21 août
2013

Jean Michel, l’ami dépressif

L’autre jour, vous croisez par hasard Jean-Michel, un ami perdu de vue, ou vous décrochez à un de ses appels… et là… c’est le drame.

« Bonjour, ça faisait longtemps… ça va ?

Non ?

Ça ne va pas ? »

Qu’est ce qui lui prend de répondre ça ?

Mais ça va pas ou quoi de dire que ça ne va pas ?
Ça ne se fait pas de dire que ça ne va pas.

Personne n’a envie de savoir ce genre de truc.

Dit que ça va très bien et que tu as repris deux fois des chocapics ce matin.

Tout le monde s’en fout de ses problèmes, d’autant que chacun a ses merdes ; Alors oui, il a effectivement contracté une maladie vénérienne dégueu au cours de la nuit au poste passée suite à une dénonciation pour violence conjugale de la part de son ex qui l’a plaqué quand il lui a annoncé son licenciement, d’ailleurs elle a profité de son incarcération pour vider son appartement tout en changeant les serrures, juste pour faire un petit peu plus chier, ok c’est dur, mais merde, on en est tous là, alors un peu de respect pour la tranquillité des autres.

Si les gens vous demandent si ça va, ce n’est surtout pas pour entendre que non.  C’est un pur automatisme à rapprocher du « bon appétit » du serveur de bistro parisien lequel, en fait, vous souhaite plutôt une mort par intoxication alimentaire, vu le ton sur lequel il le dit.

Mais bien sûr, il va faire suer tout le monde avec ses soucis, et il ne devrait pas car, comme vous le diront tous les gens bien portant qui n’ont jamais touché du doigt le début d’une angoisse « c’est dans ta tête ». Alleluia, c’est dans la tête, le diagnostique est donné, il n’y a plus qu’à prendre une bonne aspirine et zou, c’est fini la grosse déprime, Jean-Michel est de nouveau prêt à reprendre sa place dans la course de rat, s’il est gentil, le docteur lui signera quelques jours d’arrêt maladie et il pourra regarder des séries dans son lit avant de regagner le travail le sourire aux lèvres et la mort dans l’âme.

C’est dans ta tête, je te dis.

Seulement, parfois, Jean-Michel est têtu, ce qui ne veut pas dire qu’il est pédé, attention.

Parfois, Jean-Michel a un peu plus que le blues, il est méchamment dépressif, ce con.

Et du coup, il fait vraiment chier.

Le meilleur conseil, pour se débarrasser de lui est de l’envoyer voir un psy. Pour se soigner, pour parler… Un professionnel qui supportera son auto-démotivation avec patience pour une cinquantaine d’euros de la demi-heure.

Un professionnel du casse-pied quoi, qui se fait payer un bon prix pour écouter les doutes existentiels du trentenaire en voie de quadratisation.

Mais peut être Jean Michel n’a pas les moyens et, du coup, il faut supporter sa litanie de loser et dieu sait que bon, les amis sont là quand on est dans la merde, mais passé un temps ça va.
Le problème du dépressif, c’est qu’il est vite redondant avec ses histoires. Il n’a pas le bon gout de passer à autre chose au bout d’une semaine. Pourtant, c’est pas faute de lui avoir dit.

« Passe à autre chose, prends un congé…».

Alors évidemment l’autre vous répond qu’il est en arrêt maladie depuis deux mois, ou qu’il rentre de vacances au soleil et que la côté d’azur lui a donné envie de se pendre.

Le salaud vous nargue avec ses vacances en plus… voyez ?

Du coup, comme vous êtes un bon ami, si, si, vous êtes un bon pote, alors vous essayez de lui dire que lui aussi est un chic type.

« Mais si, ça va bien se passer, elle reviendra, avec l’argent du ménage et ton boss avec qui elle couchait et qui va te reprendre. Et ton chien ressucitera, tu verras. »

Comme malheureusement, au bout de quelques semaines vos prédictions se révèlent d’un optimisme digne de la météo des plages bretonnes, il faut trouver un nouveau truc.

Si tu faisais un effort pour t’habiller, ça irait mieux tout de suite.

Ce truc, c’est de positiver.
Prononcez en séparant les syllabes.

Rappelez donc à la pauvre merde qu’avant de rentrer dans sa phase légume, il a été un être humain normal qui gagnait des sous, baisait des meufs et payait des impôts (attention, si votre ami déprimé est finalement gay, penser à changer le sexe).

Rappelez lui ses réalisations : Grand prix du château de sable de Trouville 97, c’est pas rien. Peut être qu’il a des enfants dont il peut être fier… ou au moins des enfants chez les Sims…  Ou peut être qu’une fois il a été médaille de bronze en badminton  au collège et que ça, ses parents ne sont pas prêt de l’oublier…

Alors parfois ce n’est pas évident de trouver des trucs, parce que, finalement, ce n’est pas si souvent qu’on fait des actes héroïques ou dignes d’être rappelé… Que faire si votre ami pénible n’a rien fait de vraiment notable, qu’il n’a pas sauvé un enfant de la noyade ou aider un vieux à mourir dignement, c’est à dire plus rapidement ?

Aidez un homme à partir dignement.

Eh bien, il reste à mettre en valeur ses qualités.

On en a tous, c’est bien le diable si votre plaie n’en a pas quelques unes à mettre en évidence. Sachez lui montrer qu’il n’est pas qu’un gros agrégat de défauts et que, malgré tout, surnage dans toute cette médiocrité quelques qualités indéniables.

Le cas échéant, si vous avez du mal à pointez ses qualités, montrez lui les défauts ou les problèmes qu’il n’a pas.

Par exemple, rappelez à Jean-Michel qu’il n’est pas un criminel de guerre, un pédophile multirécidiviste ou Claude Gueant. Et ça, c’est à mettre à son crédit.

Ou qu’il ne perd pas ses cheveux, ou ses dents… S’il les perd, évitez, mais montrez lui la chance qu’il a de n’être pas tétraplégique. Ça le dissuadera de faire un truc stupide, au risque de le devenir.

Le mieux étant de trouver un truc où votre crampon est vraiment seul de sa catégorie. Dans ces conditions, ce serait vraiment dommage qu’il en finisse privant ainsi l’humanité d’un être rare, du dernier représentant d’une espèce en disparition…

En étant un peu de mauvaise foi, on peut toujours trouver une qualité hors pair à notre pauvre ami. Ou même en étant de bonne foi, d’ailleurs.

On a tous un truc où on est plus fort que les autres.
Moi, par exemple, je suis fort en discours. Spécialement en discours de mariage.

Alors bien sûr, dans la vraie vie, ça ne sert absolument à rien, spécialement si vous n’êtes jamais invité à un mariage.

J’en connais un qui prépare un chouette discours, on va rire…

Mais c’est un argument comme un autre pour pas faire de conneries, parce que, figurez vous, c’est vachement plus dur de faire un discours quand on est devenu tétraplégique, suite à une mauvaise utilisation d’une arme à feu ou d’un trottoir combiné à un dénivelé de plusieurs étage.

Si vous trouvez cette qualité merveilleuse, peut être votre ami se sentira un peu exceptionnel l’espace d’un instant.

C’est le bon moment pour s’en débarrasser, raccrocher ou rencontrer quelqu’un dans la rue et filer à l’anglaise.

Si vous ne trouvez pas de qualité exceptionnelle, trouvez lui quelque chose d’exceptionnel qui n’est pas une qualité, ce sera un premier point de satisfaction :

« tu as des pointes de cheveux exceptionnellement fines » me parait un truc possible à tenter et invérifiable si le mec n’a pas une formation de coiffeur (je sais, ça fait toujours bizarre le mot formation accolé au métier de coiffeur).

Si malgré tous mes bons avis, vous n’arrivez pas à remonter le moral de votre Jean-Michel, c’est probablement que vous n’êtes pas un si bon ami que ça et, je serez vous, je me poserais un peu des questions sur vous.

Et hop, une bouée 3D dans ta gueule. ça peut te sauver. Virutellement.

Peut être qu’en insistant un peu, vous pourrez montrer un peu de compassion et d’empathie, suffisamment pour devenir vous même un peu dépressif. Vous pourrez alors rendre la politesse à votre dépressif en lui faisant partager votre dépression, ce qui devrait lui remonter le moral, tant il est vrai que le malheur des autres est souvent la meilleure des consolations.

Et sinon, ben ça lui apprendra.
Et à vous aussi.

Vous me déprimez tous.

La prochaine fois, je vous raconterais comment on écrit un chouette discours de mariage.
A moins que je ne vous donne des conseils pourris pour vous planter comme une merde.

Vous ne méritez pas mieux.

 

19 mar
2013

Conseils au bédéaste autodidacte

Il arrive, parfois, souvent, que je reçoive des projets avec plein de bonnes idées, des choses prometteuses, mais pas du tout matures graphiquement et/ou narrativement. Des trucs pas au point, des oeuvres de jeunesses, qui, chez un étudiant en art releverait de l’essai, du test, mais qui, bien souvent, est l’oeuvre d’un autodidacte, quelqu’un qui n’a pas étudié en école d’art, qui ne le fera pas, parce que, en général, il a déjà quitté les études, il a un boulot, une famille, pas le temps, pas l’argent…

Souvent ce sont des gens qui ont découvert la bd via le blog, support ô combien décrié par les gardiens du temple et qui a permis, ne leur déplaise de voir émerger pas mal de talent, dont pas mal d’autodidacte (Mr le chien, Navo, Lommsek… des gens comme ça, et pas des manchots).

Or,  j’ai la sottise de répondre à tous les projets qu’on m’envoie en donnant des conseils d’amélioration : parfois j’ai le droit à une volée de bois vert de la part du quémandeur qui veut bien qu’on le considéère comme un pro si on  l’édite mais qui ne veut surtout pas qu’on lui fasse de remarques sinon (s’il s’agit d’une fille, j’ai en général une remarque concernant mon « paternalisme » un truc qui donne vraiment envie d’envoyer valdinguer tout projet d’origine hystérique par la suite).

Concours de sosie de Fredy Mercury associé à la lutte contre le paternalisme.

Et parfois, à mes retours —que j’espère constructifs la plupart du temps— il m’arrive une tuile pire encore.

le débutant me demande plus de conseils. Et là je suis bien emmerdé. Du coup, je répond, ça me prend des plombes, c’est chiant… Du coup, je copie colle une réponse faite récemment, pour pouvoir la forwarder à chaque fois. Je suis un paresseux, mais merde, ça va deux secondes le service personnalisé.

Comme il s’agit de bande dessinée, je vais distinguer le dessin, sujet où je ne suis pas le meilleur praticien, du scénario, un thème que je maitrise déjà un peu mieux. Et j’ajouterais même des conseils d’édition… Là, c’est moi l’expert, baby.

 (Pour le dessin, je précise que tout ce que je dis à été déjà traité en mille fois mieux par Thibault Balahy sur son blog dans sa fabuleuse série de texte « de l’apprentissage du dessin » : une 25 aine de textes parus, dont celui là, sur l’originalité du dessin, ici).

 

  1. Progresser en dessin

pour progresser, je préconise trois choses : la pratique, l’étude et la rencontre.

A// LA PRATIQUE

  • éloge du carnet de croquis.

Le meilleur conseil que je puisse vous donner, un truc à pas cher et qui donne de bons résultats, c’est le carnet de croquis : dessiner d’après nature, les gens dans le métro ou autres, dans une recherche de dessiner CE QUE VOUS VOYEZ, pas de faire un joli dessin ou de trouver un style. Dans un autre carnet, vous pouvez, dans une mesure restreinte recopier le travail d’autrui pour comprendre certains « codes », mais, attention, la copie ne remplacera jamais le travail de dessin personnel, le travail de l’oeil qui fait passer le réel en 3D au dessin en 2D.

n’ayez pas peur de Tricher en dessin, d’ailleurs. Le dessin n’est pas la photographie, le dessin c’est la tricherie, un peu, c’est refaire le monde non tel qu’il est, mais comme on le voit ou comme on le veut.

cherchez juste à dessiner.

Prenez un beau carnet que vous aurez plaisir à ouvrir et à remplir, pas trop gros pour l’avoir toujours avec vous, ne déchirez pas les pages, gardez les mauvais dessins et pondez du dessin

Faites attention au papier : certains papier ne sont pas agréable à travailler.

J’aime bien les carnets Muji, mais c’est un choix personnel.

  • Acquérir la technique

Pour les cours, c’est souvent utile de suivre des choses techniques : Nu (fondamental pour apprendre à dessiner les personnages), anatomie (ça aide pour la même chose) et perspective (pas mal pour maitriser le décor) il existe des cours du soir à pas cher un peu partout, mais aussi des sessions de dessins en bar ou autre…

Il existe aussi des livres, ma foi, si des gens ont pris le temps de les écrire, il y a surement là-dedans des choses à apprendre. Demandez autours de vous les livres de références, évitez les livres gadgets ou se limitant à un style particulier (dessiner en Manga, dessiner les super héros, dessiner les bonasses…) le dessin, c’est le dessin, le sujet, on s’en branle.
N’ayez pas peur de bouffer du technique, c’est autant d’appris qui vous libérera par la suite. Les mecs qui méprisent la technique sont toujours, je dis bien TOUJOURS, des buses en technique. Ils la méprisent parce qu’ils en sont incapable, trop gland et paresseux pour l’acquérir. En général, ces gens là se réfugient derrière le concept en prétextant que celui-ci est plus important. Le fond supérieur à la forme.

Bullshit : la forme est le résultat direct du fond. Si la forme est à chier, c’est probablement que le fond l’est aussi.
Quelqu’un qui torche son dessin aura probablement torché son histoire.

S’il avait pris du temps sur son histoire, il se serait refusé à torcher le dessin. C’est aussi simple que ça.

  • Changez de technique

Faites plein de choses, testez l’encre, l’aquarelle, le charbon, le crayon… ce ne sont que des choses que vous feriez en cursus scolaire.

L’ordinateur, c’est gentil, mais c’est un outil qui vous bouffe facilement au début : c’est facile, ça rend joli, mais ça ne vous apprend rien en dessin.

Ce n’est pas l’outil qui apprend, c’est le dessinateur.
S’il ne change pas d’outil, le dessinateur n’apprend rien.

Dessinez avec un cruciforme, c’est pas du tout la même sensation qu’avec un tournevis plat, d’après Bastien Vives.

B // L’ETUDE

lisez des choses faites par d’autre, dans des styles différents. Y compris des choses qui ne vous attirent pas mais qui ont du succès auprès des autres.  Cherchez à comprendre ce qui caractérise un style, reproduisez le et puis libérez vous en. Vous garderez des choses de ça, votre oeil et votre main apprendrons dans l’experience, quand bien même le résultat vous déplairait.

Si vous vous contentez de lire ce qui vous plait, vous risquez juste de devenir une pale copie des maîtres qui vous inspirent.
Faites vous violence, allez voir ailleurs.

Il y a des oeuvres dont vous avez entendu parler qui ne vous « disent rien » parce que le sujet, le dessin, que sais-je…

Eh bien allez les lire. J’ai pour ma part découvert MAUS à 25 ans, un livre que je connaissais depuis 10 ans mais dont le dessin et le sujet me rebutaient. Grossière erreur. Des amis libraires m’ont forcé à découvrir le travail des frères Hernandez en m’offrant Locas et Palomar City. Enfin, il m’a bien fallu se forcer à lire V POU VENDETTA ou LES WATCHMEN, quand bien même le dessin me faisait pas bander du tout, pour comprendre pourquoi Alan Moore est un génie.

Quoi ? C’est chiant ? C’est difficile ?
ben oui on petit, mais tu croyais quoi, que ce serait une partie de plaisir ?
La BD c’est du boulot et il faut un peu en chier pour sortir des trucs biens. Alors ferme ton clapet et va te cultiver un peu. Non mais.

C//LA RENCONTRE

L’intérêt d’une formation consiste essentiellement à se confronter à des techniques (vous pouvez le faire seule) à pratiquer (vous pouvez le faire seul) et, enfin, et là c’est plus délicat, à rencontrer d’autres personnes qui font la meme chose que vous et auprès desquels vous apprendrez et vous vous transmettrez des choses.

Essayez de fréquenter des gens qui FONT. Des gens qui éditent des fanzines, rencontrez des auteurs, d’autres dessinateurs.

Ouvrez aussi un blog pour montrer votre travail. Au delà de trouver un public, de vous obliger à produire, ça vous permettra de rencontrer d’autres gens.
de la confrontation née la création. Pas d’oeuvre sans lecteur, pas d’excitation sans émulation.

 

Dernière solution : les vidéos qui vous permettent d’apprendre à dessiner la Joconde sortant des flammes, tel un survivant.

2/ la narration :
Pour le scénario, de toute façon , y a peu d’école.

Malheureusement, les rares écoles d’art que je connaissent qui ne mérpise pas le médium BD ont encore cette vilaine tendance à favoriser le graphique sur le narratif.
ça peut se comprendre, même si c’est très con.  Un joli dessin avec une histoire nulle, ça reste un joli dessin, tandis qu’une histoire géniale avec un dessin baclé, ça reste un truc qu’on ne lira pas.

ça change, je crois, voilà bien dix ans que j’ai quitté les cursus artistiques, ptet on a évolué là-dessus, on me contradira surement dans les commentaires.
Voilà en tout cas mes conseils.

Encore une fois : l’observation, l’étude  et la pratique.

  • Observation

Comme pour le dessin, lisez des choses faites par d’autre, dans des styles différents. Y compris des choses qui ne vous attirent pas mais qui ont du succès auprès des autres.  Comprenez les astuces de narration, essayez de décortiquer le scénario, non par le ressenti, mais par la meccanique : qu’est ce qui rend l’ennui, l’excitation, l’action dans le découpage, quand on enlève tout le dessin : pensez chaque bd que vous lisez avec des personnages batons, redessiner les comme ça, et vous comprendrez la mecanique derrière.

  • L’etude

Faites en fait la démarche inverse de la création : partez du produit final et transformez le en story board. En enlevant le joli dessin qui bluffe, vous reviendrez à la base et vous pourrez décortiquer le truc.

Voire… Parce que finalement FROM HELL dans le genre torché…

  • La pratique : Autoprod rules !

La seule que je recommande est celle-ci : multipliez les petits projets,rien de pire que ces gens qui arrivent avec leur roman graphique de 160 pages ou le dessin a complétement évolué au cours du truc, ou, pire, les mecs qui t’envoie un projetd’une saga de 125 tomes, alors qu’ils ont visiblement eu du mal à découper trois pages.

Donc faire des récits courts, de maximum 16 pages (ça peut être un dessin par page) mais qui soit bouclés à la fin.

Un début, un milieu une fin, un propos.

Voilà, faites en plein et micro-éditez les, vendez les à vos amis et à vos proches pour payer l’édition, éditez en une trentaine au début : vous verrez, quand il faut les vendre derrière, on soigne vachement plus.

Une fois que vous aurez bouclé une demi douzaine de projet, vous aurez déjà résolu plein de petits problèmes de narration et vous vous serez posé des questions de scénariste et d’efficacité : comment raconter une histoire en juste 16 images, est ce qu’on comprend ce qui se passe dans ce dessin et caetera…

Je mets en garde contre le fanzine ou le collectif, qui peut être un truc très bien quand il est associé à l’exigence, mais qui est en général un recueil de trucs bancals mal branlés sans exigence aucune. Rien de pire que ces trucs de bric et de broc où « tout le monde est le chef » (eurk). Evidemment, quand ça va vers des trucs comme ARBITRAIRE ou ALIMENTATION GENERALE et autres choses de valeur, là, ça devient intéressant, on se retrouve dans la confrontation. Mais les projets collectifs ouverts, c’est souvent la démonstration que la bonne volonté ne garantissent en rien la bonne qualité.

Attention, la pratique du fanzinat, si elle conduit parfois à un rajeunissement des cellules, ne garantissent en rien contre le port de la moustache associée au gilet et à la cravatte de représentant en aspirateur.

Restez maitre de votre production jusqu’au bout dans un premier temps et faites vos projets sans les mixer à d’autre chose. Laissez les se défendre seul, sans vous noyer dans la masse.

Vous pourrez aussi vous posez des questions d’éditeurs : choisir un format original, un papier, raisonner une couverture, un titre et un prix… ce sont des choses que j’ai abordé déjà sur mon blog à diverses reprises.

bon ça j’en ai parlé ailleurs, allez donc chercher dans les archives.

Voilà bon courage.

12 mar
2013

Il pleut, il pleut bergère, rentre tes vendangeurs…

Voilà deux petits dessins que bien cinq ou six années séparent… Sauras tu retrouver lequel est le plus vieux des deux ?

Sinon, peu de choses à ajouter autour…

Comme quoi, je fais mentir le nom de ce blog en permanence…

J’avais aussi fait des croquis sur place, il y a dix ans, mais je ne les retrouve pas là… Bref, c’est maigre aujourd’hui…

Bientôt j’aurais du temps pour écrire un texte et là, on verra ce qu’on verra…

5 jan
2013

Pierre Desproges est un gros con

Je ne sais pas ce qu’ont les gens avec ce type, mais moi, ça me dépasse.

Pierre Desproges.

PD, de ses initiales… le mec pas poli par excellence. Une langue chargée d’alcool, c’est l’évidence.

Un nom banal, un physique aux limites de l’ordinaire et du repoussant, mais surtout, un discours au delà du tolérable.

Comment ? Voilà que ce sombre quidam, sous le cachet d’un humour s’affranchissant du bon goût, se met à brocarder les rares juifs qu’il nous reste.

Et tout le monde de trouver ça du meilleur ton. A l’heure de la montée des extrémismes, il me paraît nécessaire d’ostraciser l’individu, dont l’usage d’un français épuré me semble révéler un nationalisme d’un autre temps.

Et ça passes aux heures de grandes écoutes à la télé, oui Madame, et plusieurs fois par jour, même, sur Rire & Chanson, aux dépends d’artistes véritables tels que Gad Elmaleh, Jean-Marie Bigard, Dieudonné ou Jamel Debouze.

On me répondra qu’il a fait profession d’anti-racisme par un sketch réservé à un autre Jean-Marie, lors d’un mythique « Tribunal des Flagrants Délires ». Je ne vois là exercice de style fort bien réalisée au demeurant, mais bien au dessous de la prestation fabuleuse de Luis Rego, lors du même réquisitoire, sur « La journée d’un fasciste ».


Luis Rego la journée d'un fasciste réquisitoires von susacacon

 

Aaaaaah Luis Rego, rappelez vous, cet émouvant GO mal dans sa peau dans ce très beau drame qu’est le film « les Bronzés ».
Mais si, le petit, là.
Le portugais, le portos, ouais.

Et après tout le monde de ressortir comme une vérité biblique qu’ « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde ».
Ah ah, la géniale trouvaille.
Il aurait été plus juste de dire « On ne peut pas rire de tout, mais avec tout le monde ».

Là oui.

Pierre Desproges, ce bourgeois complet qui nous raconte ses histoires de vins et de fesses, dans un français surchargé faisant sentir à tout à chacun l’inculture crasse dans laquelle vit l’auditeur de Rire & Chanson. Il pense à nos banlieues Pierre Desproges ?

Non, bien sûr.

Pas un mot de Verlan.

Mais alors du Verlaine, en veux tu en voilà.

Et ça c’est pour le côté ethnico-social, parce que, en ce qui concerne l’éthique et la morale, monsieur ne connaît plus de limite.

Ah, on a beau jeu de se moquer des cancéreux, en prétextant ses propres métastases.

Non, Pierre : de la décence, de la pudeur, le respect, merde.
Une mort triste et digne, sans rire, sans humour, c’est trop demander ?

D’ailleurs, sur cette histoire de cancer, je note que depuis qu’il en est mort, on l’entend plus beaucoup parler, hein, le Pierre Desproges.
Ça, la maladie, on se moque, on se moque, et puis, quand on en meurt, on fait moins le fier après.

Non mais quelle arrogance, ce type.
Par delà la mort, il nargue.

Et maintenant, on fait quoi ?

J’en viens enfin au point principal de mon article : Pierre Desproges me fait tout de même vachement moins rire depuis qu’il est décédé.
Hé bien, bizarrement, on a l’impression qu’il n’a jamais été aussi drôle.

Vous n’avez jamais remarqué comme tout le monde s’en réclame ?
Saint Pierre Desproges, priez pour nous.

Pierre Desproges, c’est ici. Mettez vos fleurs à droite, vos larmes à gauche et dites une blague de toto, merci

Ah les morts sont tous des braves types.

D’ailleurs, c’est simple, c’est toujours les gens les moins drôles et les plus dépourvus de second degré et de dérision qui vous expliquent à quel point ils adorent Desproges. D’ailleurs, ça ne va pas louper, ça fait deux fois que je posterais cet article, et, comme la première fois, les crétins les plus absolus viendront m’agonir de leurs insultes dans un petit nègre effroyable, bourré d’hérésies grammaticales en m’expliquant que « Desproges ait un jéni ».

Ça, on leur a bien expliqué pourquoi c’était drôle, tellement que, si l’essentiel d’entre eux n’a pas saisi pourquoi c’était drôle, ils ont compris que ça l’est.
C’est formidable.

(Remarquez, moi aussi, je suis incapable de savoir pourquoi la terre tourne autours du soleil, mais vous ne ferez pas démordre non plus.)

De toutes façons, moi, il me gave Pierre, depuis sa mort.

Je vais vous dire, aimer Desproges aujourd’hui, c’est d’un plouc.

Vraiment.

C’est d’un ordinaire.
Et puis il faut dire ce qui est, ça a mal vieilli.

Si.

Qui, de nos jours, a encore peur des communistes français ou des hordes du pacte de Varsovie assoiffées de sang et de viol qui nous guettent par delà le mur de Berlin ?

Personne, moi je vous le dis.

Laurent Gerra, voilà, une valeur sûre qui vieillira bien.
La preuve il est pote avec Johnny.

Desproges, c’est toc.

Allez, salut les ploucs, bisous à vous.

5 déc
2012

Politesse à l’allemande et la française…

Vivant à Berlin, je pense qu’on est de nombreux français expatriés à trouver les berlinois abrupts et parfois très désagréables, voire malpolis. Ma théorie, car ce n’est rien de plus, c’est qu’ il y a un profond malentendu entre ce qu’est la politesse pour un français et pour un allemand. A cela, il faut ajouter la « Berliner Schnautze » , la morgue berlinoise, l’équivalent de la belle humeur parisienne, celle qui fait que le moindre serveur te jettera ton café à la gueule, que le taxi t’engueulera si t’as pas la monnaie et qu’un trajet dans le métropolitain se fait toujours au milieu d’une foule gaie comme l’assistance d’une oraison funèbre.

Les parisiens, concours de coudes.
Ça va être plus facile de leur demander de l’argent qu’un sourire

Pour nous, français, la politesse consiste à mettre les formes, à sourire, à être aimable, à dire bonjour, à rendre le bonjour, à le re-rendre et encore et encore, à dire au revoir pendant des heures, à se présenter en faisant des ronds de jambes, à tenir la porte, bref, à rendre agréable le quotidien par pleins de petites attentions qui, si elles ne sont pas là, c’est pas grave c’est normal, mais, si elles sont là, la politesse à la française exige qu’elles soient rendues ou au moins « actées » (l’autre en prend connaissance et vous en rend grâce au minimum d’un signe de tête, d’un sourire, d’un merci).

Si ce n’est pas le cas, vous êtes un malotru, une connasse, un fils de pute, et on peut à bon droit vous faire la gueule et une crasse, parce que vous n’êtes « vraiment pas poli ».

A Berlin, la politesse, et je crois vraiment que c’est à ça que ça correspond, c’est de respecter l’autre en respectant les horaires et les règles. Bref rendre le quotidien agréable dans le sens que tout est à sa place en son temps.  Si vous le faites, vous êtes polis, sinon êtes un malotru, une connasse, un fils de pute, et on peut à bon droit vous faire la gueule et une crasse, parce que vous n’êtes « vraiment pas poli ».

Quand un allemand ignore votre bonjour, votre sourire, votre rond de jambe, parce que tout simplement ça ne veut rien dire pour lui. C’est comme si une négresse à plateau venait, en signe de politesse, vous agiter l’étui pénien de son mari sous le nez – je me mélange au niveau anthropologique, pardon, mais c’est pour la blague, en même temps, ah ah ah, on a ri, c’est si bon de rire, reprenons… -

Ho, la grosse politesse !

Pour elle, c’est peut être le comble de la politesse, mais vous, vous ne saurez pas forcément comment réagir (pour info, il convient alors de vomir en chantant joyeusement l’hymne national pygmée). Eh bien votre voisin allemand, c’est pareil. Quand vous l’attendez et que vous lui tenez la porte, pour lui, c’est bizarre, parce vous n’avez pas à faire ça : Il n’est pas dans les temps pour passer la porte, elle doit se fermer, voilà. Si vous l’attendez, vous cassez le rythme normal et lui peut à bon droit penser que vous attendez quelqu’un derrière lui ou que vous avez une crampe au bras, la main collée à la porte, ou que sais-je…

En revanche, si vous avez décidé de marcher sur la piste cyclable, si vous ne dites pas bonjour à tout le monde alors que vous êtes le dernier arrivé (bonjour qu’on n’est d’ailleurs pas obligé de vous rendre, car vous êtes le dernier arrivé,  même si vous à l’heure, vous êtes en retard…) alors vous êtes un butor et on peut à bon droit être bien désagréable avec vous, parce que vous dites fuck à la société, avec désinvolture.

C’est ça, souris, sale jeune…
ça ne fera oublier à personne que t’es à contresens et que tu vas payer !

Ainsi, mon joli scooter m’a l’autre jour valu un billet rageur d’un voisin car mon poney mécanique était parqué, un soir de neige, sous le porche qui n’est pour reprendre les termes du billet doux (même si bon… doux écrit en allemand, ça fait un peu billet doux dur), donc le porche n’est »ni un lieu de stationnement, ni un lieu de passage » (Sic pour le lieu de passage, parce qu’un porche, si c’est pas fait pour passer en dessous, je vois pas bien à quoi ça sert, enfin bon…) ; Bref, je me demandais comment faire un gros bras d’honneur à ce voisin vengeur et anonyme, tant vous savez que c’est quand même plus facile de rendre la justice quand on est caché derrière un masque et qu’on n’a pas de compte à rendre.

En même temps, un allemand, lui, n’hésitera pas à venir vous faire la morale en direct, il assume bien… C’est plutôt un truc d’américain ou de mexicain, de rendre la justice sous pseudo (Zorro, ce gros pédoque, les super-héros, ces baltringues).

 

Je ne dis pas que Zorro est pd,
je le trouve juste très proche de Bernardo.

Mais là, le type n’avait pas signé, je ne pouvais pas lui envoyer un chien de ma chienne,  pas moyen de savoir comment lui casser les pieds de façon impolie, voir carrément insultante, c’est mieux.

J’ai finalement trouvé.

Il me suffira tout simplement de passer sous le porche comme de rien. Cela sera bien suffisant pour dire au gars « leck mich am Arsch » (littéralement : « lèche-moi au cul », expression toute berlinoise qui correspond à notre « je t’emmerde, va te faire foutre, pauvre cul »).

Bien sûr, je prends le risque de me faire dégonfler les pneus dans la nuit, mais la cordialité des relations franco-allemande est à ce prix.

Mit freundlichen grüssen, votre

Wandrille