17 sept
2018

M le Marsouin, ou la snuff bd engagée

Voilà un texte partagé sur Facebook, texte bloqué sur plainte… pour incitation à la haine… Par justement, les fans d’un expert en la matière… Pour que ça continue de se partager, et pour faire rager ses petits nervis, je le reposte ici.

L’image est du grand, du fabuleux Gotlib.

Je vois passer de partout les mentions du trublion bd anti système et… je ne m’exprime guère dessus, sinon à travers quelques statuts ironiques (et sans doute un peu cryptiques pour qui ne suit pas l’actualité bd-réseau sociaux) qui laissent à deviner ce que je pense du gars et de son travail.

Pas beaucoup de bien, donc, s’il est besoin de le préciser.

Mais jusqu’ici, je me suis tenu un peu à l’écart, en me disant, notamment, qu’il y avait suffisamment de gens pour pointer la chose, le mec ne se cachant pas beaucoup de ses sympathies et poussant tous les jours un petit peu plus loin le coming-out de ses idées xénophobes…

Il y a eu des libraires et des galeristes pour inviter ce gars.

Officiellement ils l’ont fait parce qu’il a un public. Il vend quoi. Mais n’allez pas croire que c’est parce qu’ils partagent ses idées, hein, ho ben non alors surtout pas… D’ailleurs quelles idées ? Puisqu’on vous dit que c’est de l’humour ! D’ailleurs la preuve, c’est de la bd…
Le retour à la joyeuse équation : bd = humour. Et puis en plus, il est massivement vendu par Amazon, dont on se doute bien que les algorithmes commerciaux n’ont pas d’état d’âme, alors quand même on va pas se gêner pour gratter un peu par là.

Dieu sait qu’il est difficile notre métier de libraire, vous savez, ma bonne dame, on est une petite échoppe..

Donc bon, tollé sur les réseaux, prise à partie des intéressés qui se défendrait même de vouloir faire du pognon avec… Non c’est juste le « plaisir du partage du beau dessin et de la rencontre du public ».

Ben tiens.

Sur les réseaux enchaîne avec des appels au boycott de ces endroits et à l’interdiction de la page du gars. A l’appel de personnes fortement suivies qui, à leur tour, se font bloquer leurs pages, chaque camp envoyant ses troupes pour troller l’autre…

Ça tourne au  conflit ouvert, avec la question de devoir choisir un camp. On en revient toujours là. Quand on n’aime pas fort l’idée de censure, dans un sens ou dans un autre, les cabales de trolls, des Social Justice Warriors et les menaces physiques, et qu’on trouve ça dans les deux côtés, ça ne pousse guère à prendre position.

D’autre part, on n’aime pas faire de la pub à la merde. En parler, c’est déjà un peu ça.

Enfin, quand on estime que, sous le coup de plusieurs énervements passés, on en est venu à dire pas mal de trucs borderline soi-même ; voire carrément nuls. Des expériences qui ont amené à un peu plus de réserve. Parce que se brouiller avec des gens qu’on estime sur des sujets qui ne sont pas cruciaux pour soi, ça n’en vaut pas le coup.

Quand on s’aperçoit que, rétrospectivement, on a dit pas mal de conneries(Notamment ici d’ailleurs). On réfléchi à ouvrir sa gueule.
Voilà certaines des raisons pour lesquelles je préférais laisser les autres mouiller la chemise. Des gens plus droits dans leurs bottes que moi, plus militants, plus légitimes aussi pour parler de ces choses là.

Mais voilà, à un moment, ne rien dire, c’est aussi cautionner.

Le week-end dernier, je suis allé faire un tour en Belgique et, dans le cadre de mon job d’éditeur touriste qui fait de la présentation de ces nouveautés pendant le week-end, je rentre dans une librairie, une grosse grosse enseigne, et je vois un rayon entier mettant en valeur les recueils de l’héritier autoproclamé de Gotlib à l’humour anti-conventionnel antisystème qui se moque de tout le monde… mais quand même plutôt des femmes, des gros des pédés, des trans, des basanés… 

Ah oui. Presque « tout le monde » quoi.

Alors au niveau dessin, c’est sûr, je trouve ça moche, mais bon, qui suis je pour juger ?

Ma foi, les goûts et les couleurs… Qu’on trouve des gens pour dire que c’est bien gratté, je peux encore admettre. Après tout, les admirateurs de Jean Graton et des derniers Buck Dany pourraient avoir l’œil suffisamment vrillé pour y trouver leur compte.

A la rigueur, si ça raconte…

C’est là que le bas blesse. Ce que ça raconte.

Ça fait un moment qu’on sait que la bd sait faire passer des choses sérieuses, graves parfois, mais là, c’est juste grave. Oui, le dessin dit « d’humour » a déjà véhiculé du gros caca idéologique, Rivarol et autres torchons anti dreyfusard. D’ailleurs, de mon point de vue, pas mal de dessins contemporains de Charlie Hebdo sont assez dans le genre…

Pourquoi a t’on cru que la bd en serait exempt ?

Bien sûr qu’un jour ou l’autre, on allait trouver un dessinateur autodidacte avec suffisamment de talent pour décalquer un auteur populaire et suffisamment de frustration pour mettre son don de copiste pour pervertir le message humaniste de son modèle au service d’une idéologie de survivaliste raciste.

La prochaine étape ce sera d’avoir un dessinateur vraiment talentueux avec des idées à l’opposé de son talent. Ça ne saurait tarder au vu de la libéralisation de la parole violente et oppressive, on va bien à voir quelqu’un d’inspiré, avec un trait ET de la haine dans les veines. Ça fait belle lurette qu’on sait que le talent n’a pas grand chose à voir avec la qualité humaine.

J’en ai parlé avec les libraires, de ce rayon, de ce qu’ils en pensaient.
On m’a dit que c’était de l’humour.

On en revient toujours là,  certains des soutiens du brave dessineux t’expliquant que « certaines blagues » les font rire et que c’est pour ça qu’ils le suivent… Du coup, j’ai cherché les blagues. Pour rire.

Ben non.

Le scénario est toujours le même : On caricature un genre de personne et on finit par envoyer un musculeux défoncer la gueule au bouc émissaire de service à la batte ou au tank ou à la rangers ou à dos d’éléphant… l’imagination au pouvoir, the sky is the limit.

Voilà sinon, il y a…

Ah non, il n’y a rien d’autre.

Damned.

Alors les gars, l’humour, ce n’est pas de regarder un nervis taper sur quelqu’un qu’on aime pas, ça c’est un snuff movie. Et si tu regardes des snuff movies… ben franchement mon copain, tu peux te poser des questions sur toi.

Dessiner ce genre de truc pour soi de façon cathartique. On l’a tous fait hein…

Je me souviens d’avoir fait une planche comme ça, suite à une déception… une planche d’une authentique violence… Que j’ai eu la bêtise de publier. Quand j’y repense, j’ai encore honte de moi. Et il y a eu des lecteurs pour apprécier ce truc que j’aurais du bazarder. Ce genre de choses, tu les dessines si tu veux, mais tu ne les publies pas, c’est mieux. A la rigueur, si tu en fais beaucoup, tu vas les montrer à un psy. Ce que devrais faire l’autre Jean-Michel.

Le problème c’est le nombre de gens qui prennent plaisir à lire ça.

Parce que le fantasme de regarder celui qu’on n’aime pas trop terrassé, humilié, défoncé, plein la gueule pour pas un rond, avec plein de gusses qui viennent s’en réjouir en commentaires, c’est pas du comique, c’est pas de l’humour.

Non, ça a un autre nom.
La ratonnade.

Je les vois déjà les défenseurs du pauvre malheureux dessineux antisystème, t’expliquant que de la baston et du défouloir caricatural mauvais esprit, il y en a ailleurs, chez les meilleurs de la bd. Et ça va nous remettre Gotlib qui, c’est triste à dire, va sans doute devenir le point Desproges « on-peut-rire-de-tout-mais-pas-avec-tout-le-monde » de la BD pour servir de paravent aux tenants de la « liberté d’expression ».

Alors oui, chez Gotlib, ça se bastonne. Et on voit du muscle apparent.

Mais la baston n’est jamais au service de l’humiliation et s’achève toujours dans le rigolard et l’amitié. Le muscle gotlibien, loin d’être une ode à la masculinité, c’est toujours une (gentille) caricature du classicisme grec.

Quand à la mégalomanie du maître, elle est toute au service de son auto-dérision. Le grand Marcel se construit un piédestal en fromage prêt à craquer sous son poids, à être bouffé par les souris ou à fondre au soleil.

Quelle différence avec la suffisance du body-buildeur tatoué, ne se montrera a son désavantage et qui jamais au grand jamais ne montrera de faiblesse (car il n’est pas une femme ou un pédé).

Quoi ? Ça, c’est de l’humour ?

Quand le seul et unique gag, c’est de taper sur quelqu’un en changeant les fringues et le look de la victime et en variant le choix de l’arme. Ce n’est pas du comique de répétition, c’est du défouloir vengeur de mec mal dans sa peau et qui cherche dans les autres la cause de son malaise.

Si c’est ça qu’on aime lire, alors oui, c’est très clair, ce qu’on cherche c’est juste voir souffrir quelqu’un qu’on n’aime pas pour des raisons de frustrations personnelles.

Bien sûr, dans le camp en face aussi, on trouve des choses du même acabit… Des caricatures pas fort bienveillantes assortis d’insultes… Et ça plait pareil, d’ailleurs… Ouais, de la colère, on en trouve à gauche chez les plus ultras. Oui, là aussi, ça suggère qu’aller mettre un coup de boule à tel ou tel, ça peut pas lui faire de mal.

Alors à ce stade, c’est tentant, le grand relativisme.

Les extrêmes se valent… tout ça.

Sauf que, bizarrement, de l’autre côté les gens qui font ça sont aussi capables de se moquer d’eux même. Parce que quand on parle de taper « sur tout le monde », il faut avoir la bonne idée de commencer par soi.

Les sectataires du dessineux du courage hurlent contre Tanxxx, mais Tanxxx tout en colère intransigeante qu’elle soit, c’est aussi quelqu’un qui se moque d’elle-même sans se donner le beau rôle. Je ne suis pas dans ses petits papiers, mais pour la suivre en dépit de ça, on peut voir qu’en plus, on a affaire à quelqu’un qui tout en restant sans concession, est capable de revenir sur ses positions. Et intègre dans ses convictions.

Quand on lui offre la médaille elle crache dessus.
De l’autre côté, quand la page de monsieur anti-système risque d’être fermée, il fait courageusement marche arrière tout en roulant les mécaniques.

Du coup, s’il faut vraiment choisir un camp, ouais, pour moi, il n’y pas de doute, je vais pas aller du côté des brave gars sûr de leur bon droit, effrayé par l’invasion des profanateurs, qui se construisent leur petit mythe en se préparant à la guerre, comme leur héros qui fantasme un pseudo « conflit de société » non pas par crainte, mais bien parce qu’il le souhaite de toutes ses tractions.

Parce que c’est plus simple, une bonne guerre.

Plus besoin de composer avec les pas comme nous.

Les gentils contre les méchants.

Les chevaliers qui lavent plus blanc contre les hordes d’envahisseurs, tous les autres, là, les colorés, de peau ou de cheveux, les filles, les invertis, les bizarres, les gros, les pauvres… tous ceux qui ne ressemblent pas au winner du sommet de la pyramide… Parce que c’est vrai que c’est plus facile de se défouler sur la masse des faibles que de s’attaquer au puissant en haut, hein. En plus le but fantasmé, c’est d’être ce gars-là, alors non, hein…

On ne va pas remettre en cause son modèle dans la vie, en plus.

Allez, vite, vite, vite une bonne guerre ! On va bien rigoler. Il y aura du gros musclé pour aller taper sur les autres.

Bref, pour ceux qui prétendent que ce qu’ils aiment chez l’autre ce sont ses blagues, qu’ils arrêtent de se planquer derrière l’humour « qu’on n’aurait pas compris ».

On a bien compris.

Assumez les gars : Vous n’aimez pas rire. Vous aimez vous moquer des autres et les voir souffrir, même virtuellement, en attendant de pouvoir sauter le pas et le faire par vous même. Donc non, je ne rigole pas au « gag » du mec. Et oui, s’il faut choisir un camp… Ben je ne suis pas du sien.

Je m’attends du coup à avoir le traitement que mérite le social-racial-traître-racaille-boboïsante et je m’en tamponne le coquillard.

Laissez venir à moi les petits trolls, la mauvaise caricature d’après photo et le roulé de chenilles sur la gueule et laissez Gotlib dormir en paix.

Quoi que, à l’occasion, lisez-le, pour comprendre ce que c’est, l’humour.

Ça va vous faire bizarre.

Voilà et donc, sans surprise, on a eu le droit à un défilé de petits trolls hurlant à la liberté d’expression, chouinant sur les menaces de mort et de « on va te couper les mains » (et puis après les moignons et puis le nez aussi, tant qu’on y est)… et puis bien sûr les mecs qui viennent retaper le programme de leur gourou à grands renforts de locutions sexistes ou homophobes… Bref, rien de nouveau sous le soleil.

 

26 août
2018

Rock en Seine 2018

 

Cette année, par la grâce de mon ami Rolland, j’ai eu la chance de passer un jour à Rock en Seine, moi qui ai, pour la musique, la curiosité d’une hyène pour les légumes (alors que j’ai plutôt une bonne oreille et une mémoire quasi autistique pour les mélodies, vlà le gâchis).

Au dernier moment, mon comparse m’a averti qu’il ne pourrait être présent parce qu’il était dans les Rocheuses. Bon. On a tous des problèmes, faut pas juger. Du coup, je l’ai remplacé par mon cousin, amateur de gros sons hip hop. Le garçon vient de Versailles, c’est la banlieue, c’est pour ça.

Comme dans ces cas là, il vaut mieux préparer en amont, on a demandé conseil à ceux de nos amis les plus pointus qui, eux, s’y connaissent et s’y intéressent. Une liste de choses à écouter en priorité avant d’aller y mouiller son cornet acoustique.

J’avais pas trop envie de voir Charlotte Gainsbourg, ni Liam Gallager, donc ça, c’était out d’office.

Mes consiglioris musicaux ont fait une grande unanimité autour de Fat White family. Il fallait aller voir ça.

J’ai aussi laissé trainé mes oreilles du côté de King Gizzard and the Lizard Wizard , Malik Djoudi, et Cigarettes after sex.

Pour le dernier, ça s’écoute bien, je ferais bien plusieurs trajets d’ascenseur avec ça en musique de fond. Malheureusement, ça passait au milieu de l’après midi sur la grande scène.  C’était plutôt le moment de boire des bières avec l’ami Pochep qui sortait d’une performance de Quizz dessiné.

Le premier concert qu’on a vraiment entendu fut donc King Gizzard and the Lizard Wizard , dont j’avais écouté un album un peu rock seventies baba coulant, avec des voix à la MGMT, bon… J’étais moyen convaincu.

On a quand même décidé de donner sa chance au produit, et bien nous a pris, parce que, sur scène, ça envoyait du bois, avec notamment un guitariste moustachu charismatique qui équilibrait le lead singer chevelu, énième incarnation du guitar hero bonjoviste à midinette. Le premier, avec sa tête de mec inquiet de pas faire de fausse note, arrivait à porter des chaussettes blanches très apparentes et à avoir la classe. On avait pas vu ça depuis Mickael Jackson.

Le public est assez rigolo à regarder et à dessiner.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a un photographe ultra looké avec un mini tabouret pour prendre ses photos de la façon la plus ostensible possible avec son très gros objectif.

On sent le besoin de compenser.

Comme toujours dessiner, c’est la garantie d’attirer une sympathie venue de nulle part et de voir quelques curieuses se rapprocher pour jeter un œil vorace sur des dessins biens mais pas top, mais suffisant pour impressionner.

A la fin du set, on émigre vers la scène ou joue BLACK STAR, du hip hop avec des cuivres. Tout le monde est habillé en noir et blanc, ça fait très boys to men. C’est pas mal. Surtout les cuivres en fait.

Mon cousin aime bien le rap mais là, c’était pas assez bien apparemment.

Donc on est allé manger des pizzas hors de prix. Elles furent mémorables dans le sens où je me suis brûlé le palais et que je la sens encore cette trois fromages (d’ailleurs quel est le fromage qui a été sacrifié dans le passage de la quatre fromage à la trois fromage ? Je pose une question de fond…)

Liam Gallagher commence à beugler sur la grande scène, tout le monde se rapproche, on s’éloigne. On migre devant la scène île de France où chante PLK, jeune rappeur de 20 ans, d’origine Polak comme l’indique son blaze.

Eh bah, c’est pas mal. Non mais en fait, c’est même assez très bien. Grosse ambiance. Bon il fait vraiment trop sombre pour dessiner un truc intéressant, mais bon, vu qu’on danse, c’est pas fondamental.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis il y a LE truc que tout le monde m’a recommandé. Fat White Family.

Bon… Ben…

J’ai tenu trois chansons, et puis, là j’ai eu vraiment trop mal aux oreilles, les gars étaient complètement défoncé sur scène, selon mon accompagnateur et c’est vrai qu’entre chaque chanson les mecs s’asseyaient tous avec le chanteur qui boit tout le long.

Bel exemple pour la jeunesse.

Et après ? Ben après, c’est le moment où on est vieux et, alors que YOTA joue vers 23H30, on choisit de se rentrer.

Quoi c’est nul ? Oui ben, on a des familles nous.

Enfin pas moi.

Ouais, c’est naze.

Il faudrait vraiment que je me mette à prendre des drogues un jour.
Sur cette belle résolution, on va finir plutôt sur le dessin d’un couple qui s’embrassait, durant le trajet aller.

Bande de salauds.

17 sept
2015

Les oiseux migrateurs…

27 juin
2015

Comment adapter un chef-d’oeuvre. VATER UND SOHN.

Salut ami de la bande dessinée, du 9eme Art, du roman graphique et de la science graphico-séquentielle. Ou juste ami tout court.

C’est Wandrille qui te parle, éditeur de Warum, Vraoum et toutes ces sortes de choses. Tu me pardonneras donc ce ton un peu familier, on ne change pas à mon âge.

Je ne sais pas si tu le sais, mais depuis quelques six mois, on travaille  sur une intégrale d’une oeuvre majeure de la bande dessinée qui sort la pour la fête des pères.

La fête des pères en retard, ok oui.


Un pur chef d’œuvre.

C’est ce que dise de tous leurs livres à peu près tous les éditeurs d’abord à leurs représentants, puis à leur attaché de presse, puis aux journalistes, puis aux libraires, puis à Facebook… sauf que bon…

Là c’est vrai.

( Et je ne dis pas ça parce que c’est un copain, je ne le connais pas, le mec est mort.)

Pour une fois, donc, je ne ferais pas l’apologie d’un auteur existant et que j’admire et avec qui je partage des douteuses relations d’amitié, on sait que ça pourrit tout, l’amitié.

Il ne s’agit donc pas d’un de ces artistes que je contribue, avec mes autres collégues petitd-zé-moyens éditeurs à rendre assez connus pour que les gros éditeurs viennent nous les piquer en prétendant les avoir découvert, tu sais :  les Pochep, B-gnet, Guerrive, Reuzé, Aude Picault, Benjamin Renner, Navo, Bastien Vives, Geoffroy Monde et caetera…

Non, là je te (je vous) parle d’un auteur qui est mort en 1944 et dont la plupart des gens n’ont jamais entendu parler parce qu’il est… allemand.

Eh oui. C’est moche.

(Et non c’est pas Goethe, puisque je vous dis que vous ne le connaissez pas,alors arrêtez de faire semblant, bon dieu).


Erich Ohser  a travaillé de 1923 à 1945 et a créé son œuvre majeure de 1934 à 1937, soit une époque où, en France, on importait pas trop du matériel allemand. On se demande bien pourquoi d’ailleurs…

( Ah si oui, je sais… il y a cette histoire de guerre là… )

Alors certes, les allemands ont fait des trucs horribles dans les années 30, mais pas que…

La preuve :  VATER UND SOHN, série dont peut, sans prendre trop de risque, traduire le titre en « Père et fils ».

Cette série de strips présente un père et son fils vivant des aventures, faisant des farces et accumulant les baffes et bévues.

L’auteur, sa vie, son œuvre.
Et puis sa mort aussi, un peu.

Erich Ohser les a dessinés entre 1934 et 1937, sous la bottine nazie ( bottine soigneusement vernie comme il se doit sous le troisième Reich). Il va les publier  sous pseudonyme, puisque, en tant qu’ancien caricaturiste social-démocrate, il avait autant de chance de travailler dans un journal en 33  qu’un sdf de se présenter candidat à une élection nationale.

En 1933, courageux, mais pas téméraire, il va donc détruire ses dessins et quitte Berlin où l’ambiance est à l’auto-da-fé de certains des livres qu’il a illustré…

Mais voilà, la Gazette de Berlin a organisé un concours, et le rédac chef est un de ses admirateurs et lui propose de participer.

Plusieurs dessinateurs ont tenté leur chance, mais aucun n’a le talent de Ohser, qui l’emporte avec des pages de BD sur un père et son fils.

Ces strips sont tellement géniaux que, sous la condition d’utiliser un pseudonyme, E. O.Plauen, et de l’interdiction de la moindre allusion politique, il obtient l’autorisation de les publier.


Il fournira alors un strip par semaine.
Il recommence à gagner sa vie.

En fait, le succès va être tellement énorme que Plauen va devenir riche et célèbre. En 1935 le premier recueil paru va être vendu à plusieurs dizaine de milliers d’exemplaires… Bien plus qu’Hergé ne vendra avant un bon moment.

Il faut dire que ses bandes sont tellement touchantes, tellement bouleversantes et tellement pleine de joie qu’on a du mal à deviner qu’elles ont été écrites en pleine période hitlérienne.

Ce papa rondouillard, sorte de Dupont bedonnant, et son fiston hirsute, petit Gaston avant le gros nez, sont tour à tour, héros et anti-héros de gags et d’aventures loufoques, dans une grande  histoire d’amour et d’humour renouvelée chaque semaine.

Le succès sera national et dépassera les frontières, Vater und Sohn deviendra ainsi célèbre en Chine ( un succès probablement à mettre en lien avec le culte de l’enfant unique), mais, pour des raison historique évidente, en France, on a l’ignoré copieusement.

Nous, l’élite des auteurs de strips BD ayant le culte du médium (soit environ trois personnes) connaissons un peu les strips de Plauen, c’est  un incontournable, mais personne ne l’a vraiment lu intégralement.

Il faut dire que peu de ces pages ont traversé le Rhin (un fleuve pourtant tout ce qu’il y a de plus amène).

Un strip par semaine pendant trois ans… 156 histoires, qu’il faut pourtant lutter pour trouver… même si la bd est quasi muette, ne nécessitant pas de traduction majeure, il est extrêmement rare de tomber sur une sélection un peu dense de ces strips.

Quand on a la chance de tomber sur une page ou deux, on pense à Winsor Mc Kay, un peu, pour la naïveté et le côté idéalisé… et puis, vu qu’en général, trois strips, c’est tout ce qui tombe sous la main, on passe à autre chose.

En 1999, Le Seuil va bien tenter une édition partielle, mais faute de ventes ( j’imagine ) l’œuvre ne sera jamais publiée intégralement.

Voilà au moins six ans que je rêvais d’être l’heureux élu qui publierait en France l’intégrale.

Et voilà… ich hab es geschaft  ! //  I did it ! // Bouyaaaaa
(vo/ve/vf)

Parce que, oui, VATER UND SOHN, c’est une œuvre majeure de la bd, et pas que de la bd allemande, laquelle n’en compte pas forcément beaucoup, même si, depuis peu, de très grands auteurs se sont révélés.

En gros… il y a MAX UND MORITZ ( qu’il faudra bien qu’on édite correctement un jour ) et puis… euh… Bon ben Max und Moritz quoi.

Du coup, j’ai acheté le matériel pour faire la première édition intégrale de cette œuvre méconnue… et, moi qui croyais bien maîtriser le sujet, je me rendais mal compte à quel point c’est génial.

VATER UND SOHN ( qu’on prononcera « Fateur ounde zone ») c’est plus que des strips de bd touchants d’amour père-fils : il y a là-dedans un humour absurde complètement fou qui annonce avec trente ans d’avance Philémon et Fred, avec des trouvailles idiotes et un humour débile digne de Calvin et Hobbes

Plus toutes ces blagues maintenant archi-classiques qu’on a découvertes dans Boule et Bill mais que Plauen avaient déjà traitées.

D’ailleurs, à la lecture, ça fait bizarre de retrouver des gags qu’on a découverts dans les Spirous des années 60, écrits, souvent mieux, par un teuton pendant la dictature nazie.
Certain vous diront que le succès de la chose est surtout dû au contexte, à l’époque lourde nécessitant une légerté bienvenue, mais en fait, il n’en est rien. C’est juste exceptionnel.

D’ailleurs, quoi que surveillé dans son travail, même sous le coup de l’omerta, Plauen continuait à distiller du message en sous-texte.

Sylvain Farge, un universitaire bien plus talentueux que moi a publié un texte qui fait une analyse fine et pourtant assez limpide de l’entre-deux lignes, le lien dans la colonne à côté, je vous laisse découvrir, mais on l’a aussi ajouté à la fin du livre.

Plauen a arrêté sa série en 1937 quand il a commencé à se lasser du succès de ses personnages, qui l’avait pourtant rendu riche et sorti du statut de “persona non grata” du régime… Évidemment, il y avait la lassitude de lutter contre la direction du journal qui faisait du zèle en ajoutant des petites croix gammées  sous ses dessins.

N’empêche, la classe le gars… En pleine gloire il décide que y en a marre, devançant Bill Waterson de plus d’une cinquantaine d’années… Le succès, la gloire…

C’est là que la destinée de l’auteur devient dramatique : son succès sera finalement sa perte.

On pourrait croire qu’il s’en est tiré, mais non, hélas.

Étant donné son statut de star, quand la propagande est venue lui demander de collaborer, il n’a pas pu, ou pas su, dire non.

Oh bien sûr, de notre point de vue, c’est assez facile de dire qu’on a toujours le choix… J’imagine que pour lui qui avait femme et enfants, à la merci de gens qui ne respectaient même pas la propriété privé (rendez-vous compte !) et encore moins la vie humaine… bon.

Comme le disait le penseur-chanteur Jean-Jacques Goldmann “et si j’étais né en 17 à Leidenstadt”, bon ben, je sais pas vous, mais moi, je suis drôlement content d’être né en 77 à Suresnes (Hauts de seine).

Bref, il a dû devenir caricaturiste pour le journal DAS REICH, dont le titre laisse assez bien entendre que c’était pas un organe de résistance majeur, et là, même s’il n’a jamais dérivé dans les délires antisémites du régime, il bossait pour le troisième Reich.

Vu ses idées, sympathies et autres amitiés de gauche, le pauvre type a du se sentir comme  qui aurait enfilé ses chaussures à l’envers… Surtout qu’il tentait de se justifier en disant qu’il faisait juste caricature anti-alliés contre “les ennemis de l’Allemagne”…

Pauvre gars, tout de même.


Enfin, faut bien vivre, ma bonne dame.

Et  mourir aussi.
C’est ce qui va lui arriver quand, dénoncé par un voisin pour des propos “défaitistes” échangés dans un abri anti-aérien avec un ami, il finira en prison, où il se suicidera en endossant dans sa lettre d’adieu la responsabilité de cette discussion fatale.

Geste noble mais sans effet.
Son ami sera pendu quand même.

Sale époque.
Voilà voilà… C’est gai hein ?
Bon du coup revenons au livre qui lui n’est que joie.

 


Le travail d’adaptation, les choix éditoriaux…
et autres dilemmes cornélius.

Quoi qu’il en soit, et pour revenir sur ma petite personne, en toute fausse modestie, eh bien, c’était un peu fou de travailler sur des bd d’un autre temps. Ça pose aussi des tas de questions :

- Est-ce que je peux nettoyer un chef d’œuvre publié tel quel par les éditeurs allemands…?
- Est ce que je peux effacer une tache ?
- Est-ce que je peux redessiner un trait abîmé ?
- Finir une forme visiblement destinée à être fermée ?

-ajouter une pupille à un oeil que la verctorisation a simplifié à outrance ?

On touche un peu à l’histoire…

Comme j’ai la prétention de travailler déjà avec des auteurs majeurs (voir liste au début de l’article) et que je ne me fais pas faute de corriger leurs trucs, parfois à leur corps défendant, je me suis dit que je ne voyais pas pourquoi j’épargnerais un schleu mort depuis des plombe.

Surtout qu’il peut même pas se défendre, ah ah ah.

Les originaux ayant été détruit dans le bombardement de l’atelier de Plauen, toutes les éditions postérieures ont été faites à partir des scans des éditions abimées des parutions du livre…

(Ne me demandez pas comment ils n’ont pas été foutu de trouver un seul livre en état, j’étais pas là, j’étais pas né. ).

Enfin, l’édition allemande a été un peu faite en dépit du bon sens de lecture.

Au niveau mise en page, on sent que la tradition de lecture bd est mal implantée, du coup, parfois, on a vraiment besoin des numérotations de cases que Plauen mettait à une époque où on ne savait pas trop lire la bd.

Parfois les graphistes nous avaient monté les cases en escalier ou c’est à peine si on arrive à retrouver l’ordre de la lecture même avec ces petites numérotations…

Du coup, après de longues hésitations, il a été décidé de les enlever ces petits numéros. OK ça fait moins “dans son jus” mais ça gêne la lecture, ça n’ajoute rien. Une fois que les strips ont été remis en page d’une façon plus contemporaine, tout cela se lit sans problème.

Sans compter que cette numérotation avait le fâcheux effet de casser la lecture. A chaque case on voyait que… c’était daté. Et, du coup, on perdait l’intemporalité de ses strips.

N’empêche que j’ai consulté pas mal de gens avant de faire ce choix : Elric Dufau, grand fan de Plauen, Marc Lizano, qui partage cette qualité, ou mein Freund (mon ami) Titus Ackermann, un de mes anciens collègues d’atelier à Berlin et bon gardien du temple de la bd allemande.

Verdict unanime : “on s’en fout de ces numéros, bazarde. “

Du coup, on me jettera sûrement la pierre, mais j’ai décidé d’enlever les numérotations des cases.

Vous sentez comment je me justifie trop, là ?

Idem, quand le dessin était trop abîmé au scan, j’ai bouché les trous, retouchés les images, redonné des regards… Parfois, scandale, j’ai même redonné un peu d’espace aux dessins qui collaient trop aux bords des pages. Encore une fois, je fais ça pour des auteurs contemporains qui dégueulent de talents, pourquoi devrais-je me retenir ?

C’est comme une traduction… d’une traduction.

Il y a un moment, il faut se sentir libre.

L’idée est de toucher le public le plus large possible, si les puristes sont outrés et préfèrent redécouvrir les originaux dans leur jus, je les aurais au moins encouragés à aller les chercher…

C’est amusant, par exemple de voir que les actions de mouvement dans les strips de Vater und Sohn sont toujours dessinées dans le sens inverse de lecture européens, qui va de gauche à droite… Les personnages marchent, le plus souvent, vers la gauche… Ce qui, en bd contemporaine est extrêmement rare. On encourage souvent le lecteur à tourner la page, alors que le mouvement vers la gauche va fixer le lecteur sur la page. C’est peut-être d’ailleurs le but recherché, vu que ces strips paraissaient à l’unité.

Mais du coup, la tentation de tout flipper vers la droite était grande. Cependant, les dessinateurs le savent : un dessin qui a été dessiné vers la droite marche moins bien lorsqu’on l’inverse par un effet miroir. Ça peut paraitre fou, mais c’est vrai.

Alors du coup, non, ça, je l’ai gardé.
Quoi d’autre ?


Les typos.

Comment on traduit un livre muet, déjà ?

Oui, parce que même si c’est muet, Plauen a, l’air de rien, glissé des textes, qu’il a fallu traduire.

Surtout qu’il écrit mal, ce cochon. Il y a cette case ou le père et son fils achètent des bananes et où il m’aura fallu dix minutes pour lire ce qu’il y a marqué sur l’étal du marchand… Je cherchais… je ne comprenais pas.

Surtout que Banane, en Allemand, ça se dit Bananen…

Et là, je cherche je cherche… et je comprends qu’en fait… il a écrit BANANEN en cursive. C’est juste illisible.

Le mec, il aurait dû être médecin. Non mais sérieux, regardez là-dessous c’est de l’hébreux !

Enfin, c’est ce que je croyais, parce que, en parlant avec Titus, j’ai appris un truc que je savais très vaguement, suite à l’édition en franco-allemand du FrontLinien de David Möhring et Phillip Rieseberg, c’est qu’il a existé, après le Gothique, que tout le monde connait, une écriture allemande spécifique, cette fameuse cursive, la Sütterlin, qui a été utilisée jusqu’à la seconde guerre mondiale et abandonnée pour l’écriture latine qu’on connait tous.

Aujourd’hui, même les allemands sont infoutus de lire cette écriture, pour vous dire.
Certains textes, pas tous, ont été écrits dans cette cursive : les textes écrits par les vieux, par exemple, quand le père et le fils touchent un héritage sur la lettre qui leur est adressée ; d’ailleurs je l’ai laissé dans la version française. ( Vous pouvez tenter de la lire,puisque vous ne me croyez pas, vous verrez…).

On a donc quand même dû se re-cogner tous les lettrages, et, pour une œuvre muette, il faut avouer qu’en fait… il y en avait des paquets… De quoi refaire une typo complète.

Bref… Ce projet, ce n’est pas un petit projet.
J’en ai eu mal à la main à force de le corriger et de le re-dessiner parfois.
Bon ok, c’est probablement parce que je me suis cassé la gueule dans l’escalier le mois dernier….

(vous aurez remarqué que j’ai une grosse tendance à parler de mois… )

(principalement les mois de juillet et d’aout, qui sont mes préférés.)

N’empêche, juste pour la légende, c’est beau de dire que ça a été un tel boulot que j’en ai eu mal à la main.

Le problème du titre…
On va quand même pas le laisser en allemand ?!!

Le titre originel c’est VATER UND SOHN… mais bon… C’est de l’allemand, n’est ce pas ?

Déjà que les français ne lisent pas l’anglais, alors de l’allemand ? Non, j’aime bien les libraires et tout, mais j’en connais peu  qui soient atteint de germanophilie (désolé les gars et hallo Buchhandler die Deutsch können, Ihr seid leider zu selten).

Alors du coup, sur la couverture, j’ai vraiment envie de marquer en gros VATER UND SOHN, avec un sous titre en français. Et puis sur la tranche, seulement, Père et Fils… Ou  les deux ?

Alors, vous, je sais pas, mais pour moi VATER UND SOHN, c’est VATER UND SOHN

Donc ok, on le traduit mais on laisse le titre originel sur la couverture, merde !

Parlons-en tiens de celle là.

La couverture, coco.
Un truc sexy vendeur… Oui, le nazisme parfait.

Au départ,  pour les représentants et les libraires, j’ai tombé une jolie couverture.

Un truc très doux, soft et mignon et joli, dans l’esprit des versions colorisées allemande. J’avais d’ailleurs colorisée rapido celle-ci, ce que le lecteur attentif pourrait deviner au vu du choix de chaussettes audacieux du père (VATER)… Finalement, m’inspirant du travail de Benjamin Adam, qui lui même s’inspire pas mal du travail de Chris Ware qui lui même… enfin bref, j’ai décidé de partir sur une composition plus graphique.

Donc plutôt que faire du joli mignon sucré, je suis parti sur un truc référencé à l’époque…Or le graphisme des années 30, c’est le futurisme des trucs un peu durs, carrés, qu’on retrouve dans la propagande des régimes de fer… stalinisme, fascisme et nazisme… Pas trop du mignon-cute.

Je suis donc parti sur une typo sans sérif (sans pleins et déliés), au contraire de la font initiale du projet jaune et rose, super dure, bien fascisante, type années 30, avec en contrepoint les deux figures du père et son fils, tout en douceur.

Comme le livre est en noir et blanc, j’ai laissé les deux héros en noir et blanc, quitte à les faire ressortir sur une touche de couleur très gaie qui donnerait le ton léger et tendre de l’album.

Pour le reste de l’album, on s’est orienté vers une couleur bien datée, celle des uniformes de la Wehrmacht. Ce qui donne au niveau couleur…

Un vert de gris et un rose

Oui, j’aime jouer sur les contrastes.
Avant l’envoi à l’imprimeur, le projet ressemblait à l’image ci-dessous.


Sauf qu’en plus on a ajouté un pelliculage Soft Touch (pour le côté doux et tendre) et un dos toilé pour jouer la carte oldy, et accentuer le contraste doux dur.

Le dos, initialement prévu en dos rond a finalement été un dos carré, ce qui accentue encore le côté « brique » du livre.

Vous l’aurez remarqué sur la maquette au dessus, la taille de la toile était initialement assez réduite sur le plat avant de  la couv, tout au plus un centimètre de large Cependant, on a du l’étendre à 6 cm de plus pour permettre de coller au dos un autocollant pour le prix et le code barre, ce qui permet de pouvoir l’enlever et d’avoir un livre sans ce genre de pollution graphique, ni de reste de colle sur la couv… la toile c’est bien pour ça.

Et comme le rose ne ressortait pas assez sur la tranche… on a aussi changé la couleur, parce que finalement, le noir, c’est bien aussi hein…

Quant au nom de l’auteur, il a aussi été décidé de mettre les deux, son blaze sous lequel fut publié le livre eo plauen et son vrai nom de caricaturiste Erich Ohser. En français ET en allemand, mais en laissant la version française plus lisible. On a donc mis le titre en blanc, pour un contraste maximum avec le fond sombre ; le lecteur lira d’abord ce texte avant le Vater und Sohn qui est pourtant placé plus haut sur la première de couverture.


Et voilà le résultat, pas mal non ?

Je pourrais causer encore longtemps de ce livre, tellement c’est un projet important pour moi, que je rêvais de faire depuis au moins cinq ou six ans… Mais bon, il y a un moment où vous aller arrêter de lire, si déjà vous êtes arrivé jusque là, c’est beau.


Comment conclure…
J’ai toujours eu des problèmes pour conclure…
Vous ai-je dit que j’avais un (petit) faible pour les histoires de père et de fils ?

Non ?
Ah ben oui, voilà.

J’aurais dû commencer par ça…

Si ça vous intéresse d’en savoir plus  on va en parler pas mal dans les jours qui viennent… Une page entière est consacrée à ce projet dans  Le Monde - hors-série le monde des livres  du 26 juin 2015

Samedi 27 juin
à 19h20

Pastille dans le journal d’ARTE.
Une émission réalisée dans les locaux de la librairie Expérience à Lyon.

Si vous êtes parisien
Rencontre
il était une fois VATER UND SOHN
Mardi 30 juin
librairie L’Acacia
18h30

à République
.

Si vous êtes berlinois
Rencontre
il était une fois VATER UND SOHN
Jeudi 2 mai à la Librairie Raum B
20h00
à Rathause Neuköln.

POUR ALLER (encore) PLUS LOIN :

Le dossier sur Vater und Sohn
dans DICTACTURE ET RESISTANCE paru dans la revue GERMANICA par Sylvain Farge
La page Wikipedia de Erich Ohser alias eo plauen

La typo Sütterlin a aussi sa page WIKIPEDIA (en français si si)
Frontlinien / Des Lignes du Front
de David Möhring et Philipp Rieseberg
livre bilingue Franco-Allemand

11 nov
2014

La théorie de Wallace.

Depuis qu’il était en âge d’avoir l’occasion de porter des préservatifs, c’est à dire relativement tard, Wallace avait été amené à s’interroger énormément sur la taille des pénis en général et, en particulier, du sien.

Ça n’avait aucun rapport avec une quelconque fierté ou honte de son appendice génital, c’était purement pour des raisons pratiques. Croyait-il.

En réalité, Wallace était, comme la plupart des garçons de son âge, et des hommes plus généralement, considérablement mal à l’aise avec son sexe.

Cet organe extérieur doit être si peu gracieux qu’on est obligé de le recouvrir de plusieurs couches de vêtement, à tel point qu’il reste au plus chaud de l’été la seule partie couverte du corps et que, même dans l’intimité, les partenaires les plus audacieuses exigent qu’on l’enrobe encore d’une couche de latex pour diminuer sa nocivité.

Dire que Wallace n’était même pas catholique pour avoir ce genre de gêne.

En réalité, c’était cette exigence de l’ultime recouvrement qui l’avait amené à ce questionnement quasi existentiel : ai-je ou non un gros sexe ? La réponse devant lui permettre d’acheter la taille idoine de préservatif.

Etant donné qu’il n’avait jamais pratiqué de sport collectif, ni ainsi connu la franche camaraderie virile des douches en commun, il n’avait jamais pu comparer ses attributs à ceux d’autres mâles testostéronés.

De toute façon, Wallace doutait que ce genre de concours de bite se fasse autrement qu’au repos. Sauf peut-être chez les rubgymen, le rugby étant le sport de plus swag de l’hémisphère nord.

respectons l’identité de ces petits obsédés.

Il ignorait donc quelle taille de paquet correspondrait au sien quand, pour la première fois, il fallu acheter un lot de capotes. Au delà de l’épreuve de courage qui consiste à affronter le regard moqueurs de la pharmacienne cinquantenaire goguenarde lorsque le post-ado demande la chose de sa voix mal assurée, que demander ?

Petit, normal, large ou extra-large ?

Bien sûr, on peut dans ses cas là, demander l’avis de son partenaire…

Encore faut il en avoir.

Wallace choisit normal, s’étant toute sa vie mis dans la catégorie des moyens. Moyen plus quand ça va bien, moyen moins quand ça ne va pas.

Hélas, à l’entrainement –les garçons s’entrainent beaucoup dans ces cas là – il s’avéra impossible d’enfiler correctement la chose. Trop serré, au déroulé peu instinctif, Wallace choisissait régulièrement le mauvais côté du déroulement. Il lui paraissait injuste de ne pas parvenir à l’élégant glissé-déroulé sur banane auquel il avait assisté lors d’une projection vidéo d’éveil aux questions sexuelles à la fin de sa troisième.

Invariablement chaque tentative ressemblait à la pathétique enfilade d’un bonnet sur un château de sable s’écroulant au fur et à mesure de la tentative. La manœuvre lui semblait aussi compliquée que de coller une rustine sur un vélo en pleine marche.

Deux métaphores, c’est beaucoup, mais on voit mieux l’idée.

Après avoir gâchée deux boîtes en répétitions infructueuses, ce qui augurait du pire une fois placé dans les conditions du direct-live, Wallace en arriva à la déduction logique : il devait se chausser dans la pointure du dessus.

Alors que la plupart des garçons s’en seraient plutôt gargarisés, lui en éprouva une terrible gêne, décuplée lorsqu’il du commander la chose à la pharamacie, comme s’il se vantait d’un truc indu.

Quand il s’avéra que les capotes larges ne l’étaient pas suffisamment, il pris son courage à deux mains, et changea de pharmacie.

La troisième tentative fut la bonne.

C’était extra.

Large.

Pour une raison étrange, la vie sexuelle de Wallace qui jusque là s’apparentait à la mer de la tranquillité devint l’espace de plusieurs mois un hall de gare en période de départ en vacances.

Certaines de ses partenaires lui assurèrent qu’il était doté d’un gros zizi, mais il les soupçonna plutôt de lui avoir menti pour lui faire plaisir. Les femmes font cela, dit-on.

Il tenta une expérience homosexuelle, pour avoir un avis d’expert, mais le partenaire après s’être extasié sur ses supposées dimensions titanesques changea son avis post-rupture et déclara amèrement que Wallace disposait d’un « gardon anémique nourrit au vermicel de contrebande ».

Avis à prendre entre pincettes. Wallace n’avait même pas profité de l’expérience pour se comparer à ce compagnion dans sa tentative d’ouverture à une sexualité autre.

L’expérience lui avait juste appris qu’il était viscéralement hétérosexuel. Il reprit des rapports classiques et en resta à la taille extra-large.

Wallace se sentait toujours mal à l’aise avec cette impression de sur-dimension peu en rapport avec ce qu’il pensait de lui-même ; rappelons en effet que, pour une raison étrange, dans les sociétés occidentales du XXIeme siècle, on en est encore à associer la valeur personnelle d’un l’homme avec la taille de son sexe, sans parler des rapport étonnant avec la taille de ses pieds et la cylindrées des sa voiture.

Chez les grecs, on a la statuaire modeste sur l’apendice.

C’est ainsi que, pour se libérer de cette impression d’imposture que l’utilisation de grande taille lui procurait, Wallance avait élaboré sa théorie.

La voilà.

Etant donné l’importance que revêtait pour l’être humain de sexe mâle la taille de son appendice, Wallace soupçonnait les marques de capotes de nommer les tailles de préservatif avec un décalage d’une taille vers le bas. Ainsi, les personnes dotées d’une petite chose pouvait s’habiller en « normal », les moyens en « larges » et les gros en extra-large. Les personnes particulièrement moins dotées restant cantonnée à des appellations déprisantes.

Il faut bien qu’il y en ait.

Quoi qu’il en soit, pour tous les autres, l’impression d’être au minimum « normal » ou au mieux « bien membré » contribuait à la paix sociale et à la satisfaction du consommateur.

Cette hypothèse, pour fumeuse et sans fondement qu’elle soit, fut l’unique théorie jamais élaborée par Wallace, raison pour laquelle il en faisait souvent état. Sans expliquer ce qui l’avait amené à son élaboration.

Aux dernières nouvelles, Wallace est toujours dans le doute quant à la taille de son sexe.