, séries télévisées, connaissances historiques ou scientifiques et autre pièces de théâtre (mais oui, c’est possible) en soutien de votre projet. Votre dessinateur et votre lecteur ne les connaitront peut être pas, ce qui vous donnera l’occasion d’étaler votre science à bon compte et de passer pour un type cultivé, voir, pourquoi pas, pour un auteur.

En revanche, Internet est là pour vous permettre d’appuyer visuellement votre univers…et oui, parfois aussi, pour donner concrètement à votre dessinateur des liens lui permettant d’accéder superficiellement à l’immense culture qui est la vôtre.

En plus, quand il s’agira de trouver des sources visuelles pour tel ou tel endroit que vous connaissez, ou pour le look que vous souhaitez pour un personnage donné et cætera, vous pourrez facilement donner un lien pour inspirer l’autre tâcheron, ce qui lui évitera de sortir de chez lui et de voir la lumière du jour.

"croiser les effluves, c'est mal" Non monsieur, c'est de la connerie, ça !

Envisager le projet concrètement.

Spontanément, chaque auteur débutant envisagera une grande saga, une fresque de 45 albums, répartie en onze cycles, chaque livre faisant environ 200 pages, un truc modeste…

Ou au moins une série de 15 albums en cartonné couleur de 48 pages, comme on a dans la collection, là, dans les toilettes.

C’est bien d’avoir de l’ambition.

Cependant, dans un premier temps, il est aussi bon d’envisager juste un seul album, dans un format et une pagination donnée, ce qu’on pourra communiquer facilement à son dessinateur, qui est moins pressé que vous de s’attaquer au pavé de 830 pages que vous envisagiez tout d’abord, vu que lui, il devra les dessiner, ces pages.

De même, l’éditeur sera bien content de connaître le format de ce que vous voulez lui proposer.

Sachant bien sûr que plus votre projet ressemblera (du moins dans la forme) à ce qu’il a déjà édité, plus il sera content (moins de boulot, vous l’aurez compris).

Si c’est votre tout tout premier projet, pourquoi ne pas envisager les choses encore plus modestement ? Un petit seize pages, avec une à deux image par page, vous permettra de vous tester à moindre frais et de voir si, sur un format court, vous êtes déjà capable de tenir la distance.

La plupart des éditeurs veulent voir 4 ou 5 pages découpées et encrées pour chaque projet de jeunes inconnus. Si vous arrivez avec déjà une petite histoire bouclée, vous aurez montré que vous savez déjà faire le minimum.

C’est un conseil que je donne souvent aux jeunes auteurs qui arrivent avec leur saga sous le bras, alors qu’ils ont encore des problèmes de narration évidents : plutôt que de se casser la nénette sur un truc encore trop ambitieux et de vouloir construire un palais sans avoir des notions de plomberie, construisez déjà un petit lego efficace.

Une fois que vous êtes d’accord avec le dessinateur sur ce que vous allez faire, il n’y a plus qu’à s’y jeter ?

Bon on s’y met, bordel ?

Non, pas tout a fait.

En fait, écrire un livre s’improvise rarement ; il y a des contre-exemples. Le « Lapinot et les carottes de Patagonie » de Trondheim mais qui est plus à rapprocher de l’exercice de style que de l’album scénarisé à proprement parler.

J’ai pour ma part improvisé une histoire page après page en gravure sur bois, j’aime autant vous dire que je m’en suis bien mordu les doigts quand, une fois les 64 pages de l’album terminées, il a fallu remplir les bulles et donner une cohérence à l’ensemble (j’avais pas gravé les textes, faut pas déconner non plus).

Bref, en général, il convient, à ce moment de l’histoire, de tomber un vaste « monstre » de toutes les idées évènements et de les recaser dans un document détaillant ce qui va se passer dans le livre, péripéties par péripéties, jusqu’à répartir ce « filé » en un page à page du livre.

Soit un document texte décrivant, page après page, ce qui se passe (en une ligne ou deux, hein). C’est bête, mais ça va drôlement vous aider après, au découpage, d’avoir ce « plan de montage ».

Une fois ceci fait, il ne vous reste plus qu’à vous attaquer au découpage.

Un bon scénariste sait s'équiper d'outil efficace pour découper.

Le découpage, sa vie, son œuvre.

Le découpage, pour ceux qui l’ignorent, est un élément primordial en bande dessinée, c’est la façon dont, dans la page, l’action est « découpée » afin d’être lue par le lecteur.

Ça a une importance folle. Selon le point de vue choisi, l’histoire sera lisible ou pas.

Parce qu’il y a cinquante façons de traiter la ligne de texte « le héros rentre dans la pièce »

Le voit-on entrer par derrière, par devant (je vois ce que vous pensez, c’est mal), est-ce un plan en plongée, en contre-plongée, y a t-il des personnes dans la pièce, du décor, un premier plan, un arrière-plan, quel type d’éclairage selon le temps qu’il fait ou l’horaire de la journée… ?

Ça parait évident, mais le dessinateur ne pouvant pas forcément deviner ce qui se cache dans la tête de son scénariste, il faut déjà penser à préciser tout cela.

Sans compter que la taille et la forme des cases auront aussi leur importance dans le rythme de lecture du lecteur.

On considère parfois que le découpage revient au dessinateur.

Mais celui qui a une vision claire et précise de ce qui doit se passer dans la page prendra souvent les devants et proposera un pré-découpage.

Deux cas se présentent alors…

  • Le scénariste dessinateur

Dans ces cas-là, c’est très simple, le scénariste va se fendre d’un découpage plus ou moins détaillé, allant du croquis très schématisé à la planche totalement découpée et prête à être encrée. C’est le cas par exemple pour la série « Donjon » dont, pour les premiers tomes, selon la série Trondheim découpait et Sfar encrait, et (ou) inversement (selon qu’il s’agissait de la série « Donjon Zénith » ou de la série « Donjon Crépuscule »).

Cela dit, c’est assez rare, en général, le scénariste fait une première mise en place pour le dessinateur, mais c’est le dessinateur qui réalise le dessin en tant que tel.

  • Le scénariste non dessinateur

Dans le cas du scénariste non dessinateur, il s’agira soit de décrire case après case ce qui se passe, en précisant la taille et le placement des cases, des protagonistes et éléments, ce qui peut se révéler long et fastidieux, mais que les scénaristes les plus pointus n’hésitent pas à faire, soit plus simplement de suggérer au dessinateur ce qui se passe, précisant uniquement les éléments absolument fondamentaux de l’histoire.

Parfois le scénariste laisse au dessinateur toute latitude quant au découpage. Parfois la question ne se pose même pas.

Sur  « Les Autres Gens », par exemple, le scénario est une succession de case à case, chaque case ayant la même taille, pas de gros soucis de découpage., en tout cas concernant la taille des cases. En revanche ça pose des problèmes quant à l’adaptation papier après, même s’il paraît que Dupuis a fait un très bon boulot là-dessus, dixit Thomas Cadène.

Le découpage, notamment des cases en page, n’est pas à négliger.

Il permet notamment de rythmer la lecture et de casser le gaufrier qui peut, parfois, se révéler lassant pour le lecteur. Si vous ne savez pas ce qu’est un gaufrier, Wikipedia est votre ami, comme quoi, ça sert ce truc.

Pour prendre un exemple basique, un lecteur prendra plus de temps pour lire une longue case  pleine de détails qu’une succession de petites cases muettes. Hé bien l’enchaînement de ces rythmes de lecture différents, c’est ce qui va vous permettre de rythmer votre histoire.

Une histoire se rythme par des successions de plus et de moins. Dialogue / Silence, Action / réflexion, grandes illustrations pleine page / gauffrier très développé.

Rien de plus ennuyeux qu’une histoire ou tout est au même ryhtme. C’est comme un concert de Rage against the machine : les premières chansons, vous êtes à fond, mais comme elles sont toutes au même niveau, une fois que vous vous êtes habitués… vous vous faites sacrément chier (enfin en tout cas, moi).

De même, un projet qui change tout le temps de rythme, pour surprendre le lecteur, c’est excitant, sur le papier, mais c’est fatiguant à lire en vrai. Souvent, un jeune dessinateur va changer de cadrage à chaque case, enchaînant plongée, contre-plongée, hors champ, contre-champ, perspective à huit points de fuite…

C’est bien, ça montre sûrement ses capacités, mais c’est illisible. Dans les premières pages de l’histoire, vous ne devez pas tuer votre lecteur, vous devez l’emporter. Et si possible vite, mais sans brutalité.

C’est comme ça, un bon kidnapping.

Les pages de présentations.

Un truc que j’ai retiré de plusieurs tentatives de collaboration avec un jeune éditeur talentueux que, pour respecter son anonymat de personne de l’ombre, j’appellerai Martin Z.

Quand on commence son histoire, on a toujours tendance à vouloir présenter un peu les caractères, l’univers. C’est en général assez didactique et chiant, même si on essaie toujours de faire ça discrètement. Mais on en a rarement conscience, persuadé qu’on est de maîtriser les multiples subtilités de l’art narratif séquentiel.

Retirer ces pages d’introduction, c’est bon pour le projet. Voilà ce que m’a appris ce bon Martin, information qu’il tenait lui-même d’un ponte retiré de « Pif Gadget » (magazine communiste pour enfant, d’excellente facture m’a t-on dit, je ne sais pas, nous on était catho, on n’avait pas le droit).

Ainsi chez Pif, on commandait pour chaque nouvelle série deux histoires au dessinateur. La première était foutue à la poubelle et jamais publiée (et où se trouvaient les fameuses pages de présentation) et la seconde qu’on publiait directement.

Dans « Lucky Luke », vous ne trouverez jamais une petite histoire disant que Lucky Luke est cow boy, qu’il tire plus vite que son ombre, que son cheval Jolly Jumper parle à l’occasion et que ses ennemis jurés sont les Dalton. On rentre dans l’action directement.

Donc, jeune scénariste, si vous m’en croyez (mignonne, tandis que votre âge fleuronne), écrivez donc deux histoires ou, à tout le moins, attendez vous à sacrifier vos premières pages sur l’autel de l’efficacité. Votre histoire ne s’en trouvera que mieux, croyez-moi.

Bien sûr, comme toute règle, il y a de fameux contre-exemples. Chaque « Astérix » s’ouvre ainsi avec une page présentant les personnages principaux de la série, mais, franchement, quand avez-vous lu cette page lors de votre dernière lecture d’Astérix ? Jamais n’est-ce pas ?

Voici Assurancetourix et Cetautomatix le couple gay SM du village des gaulois. D'ailleurs à l'écran, le barde blond a été incarné par Pierre Palmade et Frank Dubosc, c'est tout dire.

Je m’aperçois qu’on est vraiment rentré dans des trucs un peu arides, et donc, je vais redonner un peu de sensualité à tout ça en vous parlant des rapports que vous pourrez avoir avec votre dessinateur. On va donc revenir à des trucs très gluants dans la quatrième et dernière partie, ça va être joli…