Jean Michel, l’ami dépressif

21 août 2013 by wandrille, 4 Comments »

L’autre jour, vous croisez par hasard Jean-Michel, un ami perdu de vue, ou vous décrochez à un de ses appels… et là… c’est le drame.

« Bonjour, ça faisait longtemps… ça va ?

Non ?

Ça ne va pas ? »

Qu’est ce qui lui prend de répondre ça ?

Mais ça va pas ou quoi de dire que ça ne va pas ?
Ça ne se fait pas de dire que ça ne va pas.

Personne n’a envie de savoir ce genre de truc.

Dit que ça va très bien et que tu as repris deux fois des chocapics ce matin.

Tout le monde s’en fout de ses problèmes, d’autant que chacun a ses merdes ; Alors oui, il a effectivement contracté une maladie vénérienne dégueu au cours de la nuit au poste passée suite à une dénonciation pour violence conjugale de la part de son ex qui l’a plaqué quand il lui a annoncé son licenciement, d’ailleurs elle a profité de son incarcération pour vider son appartement tout en changeant les serrures, juste pour faire un petit peu plus chier, ok c’est dur, mais merde, on en est tous là, alors un peu de respect pour la tranquillité des autres.

Si les gens vous demandent si ça va, ce n’est surtout pas pour entendre que non.  C’est un pur automatisme à rapprocher du « bon appétit » du serveur de bistro parisien lequel, en fait, vous souhaite plutôt une mort par intoxication alimentaire, vu le ton sur lequel il le dit.

Mais bien sûr, il va faire suer tout le monde avec ses soucis, et il ne devrait pas car, comme vous le diront tous les gens bien portant qui n’ont jamais touché du doigt le début d’une angoisse « c’est dans ta tête ». Alleluia, c’est dans la tête, le diagnostique est donné, il n’y a plus qu’à prendre une bonne aspirine et zou, c’est fini la grosse déprime, Jean-Michel est de nouveau prêt à reprendre sa place dans la course de rat, s’il est gentil, le docteur lui signera quelques jours d’arrêt maladie et il pourra regarder des séries dans son lit avant de regagner le travail le sourire aux lèvres et la mort dans l’âme.

C’est dans ta tête, je te dis.

Seulement, parfois, Jean-Michel est têtu, ce qui ne veut pas dire qu’il est pédé, attention.

Parfois, Jean-Michel a un peu plus que le blues, il est méchamment dépressif, ce con.

Et du coup, il fait vraiment chier.

Le meilleur conseil, pour se débarrasser de lui est de l’envoyer voir un psy. Pour se soigner, pour parler… Un professionnel qui supportera son auto-démotivation avec patience pour une cinquantaine d’euros de la demi-heure.

Un professionnel du casse-pied quoi, qui se fait payer un bon prix pour écouter les doutes existentiels du trentenaire en voie de quadratisation.

Mais peut être Jean Michel n’a pas les moyens et, du coup, il faut supporter sa litanie de loser et dieu sait que bon, les amis sont là quand on est dans la merde, mais passé un temps ça va.
Le problème du dépressif, c’est qu’il est vite redondant avec ses histoires. Il n’a pas le bon gout de passer à autre chose au bout d’une semaine. Pourtant, c’est pas faute de lui avoir dit.

« Passe à autre chose, prends un congé…».

Alors évidemment l’autre vous répond qu’il est en arrêt maladie depuis deux mois, ou qu’il rentre de vacances au soleil et que la côté d’azur lui a donné envie de se pendre.

Le salaud vous nargue avec ses vacances en plus… voyez ?

Du coup, comme vous êtes un bon ami, si, si, vous êtes un bon pote, alors vous essayez de lui dire que lui aussi est un chic type.

« Mais si, ça va bien se passer, elle reviendra, avec l’argent du ménage et ton boss avec qui elle couchait et qui va te reprendre. Et ton chien ressucitera, tu verras. »

Comme malheureusement, au bout de quelques semaines vos prédictions se révèlent d’un optimisme digne de la météo des plages bretonnes, il faut trouver un nouveau truc.

Si tu faisais un effort pour t’habiller, ça irait mieux tout de suite.

Ce truc, c’est de positiver.
Prononcez en séparant les syllabes.

Rappelez donc à la pauvre merde qu’avant de rentrer dans sa phase légume, il a été un être humain normal qui gagnait des sous, baisait des meufs et payait des impôts (attention, si votre ami déprimé est finalement gay, penser à changer le sexe).

Rappelez lui ses réalisations : Grand prix du château de sable de Trouville 97, c’est pas rien. Peut être qu’il a des enfants dont il peut être fier… ou au moins des enfants chez les Sims…  Ou peut être qu’une fois il a été médaille de bronze en badminton  au collège et que ça, ses parents ne sont pas prêt de l’oublier…

Alors parfois ce n’est pas évident de trouver des trucs, parce que, finalement, ce n’est pas si souvent qu’on fait des actes héroïques ou dignes d’être rappelé… Que faire si votre ami pénible n’a rien fait de vraiment notable, qu’il n’a pas sauvé un enfant de la noyade ou aider un vieux à mourir dignement, c’est à dire plus rapidement ?

Aidez un homme à partir dignement.

Eh bien, il reste à mettre en valeur ses qualités.

On en a tous, c’est bien le diable si votre plaie n’en a pas quelques unes à mettre en évidence. Sachez lui montrer qu’il n’est pas qu’un gros agrégat de défauts et que, malgré tout, surnage dans toute cette médiocrité quelques qualités indéniables.

Le cas échéant, si vous avez du mal à pointez ses qualités, montrez lui les défauts ou les problèmes qu’il n’a pas.

Par exemple, rappelez à Jean-Michel qu’il n’est pas un criminel de guerre, un pédophile multirécidiviste ou Claude Gueant. Et ça, c’est à mettre à son crédit.

Ou qu’il ne perd pas ses cheveux, ou ses dents… S’il les perd, évitez, mais montrez lui la chance qu’il a de n’être pas tétraplégique. Ça le dissuadera de faire un truc stupide, au risque de le devenir.

Le mieux étant de trouver un truc où votre crampon est vraiment seul de sa catégorie. Dans ces conditions, ce serait vraiment dommage qu’il en finisse privant ainsi l’humanité d’un être rare, du dernier représentant d’une espèce en disparition…

En étant un peu de mauvaise foi, on peut toujours trouver une qualité hors pair à notre pauvre ami. Ou même en étant de bonne foi, d’ailleurs.

On a tous un truc où on est plus fort que les autres.
Moi, par exemple, je suis fort en discours. Spécialement en discours de mariage.

Alors bien sûr, dans la vraie vie, ça ne sert absolument à rien, spécialement si vous n’êtes jamais invité à un mariage.

J’en connais un qui prépare un chouette discours, on va rire…

Mais c’est un argument comme un autre pour pas faire de conneries, parce que, figurez vous, c’est vachement plus dur de faire un discours quand on est devenu tétraplégique, suite à une mauvaise utilisation d’une arme à feu ou d’un trottoir combiné à un dénivelé de plusieurs étage.

Si vous trouvez cette qualité merveilleuse, peut être votre ami se sentira un peu exceptionnel l’espace d’un instant.

C’est le bon moment pour s’en débarrasser, raccrocher ou rencontrer quelqu’un dans la rue et filer à l’anglaise.

Si vous ne trouvez pas de qualité exceptionnelle, trouvez lui quelque chose d’exceptionnel qui n’est pas une qualité, ce sera un premier point de satisfaction :

« tu as des pointes de cheveux exceptionnellement fines » me parait un truc possible à tenter et invérifiable si le mec n’a pas une formation de coiffeur (je sais, ça fait toujours bizarre le mot formation accolé au métier de coiffeur).

Si malgré tous mes bons avis, vous n’arrivez pas à remonter le moral de votre Jean-Michel, c’est probablement que vous n’êtes pas un si bon ami que ça et, je serez vous, je me poserais un peu des questions sur vous.

Et hop, une bouée 3D dans ta gueule. ça peut te sauver. Virutellement.

Peut être qu’en insistant un peu, vous pourrez montrer un peu de compassion et d’empathie, suffisamment pour devenir vous même un peu dépressif. Vous pourrez alors rendre la politesse à votre dépressif en lui faisant partager votre dépression, ce qui devrait lui remonter le moral, tant il est vrai que le malheur des autres est souvent la meilleure des consolations.

Et sinon, ben ça lui apprendra.
Et à vous aussi.

Vous me déprimez tous.

La prochaine fois, je vous raconterais comment on écrit un chouette discours de mariage.
A moins que je ne vous donne des conseils pourris pour vous planter comme une merde.

Vous ne méritez pas mieux.

 

4 Comments

  1. Pascaline dit :

    « C’est conjouir, et non point compatir, qui fait l’ami »

  2. ulfablabla dit :

    ça va de suite mieux en le disant, paraît-il

    mais dans sa tête, chez soi, dans le noir

  3. Clou dit :

    Répète-toi « ce n’est pas parce que je suis une merde que mes amis sont tous cons d’être mes amis » et attend que ça passe.
    (très vite on sera en Novembre et il fera un temps de chiotte, tu auras de quoi râler, ça ira mieux. Fais gaffe à ne pas prendre l’habitude de déprimer en été, quand même.)

    Bises,
    C.

  4. Shishi dit :

    Excellent !

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