Politesse à l’allemande et la française…

5 déc 2012 by wandrille, 4 Comments »

Vivant à Berlin, je pense qu’on est de nombreux français expatriés à trouver les berlinois abrupts et parfois très désagréables, voire malpolis. Ma théorie, car ce n’est rien de plus, c’est qu’ il y a un profond malentendu entre ce qu’est la politesse pour un français et pour un allemand. A cela, il faut ajouter la « Berliner Schnautze » , la morgue berlinoise, l’équivalent de la belle humeur parisienne, celle qui fait que le moindre serveur te jettera ton café à la gueule, que le taxi t’engueulera si t’as pas la monnaie et qu’un trajet dans le métropolitain se fait toujours au milieu d’une foule gaie comme l’assistance d’une oraison funèbre.

Les parisiens, concours de coudes.
Ça va être plus facile de leur demander de l’argent qu’un sourire

Pour nous, français, la politesse consiste à mettre les formes, à sourire, à être aimable, à dire bonjour, à rendre le bonjour, à le re-rendre et encore et encore, à dire au revoir pendant des heures, à se présenter en faisant des ronds de jambes, à tenir la porte, bref, à rendre agréable le quotidien par pleins de petites attentions qui, si elles ne sont pas là, c’est pas grave c’est normal, mais, si elles sont là, la politesse à la française exige qu’elles soient rendues ou au moins « actées » (l’autre en prend connaissance et vous en rend grâce au minimum d’un signe de tête, d’un sourire, d’un merci).

Si ce n’est pas le cas, vous êtes un malotru, une connasse, un fils de pute, et on peut à bon droit vous faire la gueule et une crasse, parce que vous n’êtes « vraiment pas poli ».

A Berlin, la politesse, et je crois vraiment que c’est à ça que ça correspond, c’est de respecter l’autre en respectant les horaires et les règles. Bref rendre le quotidien agréable dans le sens que tout est à sa place en son temps.  Si vous le faites, vous êtes polis, sinon êtes un malotru, une connasse, un fils de pute, et on peut à bon droit vous faire la gueule et une crasse, parce que vous n’êtes « vraiment pas poli ».

Quand un allemand ignore votre bonjour, votre sourire, votre rond de jambe, parce que tout simplement ça ne veut rien dire pour lui. C’est comme si une négresse à plateau venait, en signe de politesse, vous agiter l’étui pénien de son mari sous le nez – je me mélange au niveau anthropologique, pardon, mais c’est pour la blague, en même temps, ah ah ah, on a ri, c’est si bon de rire, reprenons… -

Ho, la grosse politesse !

Pour elle, c’est peut être le comble de la politesse, mais vous, vous ne saurez pas forcément comment réagir (pour info, il convient alors de vomir en chantant joyeusement l’hymne national pygmée). Eh bien votre voisin allemand, c’est pareil. Quand vous l’attendez et que vous lui tenez la porte, pour lui, c’est bizarre, parce vous n’avez pas à faire ça : Il n’est pas dans les temps pour passer la porte, elle doit se fermer, voilà. Si vous l’attendez, vous cassez le rythme normal et lui peut à bon droit penser que vous attendez quelqu’un derrière lui ou que vous avez une crampe au bras, la main collée à la porte, ou que sais-je…

En revanche, si vous avez décidé de marcher sur la piste cyclable, si vous ne dites pas bonjour à tout le monde alors que vous êtes le dernier arrivé (bonjour qu’on n’est d’ailleurs pas obligé de vous rendre, car vous êtes le dernier arrivé,  même si vous à l’heure, vous êtes en retard…) alors vous êtes un butor et on peut à bon droit être bien désagréable avec vous, parce que vous dites fuck à la société, avec désinvolture.

C’est ça, souris, sale jeune…
ça ne fera oublier à personne que t’es à contresens et que tu vas payer !

Ainsi, mon joli scooter m’a l’autre jour valu un billet rageur d’un voisin car mon poney mécanique était parqué, un soir de neige, sous le porche qui n’est pour reprendre les termes du billet doux (même si bon… doux écrit en allemand, ça fait un peu billet doux dur), donc le porche n’est »ni un lieu de stationnement, ni un lieu de passage » (Sic pour le lieu de passage, parce qu’un porche, si c’est pas fait pour passer en dessous, je vois pas bien à quoi ça sert, enfin bon…) ; Bref, je me demandais comment faire un gros bras d’honneur à ce voisin vengeur et anonyme, tant vous savez que c’est quand même plus facile de rendre la justice quand on est caché derrière un masque et qu’on n’a pas de compte à rendre.

En même temps, un allemand, lui, n’hésitera pas à venir vous faire la morale en direct, il assume bien… C’est plutôt un truc d’américain ou de mexicain, de rendre la justice sous pseudo (Zorro, ce gros pédoque, les super-héros, ces baltringues).

 

Je ne dis pas que Zorro est pd,
je le trouve juste très proche de Bernardo.

Mais là, le type n’avait pas signé, je ne pouvais pas lui envoyer un chien de ma chienne,  pas moyen de savoir comment lui casser les pieds de façon impolie, voir carrément insultante, c’est mieux.

J’ai finalement trouvé.

Il me suffira tout simplement de passer sous le porche comme de rien. Cela sera bien suffisant pour dire au gars « leck mich am Arsch » (littéralement : « lèche-moi au cul », expression toute berlinoise qui correspond à notre « je t’emmerde, va te faire foutre, pauvre cul »).

Bien sûr, je prends le risque de me faire dégonfler les pneus dans la nuit, mais la cordialité des relations franco-allemande est à ce prix.

Mit freundlichen grüssen, votre

Wandrille

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4 Comments

  1. MiKa dit :

    Merci d’encourager encore un peu plus les geeks à ne pas sortir de chez eux pour ne pas avoir à tenter de s’adapter aux machins trucs sociaux, et ce, même chez les germains.

  2. ulfablabla dit :

    ce que je voulais dire dans ce mot, c’est que ça n’était pas un passage pour les scooters
    ha non mais ! mauvaise foi toute française !

  3. Clarisse dit :

    Moi j’aime bien nos ronds-de-jambe à la française, même si c’est superficiel et que ça n’excuse pas nos manques de civilité (genre retard, genre grill de priorité, genre oubli de rappel…)
    En plus, ça permet de garder une certaine marge de manoeuvre pour les jours où t’as envie de bouffer tout le monde : si tu souris un peu moins que d’habitude, baaaaah personne ne peut vraiment te le reprocher. Alors que si j’arrête de tenir la porte à mon prochain en général, je peux t’assurer que ces jours-là je lui claque ladite porte au nez !
    (mouiiiii je suis une lady délicate et raffinée)
    C.

  4. Le concasseur de gonades dit :

    Il est fort peu charitable de confondre pygmée (africain de l’ouest) et habitant de Nouvelle-Guinée. Pour m’excuser de ma suffisance je vous recommande la prochaine fois qu’un Berlinois vous contrarie d’écouter dans les plus brefs délais « Schwarz zu Blau » de l’estimable Pierre Baïgorry (oui, je mets un tréma sur le « i », je suis un fou, moi). Ou bien même juste pour le plaisir (non, pas Herbert Léonard !). Cordialement.

    Ceux qui mettent ainsi des trémas, sont les premiers à ajuster la baïonnette à leur fusil. Et je dis sans avec trémas.

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