La théorie de Wallace.

11 nov 2014 by wandrille, 1 Comment »

Depuis qu’il était en âge d’avoir l’occasion de porter des préservatifs, c’est à dire relativement tard, Wallace avait été amené à s’interroger énormément sur la taille des pénis en général et, en particulier, du sien.

Ça n’avait aucun rapport avec une quelconque fierté ou honte de son appendice génital, c’était purement pour des raisons pratiques. Croyait-il.

En réalité, Wallace était, comme la plupart des garçons de son âge, et des hommes plus généralement, considérablement mal à l’aise avec son sexe.

Cet organe extérieur doit être si peu gracieux qu’on est obligé de le recouvrir de plusieurs couches de vêtement, à tel point qu’il reste au plus chaud de l’été la seule partie couverte du corps et que, même dans l’intimité, les partenaires les plus audacieuses exigent qu’on l’enrobe encore d’une couche de latex pour diminuer sa nocivité.

Dire que Wallace n’était même pas catholique pour avoir ce genre de gêne.

En réalité, c’était cette exigence de l’ultime recouvrement qui l’avait amené à ce questionnement quasi existentiel : ai-je ou non un gros sexe ? La réponse devant lui permettre d’acheter la taille idoine de préservatif.

Etant donné qu’il n’avait jamais pratiqué de sport collectif, ni ainsi connu la franche camaraderie virile des douches en commun, il n’avait jamais pu comparer ses attributs à ceux d’autres mâles testostéronés.

De toute façon, Wallace doutait que ce genre de concours de bite se fasse autrement qu’au repos. Sauf peut-être chez les rubgymen, le rugby étant le sport de plus swag de l’hémisphère nord.

respectons l’identité de ces petits obsédés.

Il ignorait donc quelle taille de paquet correspondrait au sien quand, pour la première fois, il fallu acheter un lot de capotes. Au delà de l’épreuve de courage qui consiste à affronter le regard moqueurs de la pharmacienne cinquantenaire goguenarde lorsque le post-ado demande la chose de sa voix mal assurée, que demander ?

Petit, normal, large ou extra-large ?

Bien sûr, on peut dans ses cas là, demander l’avis de son partenaire…

Encore faut il en avoir.

Wallace choisit normal, s’étant toute sa vie mis dans la catégorie des moyens. Moyen plus quand ça va bien, moyen moins quand ça ne va pas.

Hélas, à l’entrainement –les garçons s’entrainent beaucoup dans ces cas là – il s’avéra impossible d’enfiler correctement la chose. Trop serré, au déroulé peu instinctif, Wallace choisissait régulièrement le mauvais côté du déroulement. Il lui paraissait injuste de ne pas parvenir à l’élégant glissé-déroulé sur banane auquel il avait assisté lors d’une projection vidéo d’éveil aux questions sexuelles à la fin de sa troisième.

Invariablement chaque tentative ressemblait à la pathétique enfilade d’un bonnet sur un château de sable s’écroulant au fur et à mesure de la tentative. La manœuvre lui semblait aussi compliquée que de coller une rustine sur un vélo en pleine marche.

Deux métaphores, c’est beaucoup, mais on voit mieux l’idée.

Après avoir gâchée deux boîtes en répétitions infructueuses, ce qui augurait du pire une fois placé dans les conditions du direct-live, Wallace en arriva à la déduction logique : il devait se chausser dans la pointure du dessus.

Alors que la plupart des garçons s’en seraient plutôt gargarisés, lui en éprouva une terrible gêne, décuplée lorsqu’il du commander la chose à la pharamacie, comme s’il se vantait d’un truc indu.

Quand il s’avéra que les capotes larges ne l’étaient pas suffisamment, il pris son courage à deux mains, et changea de pharmacie.

La troisième tentative fut la bonne.

C’était extra.

Large.

Pour une raison étrange, la vie sexuelle de Wallace qui jusque là s’apparentait à la mer de la tranquillité devint l’espace de plusieurs mois un hall de gare en période de départ en vacances.

Certaines de ses partenaires lui assurèrent qu’il était doté d’un gros zizi, mais il les soupçonna plutôt de lui avoir menti pour lui faire plaisir. Les femmes font cela, dit-on.

Il tenta une expérience homosexuelle, pour avoir un avis d’expert, mais le partenaire après s’être extasié sur ses supposées dimensions titanesques changea son avis post-rupture et déclara amèrement que Wallace disposait d’un « gardon anémique nourrit au vermicel de contrebande ».

Avis à prendre entre pincettes. Wallace n’avait même pas profité de l’expérience pour se comparer à ce compagnion dans sa tentative d’ouverture à une sexualité autre.

L’expérience lui avait juste appris qu’il était viscéralement hétérosexuel. Il reprit des rapports classiques et en resta à la taille extra-large.

Wallace se sentait toujours mal à l’aise avec cette impression de sur-dimension peu en rapport avec ce qu’il pensait de lui-même ; rappelons en effet que, pour une raison étrange, dans les sociétés occidentales du XXIeme siècle, on en est encore à associer la valeur personnelle d’un l’homme avec la taille de son sexe, sans parler des rapport étonnant avec la taille de ses pieds et la cylindrées des sa voiture.

Chez les grecs, on a la statuaire modeste sur l’apendice.

C’est ainsi que, pour se libérer de cette impression d’imposture que l’utilisation de grande taille lui procurait, Wallance avait élaboré sa théorie.

La voilà.

Etant donné l’importance que revêtait pour l’être humain de sexe mâle la taille de son appendice, Wallace soupçonnait les marques de capotes de nommer les tailles de préservatif avec un décalage d’une taille vers le bas. Ainsi, les personnes dotées d’une petite chose pouvait s’habiller en « normal », les moyens en « larges » et les gros en extra-large. Les personnes particulièrement moins dotées restant cantonnée à des appellations déprisantes.

Il faut bien qu’il y en ait.

Quoi qu’il en soit, pour tous les autres, l’impression d’être au minimum « normal » ou au mieux « bien membré » contribuait à la paix sociale et à la satisfaction du consommateur.

Cette hypothèse, pour fumeuse et sans fondement qu’elle soit, fut l’unique théorie jamais élaborée par Wallace, raison pour laquelle il en faisait souvent état. Sans expliquer ce qui l’avait amené à son élaboration.

Aux dernières nouvelles, Wallace est toujours dans le doute quant à la taille de son sexe.

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One Comment

  1. Bayane dit :

    Dans un même ordre d’idée, et aussi étrange que cela puisse paraître, une étude a prouvé que la grande majorité des femmes utilisaient non pas des Tampons « Normal » (qui devraient pourtant s’adresser à la majorité – à la norme, quoi) mais des tampons « Super » – les tampons « Normal » étant en réalité plutôt destinés aux femmes ayant des règles peu abondantes.
    Selon les concepteurs de tampons – qui doivent connaître leur business – il serait donc plus valorisant pour une femme d’avoir des règles abondantes. Car avoir des règles abondantes, c’est certes vivre un enfer tous les mois, mais c’est aussi être féconde, et donc féminine.
    Tout ça pour dire que moi, avec mes tampons Mini, j’ai une sacré petite bite.
    Voilà voilà.
    Bonne journée.

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