8 comix, Vehlmann, les Autres Gens

21 jan 2011 by wandrille, 18 Comments »


La nouvelle de la semaine, c’est, me semble-t-il, l’ouverture de
8comix, site proposant de lire en ligne de la bande dessinée de grande tenue, puisqu’on ne trouve que des pointures dans les auteurs présents.

On trouve donc un paquet de bons auteurs parmi lesquels Cyril Pedrosa, Fabien Vehlmann, Jérôme et Olivier Jouvray, Greg et Fred Salsedo, Jason, j’en passe et des meilleurs… ou du moins de tout aussi bons.


En tant que lecteur, et surtout en tant que lecteur e xilé au pays de la saucisse-bière-choucroute, je ne peux que me réjouir de cette initiative qui va me permettre de me faire ma ligne de bulle quotidienne, autrement qu’en lisant les Autres Gens, qui récemment me surprennent moins, pour une raison que je dévoilerai en fin d’article (il va vous falloir tout se cogner, bonne chance).

En tant qu’auteur et participant du monde magnifique et merveilleux de la bande dessinée, je suis un peu surpris.

En effet, on trouve dans ce pool de champions bon nombre des membres du syndicat des auteurs de bande dessinée, dont l’immense et rubicond Olivier Jouvray, ainsi que Fabien Vehlmann, excellent scénariste aux multiples séries à succès (Seuls…, Le Marquis d’Anaon) et qui a commis cette année un excellent livre Derniers jours d’un immortel, que j’engage toute personne à lire et à relire pour découvrir comment faire de la science-fiction en tout minimalisme, sans flingue ni vaisseaux spatiaux ni monstres à dents et tentacules.

les derniers jours d'un immortel

Qu'est ce que c'est que cette couv de SF sans fille à gros seins ?

Fabien Vehlmann qui a d’ailleurs écrit il y a quelques temps deux textes sur son blog, (post 1 et post 2 ) où il faisait part de son angoisse pour le métier d’auteur de bande dessinée qui se précarisait, ce qui contraignait ceux qui voulaient en vivre à multiplier les projets afin de s’assurer une existence décente (une voiture, une femme, des enfants, un chien peut-être).

( J’AI UN ENORME EDIT A FAIRE : Les textes de FV, je les ai pris de mon point de vue de petit éditeur-jeune auteur-blogueur, alors que, de son point de vue, il les a sans nul doute écrit en pensant à la grosse édition, aux grosses machines, sans penser un instant que les petits et les sans grade dans mon genre puissent se sentir concernés (bon c’est dommage, mais c’est vrai que nous ne sommes guère représentatif)… Donc du coup, voilà comment donner une vision biaisée d’un texte quand deux personnes pensent parler de la même chose alors qu’en fait non. Le texte suivant, jusqu’à ce qu’on revienne sur 8comix est donc à prendre comme un témoignage de mon amour pour la polémique, là où en fait, y en a pas )

Ce texte, qui part sans nul doute d’une excellente intention, m’avait à l’époque pas mal gêné, parce qu’il comportait trois ou quatre faiblesses, de celles qu’on pardonne aisément à un jeune inconnu, mais qui, venant d’un acteur aussi remarquable de la scène bande dessinée est éminemment dommageable quand on sait qu’on pardonne tout d’avance à l’auteur aimé et que sa parole vaut certification notariale, surtout sur internet.

Ainsi, Vehlmann témoignait d’une méconnaissance certaine de la réalité de la majorité des auteurs de BD qui, non, ne touchent pas 16 000 euros d’avances sur droit. Pas même trois mille pour un blog, comme Fabien s’en offusquait (ce que tellement d’auteurs rêveraient de toucher même pas en avances, mais comme total des droits)…

D’autre part, il déplorait, comme tous les acteurs du livre, cette « surproduction », résultat d’une course à l’échalote de l’édition à laquelle tous, auteurs comme éditeurs, semblaient se livrer, avec des conséquences contre-productives quant aux recettes engrangées par les uns comme par les autres.

Jusqu’ici, rien de très nouveau sous le soleil, tout le monde déplore la situation, mais personne ne va s’arrêter de publier.

Et c’est là que le texte de Fabien Vehlmann gêne, car il en ressortait qu’il fallait arrêter de laisser publier aux jeunes auteurs leurs livres pour rien, afin de laisser les auteurs publiés toucher des droits dignes d’eux.

Ainsi, les libraires auront plus de place et d’argent à consacrer à l’achat et à la vente des « vrais auteurs » et tout le monde sera content.

C’est un peu gênant, surtout de la part d’un auteur payé, multipliant les séries à succès et qui, soyons honnêtes, prend à chaque sortie autant de place que 15 ou 20 jeunes auteurs pas payés, chez des petits labels dont les éditeurs ne sont pas plus rémunérés (snif) et qui sont bien contents quand le libraire leur prend 5 exemplaires d’une nouveauté.

C’est un peu paradoxal de s’inquiéter dans ces conditions de l’avenir des jeunes auteurs…

Entendons-nous : il est hors de question de demander aux auteurs prolifiques, et de surcroit blindés de talent, de limiter leur production, mais les voir suggérer que les jeunes pourraient attendre d’être dignes d’être payés avant d’espérer monter dans le train où, du coup, on aurait plus de place et on serait plus à son aise… c’est assez indécent.

Alors la faute à qui ?

On va taper sur le bouc émissaire habituel : les éditeurs, ces salauds qui s’engraissent sur le dos des auteurs.

un éditeur

Malgré son physique rassurant, il convient de se méfier de l'éditeur.

Rendez-vous compte, ces mecs touchent du fric – je cite – dès le premier album vendu… Alors que l’auteur, lui, doit attendre un certain nombre d’exemplaires pour espérer toucher plus que les, tiens, 16 000 euros que lui a donnés l’autre salaud, qui a surement dû payer en plus 4000 euros pour produire l’album, mais tu comprends, il touche dès le premier album vendu, salaud !

Bref, quant à ces salauds d’éditeurs tout gras de l’argent qu’ils volent à l’auteur, vivement qu’un modèle miracle issu d’internet nous débarrasse d’eux afin de permettre enfin au lecteur de sponsoriser l’auteur sans tous ces vampires que sont l’éditeur, le distributeur, le diffuseur et le libraire.

Oui, parce qu’on oublie souvent de le dire, mais, si l’auteur touche entre 6 et 10% seulement du prix de vente, parfois versés en partie en avance, l’éditeurs lui, ne gagne que ce qui reste après le passage de ces trois intermédiaires que sont le distributeur, le diffuseur et le libraire, qui, à eux trois, prennent plus de 50 % du prix du livre. Ce à quoi on ajoute les frais de production du livre (imprimeurs + frais de fonctionnement) et donc notre éditeur il prend… ce qui reste. Ce qui peut représenter pas mal d’argent, effectivement… À condition que le livre se vende, bien sûr.

Je détaille un peu, mais je vous rassure, dans le post originel toutes ces précisions sordides sont soigneusement évitées, nous sommes dans la bande dessinée, soit l’art de l’ellipse et de la simplification, mais parfois, il convient de ne pas trop simplifier pour ne pas sombrer dans la caricature.

Bref : l’éditeur, il doit arrêter de tendre la griffe au lecteur et de profiter de la profusion de gens qui veulent faire de la bande dessinée, pour ne pas les payer beaucoup (ou ne pas les payer du tout) sous prétexte qu’il ne va pas vendre beaucoup du livres, voire perdre de l’argent dessus.

Dont acte : messieurs les éditeurs, tirez les premiers. Fermez donc la porte aux jeunes, ces gâcheurs !

Renvoyons les au fanzinat et à la publication blog, jusqu’à ce qu’ils soient dignes d’être payés.

Au passage, je note aussi une utilisation régulière du terme « blogueur » qui se retrouve maladroitement juxtaposé au terme « auteur », comme si un blogueur n’était pas simplement un auteur qui publie sur support internet, mais bien une sorte de sous-auteur aspirant à être édité et ainsi consacré « vrai auteur ».

Le blogueur, pas vraiment un auteur, à peine un être humain. Il n'a pas d'âme.

Et ça s’explique assez simplement, car, effectivement, du fait qu’en France la culture blog propose un contenu gratuit, on peut facilement assimiler les « blogueurs » à des bradeurs de métier qui offrent de la bande dessinée à leur lecteur, puis éventuellement aux éditeurs, donnant leur contenu pour la gloire d’être édité (et espérant ainsi rentrer dans la cour des grands, où on les paiera peut-être un jour un quart de ce que touche Fabien Vehlmann en avances sur droits, juste en tant que scénariste, vous imaginez la misère…).

Et c’est là que je reviens à l’expérience 8comix, après un sacré détour…

8comix, de quoi s’agit-il ? Il s’agit de mettre en ligne, temporairement ou indéfiniment, des planches de BD en lecture gratuite, qu’il s’agisse de BD inédite ou d’anciens projets libres de droits.

Je viens de lire la présentation qui se termine par ces mots « c’est une expérience, nous voulons tout simplement voir ce qui se passe lorsqu’on met gratuitement et collectivement du contenu inédit et de qualité sur internet. »

Spontanément, j’ai envie de répondre à cette note d’intention en disant : Du contenu collectif inédit et de qualité, mais messieurs, il suffit d’aller lire sur Grand Papier ou sur Manolosanctis… Disons que la formulation n’est pas très diplomate, mais un court passage sur le blog de Vehlmann permet de dissiper les doutes là-dessus… ces gens savent qu’il y a déjà du bon sur internet.

Donc, c’est une expérience. Mais, comme je l’ai dit, cette expérience, elle existe déjà, on connaît un paquet de sites communautaires ou de blogs proposant du contenu de qualité, donc, bon, rien de révolutionnaire. C’est plus une question de goût qu’autre chose, 8comix proposant essentiellement (mais pas que) de la BD « classique », genre planche d’album scannée et mise en ligne.

Bon.

Cependant, je m’interroge. Dans 8comix, il y a plein de membres éminents du syndicat des auteurs de BD, il y a Fabien Vehlmann, il y a Olivier Jouvray… Et voilà que tous ces auteurs qui se plaignent des éditeurs, un peu des blogueurs, qui appellent au nouveau modèle économique internet, et qui, par leur notoriété seule, pourraient légitimement demander au lecteur de payer le contenu qu’ils proposent, lancent un site de publication en ligne, où ils pourraient justement développer ce nouveau modèle payant, mais… mais non.

Non, nos grands auteurs n’osent pas.

Bien sûr, en tant que lecteur, je me réjouis de lire leurs planches à l’œil. Mais, en tant que fervent supporter du syndicat des auteurs de BD, je ne peux pas m’empêcher de demander à ses membres présents « pourquoi vous ne sautez pas le pas ? C’est vous qui avez la crédibilité, le public, bref la position pour dire au public, oui, payer un auteur sur internet c’est bien, il faut le faire, et vous ne le faites pas ».

J’ai toujours eu cette conviction que ce n’est pas au blogueur inconnu de réaliser ce passage, cette évolution des mentalités, mais bien à des gens à forte visibilité, à des gens suivis, de faire basculer le modèle gratuit au modèle payant, comme c’est le cas aux Etats-Unis, parce que oui, merde, l’auteur de BD, il peut à bon escient estimer être payé pour son boulot, parce que c’est un boulot, et pas se contenter de toucher l’argent des pubs sur le site (pour ceux qui en ont) ou les droits de son blog une fois publié sur papier.

Seulement, l’auteur de bd, il veut trop être aimé du public, je crois que c’est là que le bât blesse.

Comme l’argent, c’est sale, c’est caca, en France, il faut qu’il y ait un intermédiaire, méprisable certes, pour prendre l’argent au lecteur afin que la relation auteur-lecteur reste propre. L’éditeur, le distributeur, le libraire, c’est un peu le préservatif de cette relation.

dessin de Libon

Le libraire : le maquereau qui permet la sordide relation auteur-lecteur (dessin Libon)

Trondheim a été l’un des premier à passer à l’acte et à faire payer son travail sur internet avec Bluzdee. Mais là encore, on a un intermédiaire pour prendre au lecteur son bel argent… Ah la la, ils ne sont pas encore prêt à tenir la caisse, nos grands auteurs.

En même temps, Lewis a sûrement mieux à faire.

Pour revenir à 8comix, pourquoi toute cette bande d’auteurs qui hurlent à la mort quand on leur parle d’auteurs pas payés, de blogueurs édités à rien, pourquoi eux n’ont pas fait ce courageux choix, consistant à faire payer l’internaute ?

Ben non, on préfère demander aux autres auteurs de ne pas publier, ou aux éditeurs de refuser des projets.

Fabien, Olivier, c’est vous qui deviez initier ce mouvement, et qu’est-ce que vous faites ? Vous vous contentez de reproduire ce qui existe déjà.

Enfin… J’imagine que moi aussi je sombre dans ce travers, consistant à attendre la solution des autres, de ces gens que j’admire, plutôt que de moi-même. En même temps, moi, je suis un auteur-éditeur, les gars. Faire payer les gens, ça ne me fait pas peur.

Ce qui m’amène aux Autres Gens.

Les Autres Gens, c’est une BD-novella sur internet, créée par Thomas Cadène, un jeune auteur bourré de talent, issu de l’écurie KSTR et qui a créé et lancé cette grande fresque sur internet, avec toute une bande de dessinateurs excellents, dont l’énumération serait fastidieuse tant ils sont nombreux (et nombreuses), mais qui regroupe à la fois des auteurs issus du blog (Boulet, Manu XYZ, Lommsek) que des auteurs d’abord connus par leur œuvre éditée (Bastien Vives, Christophe Gautier ou plus récemment le dessinateur du Transperceneige, Jean-Marc Rochette).

Outre l’immense qualité graphique et narrative de l’expérience, la grande nouveauté de la chose, en tout cas en matière de sites de publication de BD en France, c’est que c’est payant et que… les auteurs sont payés.

Peut être pas follement, l’abonnement de six mois étant à 15 euros, mais oui, les auteurs sont payés et le public paie pour les lire.

Et qui a fait ça ? Pas un gros éditeur avec plein de sous , même si Dupuis a eu depuis l’intelligence d’attraper ce train en marche et le propose en livre en mars, pas une star (pas encore), non, c’est un jeune auteur avec tout juste quatre livres derrière lui qui a pris le risque seul (quoique soutenu par toute une bande d’auteurs et d’amis) de monter une structure et de proposer un contenu payant sur internet.

Et ça, oui, je trouve ça couillu, et je regrette que les pontes et stars qui composent 8comix n’aient pas fait ce choix-là. Je pense que, bien sûr, la question a du être âprement discutée, mais, hélas, c’est le choix de la facilité qui a été pris.

Le lecteur fâché "quoi ? Payer de la BD sur internet ?!!"

On n’a pas voulu fâcher le lecteur, tant mieux pour lui, et tant pis pour les auteurs qui devront attendre un peu plus longtemps que Les Autres Gens fassent des émules pour pouvoir prétendre être payés sur internet et se passer un jour d’intermédiaire, ce jour joyeux où l’on considérera que, en matière de bande dessinée, payer et être payé pour son boulot c’est pas sale.

Voilà, c’est la fin de ce long long article, où j’ai sûrement dit beaucoup de bêtises, où j’ai volontairement fait un ou deux procès d’intention dont les victimes viendront se défendre à bon droit (ou ne le feront pas, hein) et où j’ai fait une bonne pub à Thomas Cadène et aux Autres Gens, probablement parce que je fais partie de l’équipe depuis peu, mais sans doute aussi parce que c’est quelque chose de vraiment bien.

Je vais encore me faire des amis, tiens… Moi qui adore le travail de Vehlmann. A la veille d’Angoulême, c’est pas bien malin.

En attendant, je vais aller lire les excellentes BD que proposent Olivier et Fabien sur 8comix.fr …

Bonus : saviez vous qu'en Allemagne, Valerian vit des aventures galactiques avec une certaine Véronique ?

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18 Comments

  1. Matt dit :

    15€ c’est pour 6mois, mensuel ça doit être 2,79€ ^^

  2. wandrille dit :

    Ah ptin, je suis un bien mauvais commercial décidément…

  3. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Pilmix.org, Wandrille. Wandrille a dit: Allez, faisons nous des amis à la veille d'Angoulême… Un peu de polémique gratuite. http://wandrilleleroy.fr/toujoursuntrucadire/?p=216 [...]

  4. Heureusement que je t’aime mon cochon, comme ça je sais que tu me titilles pour savoir ce que je pense de tout ça. La réponse est longue, complexe et contient des choses intimes, c’est pour ça que je te la passe en mail privé. Je poste une version condensée ici :

    1 – Concernant Fabien, tu lui prête des intentions qu’il n’a pas. Il est résolument du coté des auteurs quels qu’ils soient, blogueurs, amateurs ou pros. Ses années d’activité au sein du syndicat le prouvent s’il était nécessaire. Sa réaction est motivée par des années de discussion et de confrontation avec certains éditeurs indélicats (si, si il y en a, ne fait pas de l’angélisme). Y étant moi-même confronté, je t’assure que parfois il y a de quoi désespérer. Mais il y a aussi des éditeurs intelligents, attentifs au bien être des auteurs et qui sont prêts à réfléchir avec eux au meilleur moyen de prolonger longtemps une saine collaboration (si, si ça existe aussi).

    2 – Concernant 8comix, on tente une expérience collective. On utilise le blog pour publier de la BD classique gratuitement pour voir ce que ça fait. J’estime que penser qu’en matière culturelle tout doit être payant, c’est une erreur ! Je considère pour ma part qu’en réalité, on ne paye jamais pour lire, écouter ou voir une œuvre d’art. On paye pour accéder confortablement à l’œuvre. Si je veux lire gratuitement une BD, je peux le faire dans les rayons de la fnac ou de Virgin, il y a même des tables et des chaises pour s’installer confortablement. Je peux aller à la bibliothèque et lire tout ce que je veux. Je peux emprunter le bouquin à un copain également. C’est légal, c’est normal, je ne suis pas un pirate pour autant. Par contre, si je veux garder le livre dans ma bibliothèque, si je veux l’intégrer dans ma vitrine culturelle personnelle, si je veux pouvoir découper les pages pour faire des collages, si je veux en faire cadeau, si je veux y accéder par l’intermédiaire d’un bel écrin joliment relié que je pourrais conserver et transmettre à mes enfants ou faire dédicacer, là, je paye. Je n’achète pas l’œuvre ! J’achète tout le reste.

    Ça a toujours été comme ça et je pense que c’est bien. Pourquoi c’est bien ? Demande-toi comment on « fabrique » un fan de BD !!! Un fan de BD a passé des heures dans la bibliothèque de papa ou de tonton. Il a usé ses fesses sur le sol de Carrefour rayon manga et BD pendant que sa mère faisait les courses ! Il a emprunté des kilos de BD à la bibliothèque du quartier. On lui a donné à lire pendant des années et quand il est grand et qu’il commence à gagner de l’argent, il achète. C’est comme ça.

    Voilà en gros. Sache qu’il existe une page Facebook d’8comix, qu’il existe un blog 8comix et que c’est aussi un bon endroit pour venir débattre avec nous de ce sujets. On se ferra un plaisir de te casser les jambes avant de… Non je rigole. Biz

  5. wandrille dit :

    Alors alors…
    1- Je sais bien que ce n’est pas l’intention de FV, mais putain, c’est juste des habitudes d’expressions qui me dérangent et bon, là, voilà, fallait que ça sorte. Les citations genre « un blogueur a fait ci, un auteur a fait ça » ça m’énerve. Et comme en plus FV semble avoir perdu le contact avec la réalité du terrain, bon, hé bien, oui, je suis pour arrêter le sketch.
    Sans compter que la tarte à la crème de l’éditeur qui se goinfre ça va aussi.
    C’est pas l’intention que je juge, c’est plutôt le côté convenu et cliché du message.
    2- Oulala quelle vision rétrograde. T’es à la traine pépé… La bédé, c’est pas un support sur page. Pour toi, lire c’est forcément le cul dans un fauteuil, mais dis toi que les gamins de 12 ans, ils ont moins de mal à lire de la bd sur internet que dans un livre : y a pas de pages à tourner, ça pèse pas lourd, on peut chatter en plus à côté.
    Votre truc, c’est chouette, mais c’est un peu de la bédé à papa qui essaie de se mettre à l’internet en se disant que la vraie bédé, ça restera toujours des livres, et que c’est ça qui est payant, alors que non, pas du tout. Ta vision de la fabrication du fan de bd a 10 ans de retard.
    Après je trouve ça bien de le faire, mais bon, ça casse pas trois pattes à un canard et ça changera pas grand chose. Alors que vous aviez là l’occasion de taper un grand coup en proposant un modèle payant, plutôt que de faire un énième support de prépu pour du matériel qui, en plus, n’est pas franchement pensé pour internet.

    C’est d’ailleurs l’essentiel de ce que je reproche à cette dream team : c’est d’avoir mis autant de talent au service d’un simple outil de prépublication marketing. Tout ça pour ça. Et y a que des syndicalistes là dedans…

  6. C’est toi qui tape à coté gamin ! La BD numérique ça marche que dalle, ça ne se vend pas. La BD gratos par contre, ça booste les ventes papier. Renseigne-toi ! Nous n’avons jamais prétendu vouloir faire naitre le marché de la BD numérique !!! La BD numérique existe depuis longtemps, ce sont les blogs BD. Et c’est gratuit. Et parce que c’est gratuit, ça donne naissance à une nouvelle culture ou plutôt, je dirais que ça donne un coup de jeune à une vieille culture. Raconter que les gamins de 12 ans lisent la bd sur internet fastoche, j’ai de sérieux doutes ! J’en connais pas perso. Et j’ai lu ça nulle part. Ça ressemble au cliché éculé (et oui, toi aussi tu tombe dans le piège) qui dit que les « générations futures » et bien elles feront disparaître le papier parce que pour eux, hors de leur smartphone, rien n’a d’intérêt. C’est un fantasme qui ne repose sur rien. Par contre, j’en voie encore un paquet le cul posé dans les rayons de Carrefour rayon manga ET rayon BD. Perso, j’adore la BD sur support papier. Et j’aimerais que cette amour de l’objet culturel perdure.

    Alors oui, peut-être que le papier va disparaître. Peut-être que les habitudes vont changer radicalement. Personne ne peut prédire l’avenir. Je réagirait en temps voulu. Pour l’instant, je ne crois pas au modèle payant. Mais je me tiens au courant, je te le promet. J’étudie la licence globale, les abonnements, la contribution participative, les revenus publicitaires, les partenariats avec des boutiques en ligne et d’autres expériences. Dès que j’en vois une qui me semble vraiment pertinente, je tenterais probablement une nouvelle expérience.

    Ce n’est pas parce qu’une nouvelle techno arrive qu’il faut forcément se jeter dessus sans réfléchir. Chacun doit pouvoir faire comme il le sent. Et le fait qu’on soit membres du syndicat n’a rien à voir. Le syndicat travaille à défendre les intérêts des auteurs. 8comix est une initiative d’auteurs indépendante du syndicat.

  7. wandrille dit :

    Ah papy, t’es lourd. Range la pipe et mets toi à la coke : le modèle internet ça marche très bien aux Etats Unis et ça marche ici aussi. Les Autres Gens, ça fonctionne, les gens s’abonnent et paient pour de la bédé en ligne. Ici, là, en France. Et les auteurs de LAG sont biens moins célèbres que toute votre bande de stars. Imagine ce que ça aurais donner si tu avais fait le choix du payant, plutôt que de rester dans l’autoroute de la prépu.

    Moi, de la bd sur internet, j’en lis alors que j’ai la trentaine bien tapée, alors t’imagines bien que des gamins qui ont grandit avec ça, ils s’en foutent du livre. T’en vois pas ? Ben je veux bien croire que tu vas plus souvent dans les rayons bd des supermarchés que dans les cours de récré. Moi j’ai vu passer la Game Boy, et crois moi, les livres ont décanillés fissa face à la Game Boy.

    Tu te braques sur les supports nomades, alors que le moindre ordinateur est déjà un support hyper couru pour lire de la bédé en ligne. Sauf que, comme toi t’en lis pas, tu pense que personne ne le fais. Mais tout le monde le fait mon gars. On s’en fout des supports, votre site, là, il est bien en ligne sur internet, y a pas besoin de support mobile, non ? Qu’est ce qui empêche de mettre une entrée payante comme chez LES AUTRES GENS ? Rien.

    mais bon, comme vous êtes tous obnubilés par l’Ipad et autre gadetoconnerie, tu mets ça sur le tapis.

    Bon dieu, c’est les ravages de l’âge, tu réponds toujours à côté…

    Et le coup du « la BD numérique, ça existe depuis longtemps c’est les blogs et c’est gratuit », là c’est toi qui veut que je te pète les rotules. Comment on peut laisser dire une chose pareille. Les blogs ça a à peine dix ans. ça a commencé gratuitement chez nous, c’est payant ailleurs. C’est pas parce que ça a été comme ça depuis le début (même pas dix ans) que ça peut pas changer. Sauf évidemment, si on se trouve avec ce genre de discours immobiliste.

    Quant à l’implication du syndicat ou non dedans, on s’en fout ; je constate juste que plein des auteurs qui s’expriment régulièrement sur le sujet des droits d’auteurs et des droits numériques font partie de 8comix, et que, au lieu d’en faire justement le lieu d’expérimentation d’un modèle qui fonctionne déjà avec LES AUTRES GENS mais que votre notoriété aurait contribué à péréniser et à populariser dans l’esprit du lecteur, vous avez préféré en faire une bête plate forme de prépublication (pour de la bd pas franchement pensée pour le net, mais passons, c’est secondaire).

    Voilà. Je dis belle initiative pour un lecteur de bd, belle occasion manquée pour les auteurs de bd.

  8. Vehlmann dit :

    Mmhh, peut-être me faut-il préciser deux ou trois choses.

    Je ne suis effectivement pas un Grand Expert Es-Numérique, mais ça n’empêche pas d’avoir envie d’essayer des choses sur le web, même maladroitement.
    Tu n’es pas emballé par notre site, Wandrille ? Tu en as parfaitement le droit. Tu attends plus de la part d’auteurs reconnus ? Ben oui mais faut bien commencer quelque part, quitte à essuyer les premiers plâtres et les premières volées de bois vert (dont acte). Je préfère me faire gentiment allumer en tentant des trucs, plutôt que de ne rien faire.

    D’autre part, quand j’avance des opinions sur mon blog, ça reste bien entendu des impressions subjectives, et non une parole d’évangile (tout à fait désolé et contrit si jamais je donne l’impression du contraire). J’y vais à la louche, sans trop de finesse…
    …Il m’aurait fallu entre autre séparer petits éditeurs et gros éditeurs dans cette analyse sommaire (et donc énervante car caricaturale).
    …J’aurais dû aussi préciser que la surproduction n’a pas eu que des effets négatifs, puisqu’elle a effectivement permis à bon nombre de jeunes branleurs (moi y compris) de faire leurs premières armes. Ce qui me gêne, c’est la dégradation globale des conditions de la profession : là où un auteur pouvait espérer « gagner sa vie grâce à son art » (peut-être, un jour, qui sait…), cela semble désormais devenir quasi-impossible, sauf à avoir un deuxième métier (ou à reprendre sournoisement Spirou, hahahaha).
    Quant à ma manière irritante de réduire les blogueurs à des « auteurs-en-devenir », elle est maladroite mais correspond ceci dit à la réalité d’une bonne partie des auteurs/blogueurs qui nous ont contacté au syndicat…. Pas à tous, effectivement.

    Ensuite, je crois avoir bien précisé ne pas considérer les éditeurs comme des « grands méchants ». C’est par contre la clause numérique proposée actuellement dans nos contrats papiers que je trouve odieusement maléfique (Kshhh… souffle rauque de Dark Vador… Kssshhh).
    Est-il vraiment complètement déraisonnable ou trostkiste de vouloir limiter la durée de cession de nos droits numériques pour 5 ans, par exemple ? Je ne le crois pas.

    Pour autant, les éditeurs ne sont pas nos ennemis, la preuve : c’est en grande partie en collaboration avec eux que nous avons tenté l’expérience de 8comix, qui consiste précisément à faire (un peu) bouger les lignes séparant auteurs et éditeurs.
    Nous commençons par du gratuit parce c’est une solution simple et rapide à mettre en œuvre. On pourra faire beaucoup mieux, tenter encore d’autres choses, comme l’a fait Thomas Cadène. Je crois moi aussi beaucoup aux possibilités du payant sur internet, je n’y vois pas un tabou. Mais voilà, on a choisi de commencer par ce premier modèle, à tort ou à raison.

    En fait, Wandrilles, tu laisses entendre que nous « devions faire plus », un peu comme si nous en avions le « devoir », mais je ne le vois pas comme ça. S’occuper du syndicat, c’est déjà pas mal de boulot : nous n’étions pas obligés de nous coltiner ça, mais nous l’avons fait. Alors pour le reste, je ne commence à expérimenter que ce que je me sens capable d’expérimenter, à la manière dont j’ai envie de le faire, c’est aussi simple que ça. Mais rien n’empêche d’autres auteurs « installés » de tenter l’expérience, non ? Nous ne sommes pas les seuls sur le marché, que je sache.

    Alors maintenant, retroussons-nous tous les manches et tentons d’autres trucs.

  9. wandrille dit :

    Ah ah ah, je ne suis donc pas le seul à y aller à la truelle ? Allons bon, me voilà rassuré. Je me doutais bien que l’intention n’étais pas là dans tes post, mais voilà… à grands pouvoirs, grandes responsabilités comme dit l’adage américain. Et donc oui, en parlant d’un cas qui te concerne plus particulièrement et que tu connais bien, sans préciser qu’il s’agissait de la grosse édition, hé bien… ça fout pas mal de gens à côté.

    Bon après, moi je suis un sanguin, hein, et là, j’ai attendu comme un fou pour répondre pour être le plus serein… euh non, le moins vitupérant possible. Il a fallu que Cadène me caresse le poil longuement en me disant tout plein de choses gentilles pour que je comprenne ton propos.

    Je pense effectivement que vos demandes sont justes et tout, mais, comme dit le gros plus haut, tant qu’il n’y a pas de modèle, personne ne lâche rien, parce que personne ne sait et ne veut louper une hypothétique poule aux oeufs d’or. Mais avant de se battre dessus, il faut qu’elle existe. Le cas échéant, on renégociera les contrats à ce moment là.

    Votre initiative avec 8comix est tout à fait louable, comme toute chose qui est faite (et bien faite) et je ne dis pas autre chose tout au long de l’article (j’espère que, d’une façon ou d’un autre ça fera un peu de pub à la chose). Je ne dis d’ailleurs nullement que je ne suis pas emballé hein, au contraire, en tant que lecteur, je me réjouis.

    Simplement, je ne peux m’empêcher de déplorer qu’avec autant de force vive dévolues à la défense des droits des auteurs, vous n’ayez pas choisit ce projet pour en faire votre cheval de Troie.
    D’autre part, tu as parfaitement juste, je vous charge d’un « devoir de faire plus » que vous n’avez pas du tout, je le dis d’ailleurs à la fin du post. On attend toujours beaucoup des gens qu’on aime bien (toujours le grand pouvoir, grandes responsabilités, je suppose). Mais tu as bien raison, vous n’êtes pas les seuls sur le marché des auteurs à succès, mais vous êtes ceux qui avez un discours militant.

    Si ce n’est pas vous, qui ?
    Je suppose des jeunes peigne-culs comme Thomas Cadène. Moi j’irais bien, mais j’ai pas le talent… ça n’aurait pas grand sens. Mais enfin, je suis déjà mon propre éditeur. Dont je n’ai donc pas à me plaindre.

    Je vais d’ailleurs me signer de ce pas une clause de cession des droits numériques pour deux mois renouvelables.

  10. Etant « un jeune auteur » dont on vient juste d’arrêter la série en cours (3 albums) au second numéro, faute de rentabilité je me retrouve donc à la rue.

    J’ai donc appris avec stupéfaction dans cet article que … Laureline s’appelait Véronique !

  11. wandrille dit :

    Hé oui, les allemands ont le sens du sexy, que voulez vous, mon bon monsieur.

  12. btr999 dit :

    représentatifS, bordel!

    (gratis pro deo)

  13. btr999 dit :

    « Ce sera passionnant et vous en sortirez grandit ». C’est quoi, ce T, merde?!

  14. Vehlmann dit :

    Ah mais c’est que tu serais presque flatteur dans tes critiques acerbes, cher Wandrille, c’est très fort. : )

    Par contre, sincèrement, j’ai encore un peu de mal à me dire que nous avons de « si grands pouvoirs » que ça (me confondrais-tu avec Spidermann, mon cousin qui a fait fortune aux US ?). Actuellement, sur le web, la réputation éditoriale d’un auteur n’a peut-être pas autant d’impact que tu le dis, comparé à l’efficacité des réseaux d’internautes qui eux, maîtrisent l’outil numérique.

    Un point sur lequel je tiens à revenir, parce que je ne voudrais pas laisser un flou sur le sujet, c’est quand tu nous reproches, à nous autres « Grands Auteurs Autoproclamés », d’être un brin méprisants vis à vis des blogueurs.

    Bon, je suis prêt à entendre (après mult saines lectures issues des post-colonial studies et des gender studies américaines ) que personne n’est jamais à l’abri de jugements hâtifs et d’attitudes condescendantes inconscientes (le jour où vous m’entendrez dire : « Je n’ai rien contre les blogueurs, plusieurs de mes amis le sont », abattez-moi).

    Pour autant, il me semble ici (du moins je l’espère) qu’il s’agit plus en ce qui me concerne d’une éventuelle méconnaissance de la blogosphère que d’un quelconque mépris.
    Je reconnais ne pas être très au fait de tout ce qui se fait actuellement sur le net. Je ne dois donc connaître que la face immergée de l’iceberg et en particulier, je l’ai dit, par le biais des blogueurs qui nous ont contacté au syndicat pour nous présenter des contrats d’édition pas top proposés par les éditeurs : donc des blogueurs qui pour le coup désiraient être édités en livre papier. Mon angle d’approche est donc forcément biaisé.

    Mais loin de moi l’idée qu’il faille obligatoirement passer par la case « papier » pour être enfin un « vrai » auteur.

    A ce sujet, d’ailleurs, je ne suis personnellement pas attaché de manière intégriste au livre papier : bien sûr, j’adore l’objet livre, mais je sais que ce goût est générationnel et qu’il disparaîtra peut-être à plus ou moins long terme.

    Par contre, je reste juste persuadé que pour le moment (et pour encore quelques années), il est très difficile de trouver un modèle économique qui ne soit pas bi-média (Numérique + Livre Papier).
    Voilà pourquoi je continuerai à défendre de meilleurs conditions dans les contrats que nos éditeurs nous proposent, même si ça peut ressembler à un combat d’arrière-garde. Appelons ça du pragmatisme.

    Mais il est évident que des œuvres fortes, spécifiquement pensées pour le numérique et donc impossibles à transposer en livre, vont apparaître de plus en plus souvent à l’avenir (il en existe déjà), et cela sera de très bonne augure pour la suite et pour tous les auteurs, blogueurs ou non blogueurs.

    Allez, la bise.

  15. Cyril Pedrosa dit :

    Je ne sais pas par quel bout commencer. Tu canardes sec, et il faut esquiver les bastos avant de te répondre.
    Les « pontes et les stars » de 8COMIX, je dois dire que ça m’a bien fait rigoler…

    Il y un énorme truc avec lequel je ne suis pas d’accord dans ce que tu dis, c’est lorsque tu affirmes qu’on a fait ces choix là pour 8COMIX par démagogie, pour ne pas froisser nos chers lecteurs chéris en prenant le risque de demander de l’argent.
    Ttttt, tttt, tttt…
    On a fait ces choix là par compromis (hou, le vilain mot) entre nous.
    8COMIX correspond au minimum sur lequel nous étions d’accord entre nous.

    Certains voulaient créer un site payant, d’autres pas. Et ceux qui voulaient créer un site gratuit n’étaient pas motivés par la peur de la réaction des internautes: certains voulait juste que leur projet soit lu, sans enjeu commercial, d’autres comme Olivier ( je le cite parce qu’il s’est exprimé publiquement ici) parce qu’ils ont une analyse différente de la tienne sur le rôle et la place de la diffusion de bande dessinée sur internet.
    Réunir dix auteurs pour un projet commun, réellement collectif dans les prises de décision ( je ne parle pas de faire un magazine, avec un rédac-chef etc…) c’est compliqué, laborieux, ça prend du temps. Tout le monde fait des concessions, et au final ça donne 8COMIX, et je trouve que c’est un bon début.

    Tu ne trouves pas ça assez ambitieux, je n’ai rien à redire à cela, tu as tout à fait le droit. Tu trouves  » Les autres gens » couillu, je suis tout à fait d’accord.

    Moi je pense qu’on va apprendre beaucoup de choses avec 8COMIX. On apprend déjà à travailler ensemble, à décider collectivement, à voir le temps et l’énergie que ça demande (beaucoup, même pour un truc pas ambitieux…) à réfléchir aux formats, aux rythmes de parutions, à évaluer les possibilités d’évolution, à gérer collectivement les propositions qui nous sont faites, et à continuer à prendre des initiatives…
    Je n’ai aucune certitude sur ce que ça va devenir à moyen terme.

    Tu nous renvoie beaucoup à nos positions syndicales, tu as raison: nous avons pris des positions publiques, il faut les assumer.
    Tu estimes qu’avec 8COMIX on agit en contradiction avec ces positions. Là,ça m’énerve, beaucoup.
    Le syndicat hurle à la mort quand il voit des auteurs sous payés, des contrats pourris, des clauses merdiques, et il a bien raison. Tu voudrais qu’il fasse quoi ?
    Il fait le boulot qu’un syndicat doit faire: il ne fait pas que « hurler », il mouille le maillot .

    Et je ne vois pas trop en quoi 8COMIX va à l’encontre de ce travail syndical.

    8COMIX ne sous paye personne, ne fait pas des contrats à la con, ne s’amuse pas à arrêter de payer un auteur, ou à ne pas publier son livre sans l’informer, ne dit pas aux auteurs « on ne te donne pas d’à valoirs mais on veut tous les droits d’exploitation de ton livre pour toujours et tu toucheras 6% et basta », ne dit pas non plus aux auteurs « donnez nous vos droits numériques pour 70 ans, et on vous donnera 10% d’une rémunération dont on ignore la forme qu’elle aura dans deux ans » etc etc…Parce que ça, ça existe, et c’est exactement ce contre quoi le syndicat se bagarre. Pas contre les « méchants éditeurs » pour défendre les « gentils auteurs », mais juste pour faire respecter le droit, et celui des auteurs en général.

    Je ne vois pas en quoi 8COMIX serait en contradiction avec ça.

    J’estime que ma responsabilité, puisque tu en appelles à nos responsabilités, est ,si un jour je participe à la création d’un projet de bande dessinée numérique payante, que ce projet pour le coup soit construit sur un modèle économique qui soit en adéquation avec ces positions syndicales et pour que les auteurs qui y participent ne soient pas victimes de tout ce que j’ai décrit plus haut.

    Pour l’instant, je ne sais pas comment faire. Je n’ai pas la solution pour créer ce modèle économique. Je n’y ait pas renoncé, et je serai même très très très content le jour où j’y arriverai, ou que d’autres y arrivent.

    Là, avec mes compétences, avec le temps dont je dispose, avec les amis que j’ai autour de moi pour créer des choses, pour l’instant, je ne sais pas faire ça.

    Alors je participe à 8COMIX, et j’essaie d’en tirer deux trois enseignements.

  16. wandrille dit :

    Hum… d’abord désolé de mettre en ligne ton commentaire si tardivement.

    Tout d’abord, oui, je pense qu’effectivement, 8comix résulte plus d’une réaction de compromis entre vous qu’une peur de faire payer. Ce que je déplore, c’est plus l’occasion manquée. De la part de personnes qui sont normalement assez à cheval sur la rémunération des auteurs. Alors oui, normalement, il s’agit de défendre des auteurs contre les pratiques des éditeurs… Et vous faites un énorme boulot auquel rien ne vous oblige…

    Cependant, cependant… Oui, je trouve que là, pour le coup, je trouve que ça va pas assez loin, au sens que les membres éminents du syndicats impliqués là dedans avaient là une occasion de porter le combat ailleurs et d’impliquer un peu le lecteur dans la rémunération de l’auteur.

    Pourquoi est ce que ça me gêne autant que ça reste un combat extérieur et qu’on laisse le lecteur dehors comme témoin, au lieu de le faire rentrer dans la fight et de le mettre en face de sa responsabilité de consommateur et de sponsor direct de l’auteur.

    Alors là ce truc gratuit, oui, j’ai vu ça comme une abdication face à ce vrai combat qui consiste à faire payer au lecteur le travail de l’auteur.

    Alors certes, Olivier le soulignait à bon escient, 8comix, ce n’est pas le syndicat, c’est autre chose… Une expérience.

    Après voilà trois personnes qui me répètent que 8comix c’est une « tentative » qui devrait être pleine d’enseignement. Sauf que, et là je vais recanarder sec, cette expérience, c’est rien de nouveau. On fait ça depuis 8 ans sur la toile de proposer de la bd de qualité gratuitement. Et qui plus est de la bd faite pour l’écran et non du formaté papier qu’on va passer sur internet pour faire un peu de promotion.

    Vous avez convaincu un éditeur de lui faire de la promo sur internet… Bon, j’ai envie de dire « ouahou »… En même temps, c’est révélateur du blocage et du passéisme d’éditeur qu’il faille un pool de vedette comme vous pour réussir à leur faire comprendre que non, le contenu gratuit sur internet ne va pas nuire au livre imprimé, au contraire.

    ça me fait penser à ces abrutis d’éditeurs de blog qui exigeaient aux débuts que le blog soit retiré d’internet dès qu’il était publié… Bravo.

    Bref, c’est un grand pas pour l’éditeur papier, mais un pas de nain pour la bande dessinée en ligne. ça amène juste des gens de talents, en l’occurence vous, sur la toile. En soit, en tant que lecteur, je m’en réjouis. Mais putain, quelle occasion gâchée.
    Mais ce n’est pas perdu, moi ça m’a évoqué la possibilité d’un modèle. Un modèle dont je n’ai les moyens ni en tant qu’éditeur, ni en tant qu’auteur, mais qui me parait extrèmement viable.

    La tarte à la crème de l’internet, c’est la gratuité. Gratuité toute artificielle, puisqu’on sait bien que, pour accéder au contenu, il faut déjà payer un abonnement et avoir un ordinateur, bref, avoir payé sa dîme à la technologie. Certaine m’ont expliqué qu’elle considérait internet comme une soirée open bar, où tu paie à l’entrée, mais où les boissons sont gratuites (même s’il y a des sponsors au bar)…

    Je dis ok pour la métaphore de la soirée open bar, mais je propose que la gratuité soit limité aux boissons tièdes. Si tu veux un coktail de ouf, ou une boisson fraîche, c’est à dire le top ou la nouveauté, là tu paies. C’est un modèle qui existe déjà dans le jeu vidéo et oui, ça marche.

    Olivier me renverrait à son leitmotiv qui consiste à dire que le modèle de l’internet, c’est la gratuité. Dans les faits, c’est faux. La musique a déjà opéré sa mutation et, en fait, il y a déjà beaucoup de gens qui achètent de la musique sur internet. Je l’ai fait, alors que j’en ai rien à foutre de la musique. Bref si moi je le fais, je ne vois pas pourquoi pas des tonnes de gens ne le feraient pas à côté.

    Il y aura toujours des pirates me dira t’on. Great… mais c’est pas parce qu’il y aura toujours des pauvres ou des malhonnêtes qu’il faut refuser de vendre un produit à un prix raisonnable et à rémunérer la création. Un modèle payant, c’est possible. Mais il faut des gens suivis pour le promouvoir, et de façon peut être trop exigeante, j’aurais attendu ça de vous.
    C’est une erreur, et, de fait, je devrais attendre ça de moi, plutôt. Dont acte, je vais donc devoir trouver les moyens de mes idées et me pousser au cul pour monter ce truc. Et puis après je me ferais piquer le concept par des gros et ce sera super.

    L’ordre des choses.

  17. Gwen dit :

    Cher Wandrille: Je crois que « tout le monde » (en tous cas plus que tu ne sembles l’imaginer) réfléchit à des modèles économiques. Certains modèles existent déjà, même s’ils sont fragiles ou incomplets… D’autres vont apparaître, avant, pendant, ou après l’aventure que tu souhaites peut-être mener. Soyons modestes et ambitieux à la fois: se faire « piquer le concept » n’est peut-être pas le bon terme… À moins que tu ne trouves une solution révolutionnaire? A priori, en s’y penchant sérieusement, plusieurs personnes devraient logiquement retomber sur des solutions à peu près semblables, non? Et si ce n’est pas le cas, ça vaudra le coup que ton concept révolutionnaire fasse des petits. Ce serait franchement souhaitable même, car une tentative esseulée à moins de chance de réussir et de créer un modèle viable. Des usages peuvent apparaître quand il y a profusion de proposition. Voilà, je réagissais juste à ce terme, pour le reste on en a assez parlé.

  18. wandrille dit :

    Oui oui oui, je n’en doute pas, mais n’empêche que, sur la bande-dessinée, on reste un peu cantonné, en terme de discours à la bande-dessinée sur support nomade (i-pad smart phone etc…) comme si c’était là que se modèle devait se développer. Alors que bon, même si, actuellement aux Etats Unis c’est en train de créer une vraie révolution apparemment (dixit un pote qui voit la moitié des usagers dans le métro sur leur ipad), à mon avis, le modèle est à réfléchir en dehors du support.
    Je me doutes bien que je ne suis pas le seul à penser à ça, ni que je ne sois pas le seul à penser à ce modèle qui existe déjà. Le souci c’est que ça devrait être aux grosses machines de prendre les devant et, au lieu de ça, elles se cantonne à des trucs passéistes ou pseudo-risqué. C’est dommage. Mais bon, c’est aussi dans l’ordre des choses que ce soit aux neuj de prendre les risques.

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