27 juin
2015

Comment adapter un chef-d’oeuvre. VATER UND SOHN.

Salut ami de la bande dessinée, du 9eme Art, du roman graphique et de la science graphico-séquentielle. Ou juste ami tout court.

C’est Wandrille qui te parle, éditeur de Warum, Vraoum et toutes ces sortes de choses. Tu me pardonneras donc ce ton un peu familier, on ne change pas à mon âge.

Je ne sais pas si tu le sais, mais depuis quelques six mois, on travaille  sur une intégrale d’une oeuvre majeure de la bande dessinée qui sort la pour la fête des pères.

La fête des pères en retard, ok oui.


Un pur chef d’œuvre.

C’est ce que dise de tous leurs livres à peu près tous les éditeurs d’abord à leurs représentants, puis à leur attaché de presse, puis aux journalistes, puis aux libraires, puis à Facebook… sauf que bon…

Là c’est vrai.

( Et je ne dis pas ça parce que c’est un copain, je ne le connais pas, le mec est mort.)

Pour une fois, donc, je ne ferais pas l’apologie d’un auteur existant et que j’admire et avec qui je partage des douteuses relations d’amitié, on sait que ça pourrit tout, l’amitié.

Il ne s’agit donc pas d’un de ces artistes que je contribue, avec mes autres collégues petitd-zé-moyens éditeurs à rendre assez connus pour que les gros éditeurs viennent nous les piquer en prétendant les avoir découvert, tu sais :  les Pochep, B-gnet, Guerrive, Reuzé, Aude Picault, Benjamin Renner, Navo, Bastien Vives, Geoffroy Monde et caetera…

Non, là je te (je vous) parle d’un auteur qui est mort en 1944 et dont la plupart des gens n’ont jamais entendu parler parce qu’il est… allemand.

Eh oui. C’est moche.

(Et non c’est pas Goethe, puisque je vous dis que vous ne le connaissez pas,alors arrêtez de faire semblant, bon dieu).


Erich Ohser  a travaillé de 1923 à 1945 et a créé son œuvre majeure de 1934 à 1937, soit une époque où, en France, on importait pas trop du matériel allemand. On se demande bien pourquoi d’ailleurs…

( Ah si oui, je sais… il y a cette histoire de guerre là… )

Alors certes, les allemands ont fait des trucs horribles dans les années 30, mais pas que…

La preuve :  VATER UND SOHN, série dont peut, sans prendre trop de risque, traduire le titre en « Père et fils ».

Cette série de strips présente un père et son fils vivant des aventures, faisant des farces et accumulant les baffes et bévues.

L’auteur, sa vie, son œuvre.
Et puis sa mort aussi, un peu.

Erich Ohser les a dessinés entre 1934 et 1937, sous la bottine nazie ( bottine soigneusement vernie comme il se doit sous le troisième Reich). Il va les publier  sous pseudonyme, puisque, en tant qu’ancien caricaturiste social-démocrate, il avait autant de chance de travailler dans un journal en 33  qu’un sdf de se présenter candidat à une élection nationale.

En 1933, courageux, mais pas téméraire, il va donc détruire ses dessins et quitte Berlin où l’ambiance est à l’auto-da-fé de certains des livres qu’il a illustré…

Mais voilà, la Gazette de Berlin a organisé un concours, et le rédac chef est un de ses admirateurs et lui propose de participer.

Plusieurs dessinateurs ont tenté leur chance, mais aucun n’a le talent de Ohser, qui l’emporte avec des pages de BD sur un père et son fils.

Ces strips sont tellement géniaux que, sous la condition d’utiliser un pseudonyme, E. O.Plauen, et de l’interdiction de la moindre allusion politique, il obtient l’autorisation de les publier.


Il fournira alors un strip par semaine.
Il recommence à gagner sa vie.

En fait, le succès va être tellement énorme que Plauen va devenir riche et célèbre. En 1935 le premier recueil paru va être vendu à plusieurs dizaine de milliers d’exemplaires… Bien plus qu’Hergé ne vendra avant un bon moment.

Il faut dire que ses bandes sont tellement touchantes, tellement bouleversantes et tellement pleine de joie qu’on a du mal à deviner qu’elles ont été écrites en pleine période hitlérienne.

Ce papa rondouillard, sorte de Dupont bedonnant, et son fiston hirsute, petit Gaston avant le gros nez, sont tour à tour, héros et anti-héros de gags et d’aventures loufoques, dans une grande  histoire d’amour et d’humour renouvelée chaque semaine.

Le succès sera national et dépassera les frontières, Vater und Sohn deviendra ainsi célèbre en Chine ( un succès probablement à mettre en lien avec le culte de l’enfant unique), mais, pour des raison historique évidente, en France, on a l’ignoré copieusement.

Nous, l’élite des auteurs de strips BD ayant le culte du médium (soit environ trois personnes) connaissons un peu les strips de Plauen, c’est  un incontournable, mais personne ne l’a vraiment lu intégralement.

Il faut dire que peu de ces pages ont traversé le Rhin (un fleuve pourtant tout ce qu’il y a de plus amène).

Un strip par semaine pendant trois ans… 156 histoires, qu’il faut pourtant lutter pour trouver… même si la bd est quasi muette, ne nécessitant pas de traduction majeure, il est extrêmement rare de tomber sur une sélection un peu dense de ces strips.

Quand on a la chance de tomber sur une page ou deux, on pense à Winsor Mc Kay, un peu, pour la naïveté et le côté idéalisé… et puis, vu qu’en général, trois strips, c’est tout ce qui tombe sous la main, on passe à autre chose.

En 1999, Le Seuil va bien tenter une édition partielle, mais faute de ventes ( j’imagine ) l’œuvre ne sera jamais publiée intégralement.

Voilà au moins six ans que je rêvais d’être l’heureux élu qui publierait en France l’intégrale.

Et voilà… ich hab es geschaft  ! //  I did it ! // Bouyaaaaa
(vo/ve/vf)

Parce que, oui, VATER UND SOHN, c’est une œuvre majeure de la bd, et pas que de la bd allemande, laquelle n’en compte pas forcément beaucoup, même si, depuis peu, de très grands auteurs se sont révélés.

En gros… il y a MAX UND MORITZ ( qu’il faudra bien qu’on édite correctement un jour ) et puis… euh… Bon ben Max und Moritz quoi.

Du coup, j’ai acheté le matériel pour faire la première édition intégrale de cette œuvre méconnue… et, moi qui croyais bien maîtriser le sujet, je me rendais mal compte à quel point c’est génial.

VATER UND SOHN ( qu’on prononcera « Fateur ounde zone ») c’est plus que des strips de bd touchants d’amour père-fils : il y a là-dedans un humour absurde complètement fou qui annonce avec trente ans d’avance Philémon et Fred, avec des trouvailles idiotes et un humour débile digne de Calvin et Hobbes

Plus toutes ces blagues maintenant archi-classiques qu’on a découvertes dans Boule et Bill mais que Plauen avaient déjà traitées.

D’ailleurs, à la lecture, ça fait bizarre de retrouver des gags qu’on a découverts dans les Spirous des années 60, écrits, souvent mieux, par un teuton pendant la dictature nazie.
Certain vous diront que le succès de la chose est surtout dû au contexte, à l’époque lourde nécessitant une légerté bienvenue, mais en fait, il n’en est rien. C’est juste exceptionnel.

D’ailleurs, quoi que surveillé dans son travail, même sous le coup de l’omerta, Plauen continuait à distiller du message en sous-texte.

Sylvain Farge, un universitaire bien plus talentueux que moi a publié un texte qui fait une analyse fine et pourtant assez limpide de l’entre-deux lignes, le lien dans la colonne à côté, je vous laisse découvrir, mais on l’a aussi ajouté à la fin du livre.

Plauen a arrêté sa série en 1937 quand il a commencé à se lasser du succès de ses personnages, qui l’avait pourtant rendu riche et sorti du statut de “persona non grata” du régime… Évidemment, il y avait la lassitude de lutter contre la direction du journal qui faisait du zèle en ajoutant des petites croix gammées  sous ses dessins.

N’empêche, la classe le gars… En pleine gloire il décide que y en a marre, devançant Bill Waterson de plus d’une cinquantaine d’années… Le succès, la gloire…

C’est là que la destinée de l’auteur devient dramatique : son succès sera finalement sa perte.

On pourrait croire qu’il s’en est tiré, mais non, hélas.

Étant donné son statut de star, quand la propagande est venue lui demander de collaborer, il n’a pas pu, ou pas su, dire non.

Oh bien sûr, de notre point de vue, c’est assez facile de dire qu’on a toujours le choix… J’imagine que pour lui qui avait femme et enfants, à la merci de gens qui ne respectaient même pas la propriété privé (rendez-vous compte !) et encore moins la vie humaine… bon.

Comme le disait le penseur-chanteur Jean-Jacques Goldmann “et si j’étais né en 17 à Leidenstadt”, bon ben, je sais pas vous, mais moi, je suis drôlement content d’être né en 77 à Suresnes (Hauts de seine).

Bref, il a dû devenir caricaturiste pour le journal DAS REICH, dont le titre laisse assez bien entendre que c’était pas un organe de résistance majeur, et là, même s’il n’a jamais dérivé dans les délires antisémites du régime, il bossait pour le troisième Reich.

Vu ses idées, sympathies et autres amitiés de gauche, le pauvre type a du se sentir comme  qui aurait enfilé ses chaussures à l’envers… Surtout qu’il tentait de se justifier en disant qu’il faisait juste caricature anti-alliés contre “les ennemis de l’Allemagne”…

Pauvre gars, tout de même.


Enfin, faut bien vivre, ma bonne dame.

Et  mourir aussi.
C’est ce qui va lui arriver quand, dénoncé par un voisin pour des propos “défaitistes” échangés dans un abri anti-aérien avec un ami, il finira en prison, où il se suicidera en endossant dans sa lettre d’adieu la responsabilité de cette discussion fatale.

Geste noble mais sans effet.
Son ami sera pendu quand même.

Sale époque.
Voilà voilà… C’est gai hein ?
Bon du coup revenons au livre qui lui n’est que joie.

 


Le travail d’adaptation, les choix éditoriaux…
et autres dilemmes cornélius.

Quoi qu’il en soit, et pour revenir sur ma petite personne, en toute fausse modestie, eh bien, c’était un peu fou de travailler sur des bd d’un autre temps. Ça pose aussi des tas de questions :

- Est-ce que je peux nettoyer un chef d’œuvre publié tel quel par les éditeurs allemands…?
- Est ce que je peux effacer une tache ?
- Est-ce que je peux redessiner un trait abîmé ?
- Finir une forme visiblement destinée à être fermée ?

-ajouter une pupille à un oeil que la verctorisation a simplifié à outrance ?

On touche un peu à l’histoire…

Comme j’ai la prétention de travailler déjà avec des auteurs majeurs (voir liste au début de l’article) et que je ne me fais pas faute de corriger leurs trucs, parfois à leur corps défendant, je me suis dit que je ne voyais pas pourquoi j’épargnerais un schleu mort depuis des plombe.

Surtout qu’il peut même pas se défendre, ah ah ah.

Les originaux ayant été détruit dans le bombardement de l’atelier de Plauen, toutes les éditions postérieures ont été faites à partir des scans des éditions abimées des parutions du livre…

(Ne me demandez pas comment ils n’ont pas été foutu de trouver un seul livre en état, j’étais pas là, j’étais pas né. ).

Enfin, l’édition allemande a été un peu faite en dépit du bon sens de lecture.

Au niveau mise en page, on sent que la tradition de lecture bd est mal implantée, du coup, parfois, on a vraiment besoin des numérotations de cases que Plauen mettait à une époque où on ne savait pas trop lire la bd.

Parfois les graphistes nous avaient monté les cases en escalier ou c’est à peine si on arrive à retrouver l’ordre de la lecture même avec ces petites numérotations…

Du coup, après de longues hésitations, il a été décidé de les enlever ces petits numéros. OK ça fait moins “dans son jus” mais ça gêne la lecture, ça n’ajoute rien. Une fois que les strips ont été remis en page d’une façon plus contemporaine, tout cela se lit sans problème.

Sans compter que cette numérotation avait le fâcheux effet de casser la lecture. A chaque case on voyait que… c’était daté. Et, du coup, on perdait l’intemporalité de ses strips.

N’empêche que j’ai consulté pas mal de gens avant de faire ce choix : Elric Dufau, grand fan de Plauen, Marc Lizano, qui partage cette qualité, ou mein Freund (mon ami) Titus Ackermann, un de mes anciens collègues d’atelier à Berlin et bon gardien du temple de la bd allemande.

Verdict unanime : “on s’en fout de ces numéros, bazarde. “

Du coup, on me jettera sûrement la pierre, mais j’ai décidé d’enlever les numérotations des cases.

Vous sentez comment je me justifie trop, là ?

Idem, quand le dessin était trop abîmé au scan, j’ai bouché les trous, retouchés les images, redonné des regards… Parfois, scandale, j’ai même redonné un peu d’espace aux dessins qui collaient trop aux bords des pages. Encore une fois, je fais ça pour des auteurs contemporains qui dégueulent de talents, pourquoi devrais-je me retenir ?

C’est comme une traduction… d’une traduction.

Il y a un moment, il faut se sentir libre.

L’idée est de toucher le public le plus large possible, si les puristes sont outrés et préfèrent redécouvrir les originaux dans leur jus, je les aurais au moins encouragés à aller les chercher…

C’est amusant, par exemple de voir que les actions de mouvement dans les strips de Vater und Sohn sont toujours dessinées dans le sens inverse de lecture européens, qui va de gauche à droite… Les personnages marchent, le plus souvent, vers la gauche… Ce qui, en bd contemporaine est extrêmement rare. On encourage souvent le lecteur à tourner la page, alors que le mouvement vers la gauche va fixer le lecteur sur la page. C’est peut-être d’ailleurs le but recherché, vu que ces strips paraissaient à l’unité.

Mais du coup, la tentation de tout flipper vers la droite était grande. Cependant, les dessinateurs le savent : un dessin qui a été dessiné vers la droite marche moins bien lorsqu’on l’inverse par un effet miroir. Ça peut paraitre fou, mais c’est vrai.

Alors du coup, non, ça, je l’ai gardé.
Quoi d’autre ?


Les typos.

Comment on traduit un livre muet, déjà ?

Oui, parce que même si c’est muet, Plauen a, l’air de rien, glissé des textes, qu’il a fallu traduire.

Surtout qu’il écrit mal, ce cochon. Il y a cette case ou le père et son fils achètent des bananes et où il m’aura fallu dix minutes pour lire ce qu’il y a marqué sur l’étal du marchand… Je cherchais… je ne comprenais pas.

Surtout que Banane, en Allemand, ça se dit Bananen…

Et là, je cherche je cherche… et je comprends qu’en fait… il a écrit BANANEN en cursive. C’est juste illisible.

Le mec, il aurait dû être médecin. Non mais sérieux, regardez là-dessous c’est de l’hébreux !

Enfin, c’est ce que je croyais, parce que, en parlant avec Titus, j’ai appris un truc que je savais très vaguement, suite à l’édition en franco-allemand du FrontLinien de David Möhring et Phillip Rieseberg, c’est qu’il a existé, après le Gothique, que tout le monde connait, une écriture allemande spécifique, cette fameuse cursive, la Sütterlin, qui a été utilisée jusqu’à la seconde guerre mondiale et abandonnée pour l’écriture latine qu’on connait tous.

Aujourd’hui, même les allemands sont infoutus de lire cette écriture, pour vous dire.
Certains textes, pas tous, ont été écrits dans cette cursive : les textes écrits par les vieux, par exemple, quand le père et le fils touchent un héritage sur la lettre qui leur est adressée ; d’ailleurs je l’ai laissé dans la version française. ( Vous pouvez tenter de la lire,puisque vous ne me croyez pas, vous verrez…).

On a donc quand même dû se re-cogner tous les lettrages, et, pour une œuvre muette, il faut avouer qu’en fait… il y en avait des paquets… De quoi refaire une typo complète.

Bref… Ce projet, ce n’est pas un petit projet.
J’en ai eu mal à la main à force de le corriger et de le re-dessiner parfois.
Bon ok, c’est probablement parce que je me suis cassé la gueule dans l’escalier le mois dernier….

(vous aurez remarqué que j’ai une grosse tendance à parler de mois… )

(principalement les mois de juillet et d’aout, qui sont mes préférés.)

N’empêche, juste pour la légende, c’est beau de dire que ça a été un tel boulot que j’en ai eu mal à la main.

Le problème du titre…
On va quand même pas le laisser en allemand ?!!

Le titre originel c’est VATER UND SOHN… mais bon… C’est de l’allemand, n’est ce pas ?

Déjà que les français ne lisent pas l’anglais, alors de l’allemand ? Non, j’aime bien les libraires et tout, mais j’en connais peu  qui soient atteint de germanophilie (désolé les gars et hallo Buchhandler die Deutsch können, Ihr seid leider zu selten).

Alors du coup, sur la couverture, j’ai vraiment envie de marquer en gros VATER UND SOHN, avec un sous titre en français. Et puis sur la tranche, seulement, Père et Fils… Ou  les deux ?

Alors, vous, je sais pas, mais pour moi VATER UND SOHN, c’est VATER UND SOHN

Donc ok, on le traduit mais on laisse le titre originel sur la couverture, merde !

Parlons-en tiens de celle là.

La couverture, coco.
Un truc sexy vendeur… Oui, le nazisme parfait.

Au départ,  pour les représentants et les libraires, j’ai tombé une jolie couverture.

Un truc très doux, soft et mignon et joli, dans l’esprit des versions colorisées allemande. J’avais d’ailleurs colorisée rapido celle-ci, ce que le lecteur attentif pourrait deviner au vu du choix de chaussettes audacieux du père (VATER)… Finalement, m’inspirant du travail de Benjamin Adam, qui lui même s’inspire pas mal du travail de Chris Ware qui lui même… enfin bref, j’ai décidé de partir sur une composition plus graphique.

Donc plutôt que faire du joli mignon sucré, je suis parti sur un truc référencé à l’époque…Or le graphisme des années 30, c’est le futurisme des trucs un peu durs, carrés, qu’on retrouve dans la propagande des régimes de fer… stalinisme, fascisme et nazisme… Pas trop du mignon-cute.

Je suis donc parti sur une typo sans sérif (sans pleins et déliés), au contraire de la font initiale du projet jaune et rose, super dure, bien fascisante, type années 30, avec en contrepoint les deux figures du père et son fils, tout en douceur.

Comme le livre est en noir et blanc, j’ai laissé les deux héros en noir et blanc, quitte à les faire ressortir sur une touche de couleur très gaie qui donnerait le ton léger et tendre de l’album.

Pour le reste de l’album, on s’est orienté vers une couleur bien datée, celle des uniformes de la Wehrmacht. Ce qui donne au niveau couleur…

Un vert de gris et un rose

Oui, j’aime jouer sur les contrastes.
Avant l’envoi à l’imprimeur, le projet ressemblait à l’image ci-dessous.


Sauf qu’en plus on a ajouté un pelliculage Soft Touch (pour le côté doux et tendre) et un dos toilé pour jouer la carte oldy, et accentuer le contraste doux dur.

Le dos, initialement prévu en dos rond a finalement été un dos carré, ce qui accentue encore le côté « brique » du livre.

Vous l’aurez remarqué sur la maquette au dessus, la taille de la toile était initialement assez réduite sur le plat avant de  la couv, tout au plus un centimètre de large Cependant, on a du l’étendre à 6 cm de plus pour permettre de coller au dos un autocollant pour le prix et le code barre, ce qui permet de pouvoir l’enlever et d’avoir un livre sans ce genre de pollution graphique, ni de reste de colle sur la couv… la toile c’est bien pour ça.

Et comme le rose ne ressortait pas assez sur la tranche… on a aussi changé la couleur, parce que finalement, le noir, c’est bien aussi hein…

Quant au nom de l’auteur, il a aussi été décidé de mettre les deux, son blaze sous lequel fut publié le livre eo plauen et son vrai nom de caricaturiste Erich Ohser. En français ET en allemand, mais en laissant la version française plus lisible. On a donc mis le titre en blanc, pour un contraste maximum avec le fond sombre ; le lecteur lira d’abord ce texte avant le Vater und Sohn qui est pourtant placé plus haut sur la première de couverture.


Et voilà le résultat, pas mal non ?

Je pourrais causer encore longtemps de ce livre, tellement c’est un projet important pour moi, que je rêvais de faire depuis au moins cinq ou six ans… Mais bon, il y a un moment où vous aller arrêter de lire, si déjà vous êtes arrivé jusque là, c’est beau.


Comment conclure…
J’ai toujours eu des problèmes pour conclure…
Vous ai-je dit que j’avais un (petit) faible pour les histoires de père et de fils ?

Non ?
Ah ben oui, voilà.

J’aurais dû commencer par ça…

Si ça vous intéresse d’en savoir plus  on va en parler pas mal dans les jours qui viennent… Une page entière est consacrée à ce projet dans  Le Monde - hors-série le monde des livres  du 26 juin 2015

Samedi 27 juin
à 19h20

Pastille dans le journal d’ARTE.
Une émission réalisée dans les locaux de la librairie Expérience à Lyon.

Si vous êtes parisien
Rencontre
il était une fois VATER UND SOHN
Mardi 30 juin
librairie L’Acacia
18h30

à République
.

Si vous êtes berlinois
Rencontre
il était une fois VATER UND SOHN
Jeudi 2 mai à la Librairie Raum B
20h00
à Rathause Neuköln.

POUR ALLER (encore) PLUS LOIN :

Le dossier sur Vater und Sohn
dans DICTACTURE ET RESISTANCE paru dans la revue GERMANICA par Sylvain Farge
La page Wikipedia de Erich Ohser alias eo plauen

La typo Sütterlin a aussi sa page WIKIPEDIA (en français si si)
Frontlinien / Des Lignes du Front
de David Möhring et Philipp Rieseberg
livre bilingue Franco-Allemand

11 nov
2014

La théorie de Wallace.

Depuis qu’il était en âge d’avoir l’occasion de porter des préservatifs, c’est à dire relativement tard, Wallace avait été amené à s’interroger énormément sur la taille des pénis en général et, en particulier, du sien.

Ça n’avait aucun rapport avec une quelconque fierté ou honte de son appendice génital, c’était purement pour des raisons pratiques. Croyait-il.

En réalité, Wallace était, comme la plupart des garçons de son âge, et des hommes plus généralement, considérablement mal à l’aise avec son sexe.

Cet organe extérieur doit être si peu gracieux qu’on est obligé de le recouvrir de plusieurs couches de vêtement, à tel point qu’il reste au plus chaud de l’été la seule partie couverte du corps et que, même dans l’intimité, les partenaires les plus audacieuses exigent qu’on l’enrobe encore d’une couche de latex pour diminuer sa nocivité.

Dire que Wallace n’était même pas catholique pour avoir ce genre de gêne.

En réalité, c’était cette exigence de l’ultime recouvrement qui l’avait amené à ce questionnement quasi existentiel : ai-je ou non un gros sexe ? La réponse devant lui permettre d’acheter la taille idoine de préservatif.

Etant donné qu’il n’avait jamais pratiqué de sport collectif, ni ainsi connu la franche camaraderie virile des douches en commun, il n’avait jamais pu comparer ses attributs à ceux d’autres mâles testostéronés.

De toute façon, Wallace doutait que ce genre de concours de bite se fasse autrement qu’au repos. Sauf peut-être chez les rubgymen, le rugby étant le sport de plus swag de l’hémisphère nord.

respectons l’identité de ces petits obsédés.

Il ignorait donc quelle taille de paquet correspondrait au sien quand, pour la première fois, il fallu acheter un lot de capotes. Au delà de l’épreuve de courage qui consiste à affronter le regard moqueurs de la pharmacienne cinquantenaire goguenarde lorsque le post-ado demande la chose de sa voix mal assurée, que demander ?

Petit, normal, large ou extra-large ?

Bien sûr, on peut dans ses cas là, demander l’avis de son partenaire…

Encore faut il en avoir.

Wallace choisit normal, s’étant toute sa vie mis dans la catégorie des moyens. Moyen plus quand ça va bien, moyen moins quand ça ne va pas.

Hélas, à l’entrainement –les garçons s’entrainent beaucoup dans ces cas là – il s’avéra impossible d’enfiler correctement la chose. Trop serré, au déroulé peu instinctif, Wallace choisissait régulièrement le mauvais côté du déroulement. Il lui paraissait injuste de ne pas parvenir à l’élégant glissé-déroulé sur banane auquel il avait assisté lors d’une projection vidéo d’éveil aux questions sexuelles à la fin de sa troisième.

Invariablement chaque tentative ressemblait à la pathétique enfilade d’un bonnet sur un château de sable s’écroulant au fur et à mesure de la tentative. La manœuvre lui semblait aussi compliquée que de coller une rustine sur un vélo en pleine marche.

Deux métaphores, c’est beaucoup, mais on voit mieux l’idée.

Après avoir gâchée deux boîtes en répétitions infructueuses, ce qui augurait du pire une fois placé dans les conditions du direct-live, Wallace en arriva à la déduction logique : il devait se chausser dans la pointure du dessus.

Alors que la plupart des garçons s’en seraient plutôt gargarisés, lui en éprouva une terrible gêne, décuplée lorsqu’il du commander la chose à la pharamacie, comme s’il se vantait d’un truc indu.

Quand il s’avéra que les capotes larges ne l’étaient pas suffisamment, il pris son courage à deux mains, et changea de pharmacie.

La troisième tentative fut la bonne.

C’était extra.

Large.

Pour une raison étrange, la vie sexuelle de Wallace qui jusque là s’apparentait à la mer de la tranquillité devint l’espace de plusieurs mois un hall de gare en période de départ en vacances.

Certaines de ses partenaires lui assurèrent qu’il était doté d’un gros zizi, mais il les soupçonna plutôt de lui avoir menti pour lui faire plaisir. Les femmes font cela, dit-on.

Il tenta une expérience homosexuelle, pour avoir un avis d’expert, mais le partenaire après s’être extasié sur ses supposées dimensions titanesques changea son avis post-rupture et déclara amèrement que Wallace disposait d’un « gardon anémique nourrit au vermicel de contrebande ».

Avis à prendre entre pincettes. Wallace n’avait même pas profité de l’expérience pour se comparer à ce compagnion dans sa tentative d’ouverture à une sexualité autre.

L’expérience lui avait juste appris qu’il était viscéralement hétérosexuel. Il reprit des rapports classiques et en resta à la taille extra-large.

Wallace se sentait toujours mal à l’aise avec cette impression de sur-dimension peu en rapport avec ce qu’il pensait de lui-même ; rappelons en effet que, pour une raison étrange, dans les sociétés occidentales du XXIeme siècle, on en est encore à associer la valeur personnelle d’un l’homme avec la taille de son sexe, sans parler des rapport étonnant avec la taille de ses pieds et la cylindrées des sa voiture.

Chez les grecs, on a la statuaire modeste sur l’apendice.

C’est ainsi que, pour se libérer de cette impression d’imposture que l’utilisation de grande taille lui procurait, Wallance avait élaboré sa théorie.

La voilà.

Etant donné l’importance que revêtait pour l’être humain de sexe mâle la taille de son appendice, Wallace soupçonnait les marques de capotes de nommer les tailles de préservatif avec un décalage d’une taille vers le bas. Ainsi, les personnes dotées d’une petite chose pouvait s’habiller en « normal », les moyens en « larges » et les gros en extra-large. Les personnes particulièrement moins dotées restant cantonnée à des appellations déprisantes.

Il faut bien qu’il y en ait.

Quoi qu’il en soit, pour tous les autres, l’impression d’être au minimum « normal » ou au mieux « bien membré » contribuait à la paix sociale et à la satisfaction du consommateur.

Cette hypothèse, pour fumeuse et sans fondement qu’elle soit, fut l’unique théorie jamais élaborée par Wallace, raison pour laquelle il en faisait souvent état. Sans expliquer ce qui l’avait amené à son élaboration.

Aux dernières nouvelles, Wallace est toujours dans le doute quant à la taille de son sexe.

5 juin
2014

« Ta main sur mon cul, ma main dans ta gueule »

« Ta main sur mon cul, ma main dans ta gueule »

Le slogan est plaisant…

Je le vois il y a une semaine ou deux, sur les photos de copines…

Ça déboîte au niveau typo. Si Jean Michel, je t’assure. Et puis d’abord ferme ta gueule, parce que ta carte de visite est en Comic sans et le logo de ta boîte en Sand.

Ils sont chouettes, le logo est chouette, les filles sont chouettes…et pourtant… y a là-dedans quelque chose qui me chiffone… Comme je suis un peu lambin du cerveau je retiens mon « j’aime / je Like Je kiffe » en me demandant d’abord pourquoi ça n’existe pas en taille mec… Bon… il m’a bien fallu un temps pour prendre un parti là-dessus, et puis mon pote Charly m’a fait passer cette interview des créateurs de « la marque » (hum) Colère = non féminin et les idées ont commencé à faire leur chemin.

Et, pour ne pas changer, je vais devoir dire ce que j’en pense et ça va pas faire plaisir.

Alors je passerais sur la méfiance sur le caractère opportuniste de créer une marque pour défendre un idéal d’égalité… J’ai l’impression de revoir les pubs Beneton en mode militant…

Achète nos sous pulls si tu es contre le racisme brother

Je ne m’étendrais pas trop non plus sur le nom de cette marque et ce qu’il véhicule en sous-main c’est à dire que la colère contre le harcèlement de rue est un combat exclusivement féminin et que, quand on est un homme, on ne peut pas être en colère contre ça… visiblement ça ne dérange personne.

Je glisserais à peine qu’à ce compte là « cuisine, vaisselle, maison et soumission » sont aussi des mots féminins… et que, merde, féministe est aussi un nom masculin.

Mais non allez…
Passons, passons… collons juste au message et à l’interview.

Je lis l’interview, alpagué par la phrase catchy qui fait mal « viande à viol ». Encore une fois, on te raconte une expérience vécue, indéniablement vécue, qui te mets dans un état de colère empathique ou la raison recule de dix pas pour laisser place au sentiment et, surtout, au ressentiment.

Et du coup, on peut te faire passer n’importe quoi.

Donc voilà, Micheline se fait insulter dans la rue, et elle trouve ça insupportable et elle a raison : c’est insupportable.

Alors elle décide d’agir. Comment ?

En rejoignant une association , comme il en existe déjà pas mal ? Non, trop commun…

En allant patrouiller contre les harceleurs dans les rues, en ciré rose, comme les courageuses milices antiracaille qui bondent les rames de la ligne 9 dans le 16eme arrondissement pour faire peur aux racailles qui n’y sont pas ? Non, trop dangereux.

En créant un nouveau logo de profil picture militant ? Non, y a déjà quelqu’un sur le coup.

Tiens meilleur idée : on va lutter en créant une marque.
Et des tee shirt.

Gros succès.

A

Alors que tout le monde sait que les vrais combats se gagnent à coup de mug

 

Qui ne se reconnaît pas la dedans, attends ? T’es une fille, donc (tu as des cheveux) tu t’es au moins faire interpelée trente fois dans la rue , si ce n’est cent, si ce n’est mille (plutôt mille fois d’ailleurs je pense qu’on doit avoisiner ce genre de statistique, en France du moins). Tu ne peux que ressentir une juste colère et une grosse envie de coller une baffe à qui de droit.

Et puis attends, t’es pas en train d’enrichir Beneton, là, t’es en train d’aider une asso… Et que propose cette asso, comme premières mesures de lutte contre le harcèlement de rue, avec ce bel argent que tu va lui donner pour ces beaux tee shirts  ?

Eh bien, très logiquement, en accord avec le message du tee shirt : de donner des cours de Krav Maga, c’est à dire des cours de close combat en mode armée Israëlienne « tue ton prochain avant qu’il ne brûle ta maison et viole ta mère, tes filles et tes soeurs ».

Une sorte de dialogue social mais sans les mots et où si on met les pouces, c’est plutôt dans les yeux, voyez ?

(art by xchawybakakawaii)

Des cours de Minecraft Manga ?

Et c’est là qu’on touche du doigt la limite du propos.
Voir qu’on lui prend la main.
Dans la gueule donc.

Je passerais rapidement sur le concept « combattre la violence avec la violence » en 2014, il y a encore des gens pour trouver ça légitime, comme le « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ».

C’est bien la peine d’avoir eu Voltaire, Martin Luther King, Gandy et Mandela pour revenir à des basics comme ça… c’est à pleurer. Mais l’homme (et la femme donc) a la mémoire courte pour le bien et longue pour le mal, prompt à retomber dans ses erreurs et lent au pardon.

Non non. Admettons que tabasser les tabasseurs soit légitime (admettons…), rentrons dans cette logique de guerre. D’accord. Ok, j’éteins mon cerveau et je me mets en optique Robocop. Vive l’auto-défense et la justice personnelle.

Donc ok. Pour se défendre contre le harcèlement de rue, la solution, c’est le self défense : Le sport de combat…

moui moui moui.
C’est vrai que c’est plaisant cette idée de voir une nana retourner un High kick dans la tronche de benêt du jeune à capuche rigolard qui la serrée en la traitant de pute et en lui demandant de lui « pépon l’dard pour Di keus Kousine ».

 

Tiens, gros porc issu de l’immigration russe, ça t’apprendra à essayer de glisser ton nem sous ma robe en me traitant de Geisha !


Mais… y a ce truc là… Siiiiii… vous savez si vous vous intéresser un peu au féminisme… Une sorte de vérité qu’on met souvent en avant pour t’expliquer que la femme est structurellement une victime et tous les hommes potentiellement des violeurs c’est que… ben l’homme, ou les hommes pour ne pas faire d’essentialisme, sont en général plus fort que les femmes.

C’est comme ça, c’est pas hyper juste, mais là, y a rien à faire, dans l’état actuel de la science et de la nature, on ne pourra pas imposer de quota pour que des filles bodybuildées émergent à la naissance et que 50% de la population masculine se chétivise. Ahlala, la nature est mal faite. Ô marâtre nature.

Donc, sur ce concept assez bien accepté par les féministes de tous poils (dont les miens), on est d’accord.

Un mec est, de base, plus costaud qu’une gonzesse.

Et si la gonzesse résiste, a priori, elle se fait niquer (parfois littératelement d’ailleurs).

EDIT : là on a l’impression que je dis « ne résiste pas » non non non… c’est juste si tu commences à chercher à te battre, ça risque de mal tourner

Bon. On n’est d’accord ? Personne conteste ? OK.

EDIT again : il y a quelques thèses contestant justement la supériorité « structurelle » masculine, voir dans les commentaires.

C’est là que ça devient rigolo.

Alors expliquez moi qui a eu l’idée brillante de dire « oh ben puisque les filles sont moins fortes et que, dans un e confrontation physique elles auront quasiment automatiquement le dessous, ben… on va leur apprendre à se battre comme ça elle iront direct au combat » ?

Ben oui, c’est très malin.

Parce qu’en face, y a vraiment aucune chance que le mec fasse pas de sport de combat ou juste qu’il ait trois ou quatre potes pour venir lui donner un petit coup de main (voir cette jolie vidéo de 2010 sur la jeunesse de Bobigny). Alors qu’en face, on sait que les quidams sont pas exactement chaud chaud pour mouiller la chemise, t’as qu’à voir comment réagissent les passants sur la vidéo ou pire, les copines de la fille…

Donc en gros, on va motiver des femmes à apprendre le close combat pour aller se faire démonter la gueule… C’était pas plus simple dans rester au taser ou à la bombe à poivre ?

EDIT : pour beaucoup de filles, ce genre de cours sert surtout à se donner un peu de confiance en soi et à apprendre à redescendre dans la rue sans trop flipper.  Autre remarques après discussion avec des profs de Kraf Maga, apparemment, l’une des premières leçon qu’on t’apprend c’est « dès que tu peux barre toi » Autant pour le mythe du close combat de tueur… et du coup, là pour le coup, ça a du sens.

Oui, en 2014, le dialogue et la pédagogie, c’est un peu surfait…

Tiens et en parlant d’escalade de la violence… Qu’est ce qui se passe si le mec en face il a une arme ?

« Oh ben c’est simple, tu pense, on va apprendre aux filles à tirer au flingue et on leur donnera toutes une arme. »

Mais c’est vraiment très très intelligent.

Si.

C’et brillant. L’auto-défense, c’est vraiment la bonne solution. Et les milices aussi. Si, si.

Donc voilà « ta main sur mon cul, ma main sur ta gueule », c’est un bon slogan, c’est catchy, le design est chouette (super travail de typo, again) mais ce que ça véhicule, c’est dangereux pour celle qui la porte.

J’irais donc pas trop tenter les connards, vu qu’en général, c’est pas des malins.
Au lieu de ça, on a des lois, avec des flics derrière dont c’est le job d’aller prendre des coups et le cas échéant, d’en donner aux connards (dans le cadre bien sur d’une arrestation, en garde à vue, ça n’existe pas, c’est bien connu).

EDIT : Sauf que visiblement, sur le harcèlement de rue, les flics ne seraient pas très réactifs, me dit-on

Donc, si je peux me permettre, je vous propose le slogan alternatif :

« Ta main sur mon cul, ton cul au commissariat ».

Avant de finir, parce que je vois déjà comment ça va clasher dans les commentaires, merci aux petits donneurs de leçon moraliste militant des réseaux sociaux de mes deux d’aller ré-affuter certains arguments un peu usés.

Spécial dédicace à tout ceux qui choisissent de lutter à coups de profil picture (bravo les gars, le courage) et qui viendront m’expliquer qu’en fait, en critiquant le féminisme, je fais le jeu du patriarcat…

Autant vous le dire, je m’en branle : Je suis PAS féministe, je suis EGALITARISTE. Ça veut dire que ouais, ça me débecte de voir des nanas brimées, harcelées ou souffrir de discrimination. Pareil pour les pédés, les négros, les cathos, les feuj, les barbus, les Jean-Michel.

Mon ami le (sale) gauchiste contrarié Loïc Sécheresse m’a donné un bon moyen de débusquer le sexisme dans un dessin ou un concept… C’est quand, si tu inverse les protagonistes, ça devient choquant… reprenons le slogan du tee shirt…mettons un mec dedans… Attends, il veut mettre une droite à une meuf parce qu’elle lui a mis une main au cul… C’est choooooo ! C’est même salement sexiste non ? Ben oui, ça l’est.

 

(EDIT : il y a une bonne remarque de Thomas Mathieu dans les commentaires qui invalide le système pourtant simple et pratique de Loïc et qui montre qu’il est important de contextualiser certains éléments; je ne détailles pas vous irez lire)

Parce que l’antisexisme, ça n’est pas du sexisme inversée. Le sexisme inversé, c’est de la merde. C’est du sexisme.

Je sais, c’est difficile comme concept, j’ai conscience d’être aussi lu par des enfants. On en reparlera quand vous aurez étudié un peu des trucs, vous verrez que vous changerez d’avis un jour. Ou pas. Parce que comme le dit notre ami Brassens « l’âge ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con. »

*Et non, je ne suis pas en train de dire que le harcèlement de rue n’existe pas, que ce n’est pas bien, qu’il ne faut pas lutter contre ou vous apprendre à vivre votre sentiment de malaise APPRENEZ A LIRE PUTAIN. (Je mets ici une * pour renvoyer à cette phrase dans mes réponses aux nombreux commentaires d’intellectuels finkelkrautiens qui ne manqueront pas de suivre)

Je ne substitue pas ma parole à celles de ceux et celles qui souffrent, je critique juste quand les moyens employés pour améliorer la situation ne me semblent pas bon, comme c’est le cas ici.

La fin ne justifie pas les moyens et aucune cause, toute juste qu’elle soit, ne mérite qu’on n’utilise la violence (et la malhonnêteté intellectuelle) pour la défendre.  Si vous avez du mal à voir quoi faire, je vous renvoie aux écrits de messieurs Voltaire, Marthin Luther BB King  et les autres salauds d’idéalistes qui ont réussis à vaincre sans violence.

Pose ton gun sista.

Et pour conclure, je ferais une petite citation issue de « 32 idées reçues sur les français » ce manuel distribués au Marines pendant l’après seconde guerre mondiale (et dont vous pourrez retrouverer un fac similé dans le deuxième opus de l’excellente revue PULP ) qui se plaignait notamment que leur alliés français OSAIENT les critiquer alors que les Allemands étaient coopératifs (mais vaincus sous le coup d’une loi militaire)

« A tout prendre, il vaut mieux un allié critique qu’un ennemi, même obéissant. »

21 août
2013

Jean Michel, l’ami dépressif

L’autre jour, vous croisez par hasard Jean-Michel, un ami perdu de vue, ou vous décrochez à un de ses appels… et là… c’est le drame.

« Bonjour, ça faisait longtemps… ça va ?

Non ?

Ça ne va pas ? »

Qu’est ce qui lui prend de répondre ça ?

Mais ça va pas ou quoi de dire que ça ne va pas ?
Ça ne se fait pas de dire que ça ne va pas.

Personne n’a envie de savoir ce genre de truc.

Dit que ça va très bien et que tu as repris deux fois des chocapics ce matin.

Tout le monde s’en fout de ses problèmes, d’autant que chacun a ses merdes ; Alors oui, il a effectivement contracté une maladie vénérienne dégueu au cours de la nuit au poste passée suite à une dénonciation pour violence conjugale de la part de son ex qui l’a plaqué quand il lui a annoncé son licenciement, d’ailleurs elle a profité de son incarcération pour vider son appartement tout en changeant les serrures, juste pour faire un petit peu plus chier, ok c’est dur, mais merde, on en est tous là, alors un peu de respect pour la tranquillité des autres.

Si les gens vous demandent si ça va, ce n’est surtout pas pour entendre que non.  C’est un pur automatisme à rapprocher du « bon appétit » du serveur de bistro parisien lequel, en fait, vous souhaite plutôt une mort par intoxication alimentaire, vu le ton sur lequel il le dit.

Mais bien sûr, il va faire suer tout le monde avec ses soucis, et il ne devrait pas car, comme vous le diront tous les gens bien portant qui n’ont jamais touché du doigt le début d’une angoisse « c’est dans ta tête ». Alleluia, c’est dans la tête, le diagnostique est donné, il n’y a plus qu’à prendre une bonne aspirine et zou, c’est fini la grosse déprime, Jean-Michel est de nouveau prêt à reprendre sa place dans la course de rat, s’il est gentil, le docteur lui signera quelques jours d’arrêt maladie et il pourra regarder des séries dans son lit avant de regagner le travail le sourire aux lèvres et la mort dans l’âme.

C’est dans ta tête, je te dis.

Seulement, parfois, Jean-Michel est têtu, ce qui ne veut pas dire qu’il est pédé, attention.

Parfois, Jean-Michel a un peu plus que le blues, il est méchamment dépressif, ce con.

Et du coup, il fait vraiment chier.

Le meilleur conseil, pour se débarrasser de lui est de l’envoyer voir un psy. Pour se soigner, pour parler… Un professionnel qui supportera son auto-démotivation avec patience pour une cinquantaine d’euros de la demi-heure.

Un professionnel du casse-pied quoi, qui se fait payer un bon prix pour écouter les doutes existentiels du trentenaire en voie de quadratisation.

Mais peut être Jean Michel n’a pas les moyens et, du coup, il faut supporter sa litanie de loser et dieu sait que bon, les amis sont là quand on est dans la merde, mais passé un temps ça va.
Le problème du dépressif, c’est qu’il est vite redondant avec ses histoires. Il n’a pas le bon gout de passer à autre chose au bout d’une semaine. Pourtant, c’est pas faute de lui avoir dit.

« Passe à autre chose, prends un congé…».

Alors évidemment l’autre vous répond qu’il est en arrêt maladie depuis deux mois, ou qu’il rentre de vacances au soleil et que la côté d’azur lui a donné envie de se pendre.

Le salaud vous nargue avec ses vacances en plus… voyez ?

Du coup, comme vous êtes un bon ami, si, si, vous êtes un bon pote, alors vous essayez de lui dire que lui aussi est un chic type.

« Mais si, ça va bien se passer, elle reviendra, avec l’argent du ménage et ton boss avec qui elle couchait et qui va te reprendre. Et ton chien ressucitera, tu verras. »

Comme malheureusement, au bout de quelques semaines vos prédictions se révèlent d’un optimisme digne de la météo des plages bretonnes, il faut trouver un nouveau truc.

Si tu faisais un effort pour t’habiller, ça irait mieux tout de suite.

Ce truc, c’est de positiver.
Prononcez en séparant les syllabes.

Rappelez donc à la pauvre merde qu’avant de rentrer dans sa phase légume, il a été un être humain normal qui gagnait des sous, baisait des meufs et payait des impôts (attention, si votre ami déprimé est finalement gay, penser à changer le sexe).

Rappelez lui ses réalisations : Grand prix du château de sable de Trouville 97, c’est pas rien. Peut être qu’il a des enfants dont il peut être fier… ou au moins des enfants chez les Sims…  Ou peut être qu’une fois il a été médaille de bronze en badminton  au collège et que ça, ses parents ne sont pas prêt de l’oublier…

Alors parfois ce n’est pas évident de trouver des trucs, parce que, finalement, ce n’est pas si souvent qu’on fait des actes héroïques ou dignes d’être rappelé… Que faire si votre ami pénible n’a rien fait de vraiment notable, qu’il n’a pas sauvé un enfant de la noyade ou aider un vieux à mourir dignement, c’est à dire plus rapidement ?

Aidez un homme à partir dignement.

Eh bien, il reste à mettre en valeur ses qualités.

On en a tous, c’est bien le diable si votre plaie n’en a pas quelques unes à mettre en évidence. Sachez lui montrer qu’il n’est pas qu’un gros agrégat de défauts et que, malgré tout, surnage dans toute cette médiocrité quelques qualités indéniables.

Le cas échéant, si vous avez du mal à pointez ses qualités, montrez lui les défauts ou les problèmes qu’il n’a pas.

Par exemple, rappelez à Jean-Michel qu’il n’est pas un criminel de guerre, un pédophile multirécidiviste ou Claude Gueant. Et ça, c’est à mettre à son crédit.

Ou qu’il ne perd pas ses cheveux, ou ses dents… S’il les perd, évitez, mais montrez lui la chance qu’il a de n’être pas tétraplégique. Ça le dissuadera de faire un truc stupide, au risque de le devenir.

Le mieux étant de trouver un truc où votre crampon est vraiment seul de sa catégorie. Dans ces conditions, ce serait vraiment dommage qu’il en finisse privant ainsi l’humanité d’un être rare, du dernier représentant d’une espèce en disparition…

En étant un peu de mauvaise foi, on peut toujours trouver une qualité hors pair à notre pauvre ami. Ou même en étant de bonne foi, d’ailleurs.

On a tous un truc où on est plus fort que les autres.
Moi, par exemple, je suis fort en discours. Spécialement en discours de mariage.

Alors bien sûr, dans la vraie vie, ça ne sert absolument à rien, spécialement si vous n’êtes jamais invité à un mariage.

J’en connais un qui prépare un chouette discours, on va rire…

Mais c’est un argument comme un autre pour pas faire de conneries, parce que, figurez vous, c’est vachement plus dur de faire un discours quand on est devenu tétraplégique, suite à une mauvaise utilisation d’une arme à feu ou d’un trottoir combiné à un dénivelé de plusieurs étage.

Si vous trouvez cette qualité merveilleuse, peut être votre ami se sentira un peu exceptionnel l’espace d’un instant.

C’est le bon moment pour s’en débarrasser, raccrocher ou rencontrer quelqu’un dans la rue et filer à l’anglaise.

Si vous ne trouvez pas de qualité exceptionnelle, trouvez lui quelque chose d’exceptionnel qui n’est pas une qualité, ce sera un premier point de satisfaction :

« tu as des pointes de cheveux exceptionnellement fines » me parait un truc possible à tenter et invérifiable si le mec n’a pas une formation de coiffeur (je sais, ça fait toujours bizarre le mot formation accolé au métier de coiffeur).

Si malgré tous mes bons avis, vous n’arrivez pas à remonter le moral de votre Jean-Michel, c’est probablement que vous n’êtes pas un si bon ami que ça et, je serez vous, je me poserais un peu des questions sur vous.

Et hop, une bouée 3D dans ta gueule. ça peut te sauver. Virutellement.

Peut être qu’en insistant un peu, vous pourrez montrer un peu de compassion et d’empathie, suffisamment pour devenir vous même un peu dépressif. Vous pourrez alors rendre la politesse à votre dépressif en lui faisant partager votre dépression, ce qui devrait lui remonter le moral, tant il est vrai que le malheur des autres est souvent la meilleure des consolations.

Et sinon, ben ça lui apprendra.
Et à vous aussi.

Vous me déprimez tous.

La prochaine fois, je vous raconterais comment on écrit un chouette discours de mariage.
A moins que je ne vous donne des conseils pourris pour vous planter comme une merde.

Vous ne méritez pas mieux.

 

19 mar
2013

Conseils au bédéaste autodidacte

Il arrive, parfois, souvent, que je reçoive des projets avec plein de bonnes idées, des choses prometteuses, mais pas du tout matures graphiquement et/ou narrativement. Des trucs pas au point, des oeuvres de jeunesses, qui, chez un étudiant en art releverait de l’essai, du test, mais qui, bien souvent, est l’oeuvre d’un autodidacte, quelqu’un qui n’a pas étudié en école d’art, qui ne le fera pas, parce que, en général, il a déjà quitté les études, il a un boulot, une famille, pas le temps, pas l’argent…

Souvent ce sont des gens qui ont découvert la bd via le blog, support ô combien décrié par les gardiens du temple et qui a permis, ne leur déplaise de voir émerger pas mal de talent, dont pas mal d’autodidacte (Mr le chien, Navo, Lommsek… des gens comme ça, et pas des manchots).

Or,  j’ai la sottise de répondre à tous les projets qu’on m’envoie en donnant des conseils d’amélioration : parfois j’ai le droit à une volée de bois vert de la part du quémandeur qui veut bien qu’on le considéère comme un pro si on  l’édite mais qui ne veut surtout pas qu’on lui fasse de remarques sinon (s’il s’agit d’une fille, j’ai en général une remarque concernant mon « paternalisme » un truc qui donne vraiment envie d’envoyer valdinguer tout projet d’origine hystérique par la suite).

Concours de sosie de Fredy Mercury associé à la lutte contre le paternalisme.

Et parfois, à mes retours —que j’espère constructifs la plupart du temps— il m’arrive une tuile pire encore.

le débutant me demande plus de conseils. Et là je suis bien emmerdé. Du coup, je répond, ça me prend des plombes, c’est chiant… Du coup, je copie colle une réponse faite récemment, pour pouvoir la forwarder à chaque fois. Je suis un paresseux, mais merde, ça va deux secondes le service personnalisé.

Comme il s’agit de bande dessinée, je vais distinguer le dessin, sujet où je ne suis pas le meilleur praticien, du scénario, un thème que je maitrise déjà un peu mieux. Et j’ajouterais même des conseils d’édition… Là, c’est moi l’expert, baby.

 (Pour le dessin, je précise que tout ce que je dis à été déjà traité en mille fois mieux par Thibault Balahy sur son blog dans sa fabuleuse série de texte « de l’apprentissage du dessin » : une 25 aine de textes parus, dont celui là, sur l’originalité du dessin, ici).

 

  1. Progresser en dessin

pour progresser, je préconise trois choses : la pratique, l’étude et la rencontre.

A// LA PRATIQUE

  • éloge du carnet de croquis.

Le meilleur conseil que je puisse vous donner, un truc à pas cher et qui donne de bons résultats, c’est le carnet de croquis : dessiner d’après nature, les gens dans le métro ou autres, dans une recherche de dessiner CE QUE VOUS VOYEZ, pas de faire un joli dessin ou de trouver un style. Dans un autre carnet, vous pouvez, dans une mesure restreinte recopier le travail d’autrui pour comprendre certains « codes », mais, attention, la copie ne remplacera jamais le travail de dessin personnel, le travail de l’oeil qui fait passer le réel en 3D au dessin en 2D.

n’ayez pas peur de Tricher en dessin, d’ailleurs. Le dessin n’est pas la photographie, le dessin c’est la tricherie, un peu, c’est refaire le monde non tel qu’il est, mais comme on le voit ou comme on le veut.

cherchez juste à dessiner.

Prenez un beau carnet que vous aurez plaisir à ouvrir et à remplir, pas trop gros pour l’avoir toujours avec vous, ne déchirez pas les pages, gardez les mauvais dessins et pondez du dessin

Faites attention au papier : certains papier ne sont pas agréable à travailler.

J’aime bien les carnets Muji, mais c’est un choix personnel.

  • Acquérir la technique

Pour les cours, c’est souvent utile de suivre des choses techniques : Nu (fondamental pour apprendre à dessiner les personnages), anatomie (ça aide pour la même chose) et perspective (pas mal pour maitriser le décor) il existe des cours du soir à pas cher un peu partout, mais aussi des sessions de dessins en bar ou autre…

Il existe aussi des livres, ma foi, si des gens ont pris le temps de les écrire, il y a surement là-dedans des choses à apprendre. Demandez autours de vous les livres de références, évitez les livres gadgets ou se limitant à un style particulier (dessiner en Manga, dessiner les super héros, dessiner les bonasses…) le dessin, c’est le dessin, le sujet, on s’en branle.
N’ayez pas peur de bouffer du technique, c’est autant d’appris qui vous libérera par la suite. Les mecs qui méprisent la technique sont toujours, je dis bien TOUJOURS, des buses en technique. Ils la méprisent parce qu’ils en sont incapable, trop gland et paresseux pour l’acquérir. En général, ces gens là se réfugient derrière le concept en prétextant que celui-ci est plus important. Le fond supérieur à la forme.

Bullshit : la forme est le résultat direct du fond. Si la forme est à chier, c’est probablement que le fond l’est aussi.
Quelqu’un qui torche son dessin aura probablement torché son histoire.

S’il avait pris du temps sur son histoire, il se serait refusé à torcher le dessin. C’est aussi simple que ça.

  • Changez de technique

Faites plein de choses, testez l’encre, l’aquarelle, le charbon, le crayon… ce ne sont que des choses que vous feriez en cursus scolaire.

L’ordinateur, c’est gentil, mais c’est un outil qui vous bouffe facilement au début : c’est facile, ça rend joli, mais ça ne vous apprend rien en dessin.

Ce n’est pas l’outil qui apprend, c’est le dessinateur.
S’il ne change pas d’outil, le dessinateur n’apprend rien.

Dessinez avec un cruciforme, c’est pas du tout la même sensation qu’avec un tournevis plat, d’après Bastien Vives.

B // L’ETUDE

lisez des choses faites par d’autre, dans des styles différents. Y compris des choses qui ne vous attirent pas mais qui ont du succès auprès des autres.  Cherchez à comprendre ce qui caractérise un style, reproduisez le et puis libérez vous en. Vous garderez des choses de ça, votre oeil et votre main apprendrons dans l’experience, quand bien même le résultat vous déplairait.

Si vous vous contentez de lire ce qui vous plait, vous risquez juste de devenir une pale copie des maîtres qui vous inspirent.
Faites vous violence, allez voir ailleurs.

Il y a des oeuvres dont vous avez entendu parler qui ne vous « disent rien » parce que le sujet, le dessin, que sais-je…

Eh bien allez les lire. J’ai pour ma part découvert MAUS à 25 ans, un livre que je connaissais depuis 10 ans mais dont le dessin et le sujet me rebutaient. Grossière erreur. Des amis libraires m’ont forcé à découvrir le travail des frères Hernandez en m’offrant Locas et Palomar City. Enfin, il m’a bien fallu se forcer à lire V POU VENDETTA ou LES WATCHMEN, quand bien même le dessin me faisait pas bander du tout, pour comprendre pourquoi Alan Moore est un génie.

Quoi ? C’est chiant ? C’est difficile ?
ben oui on petit, mais tu croyais quoi, que ce serait une partie de plaisir ?
La BD c’est du boulot et il faut un peu en chier pour sortir des trucs biens. Alors ferme ton clapet et va te cultiver un peu. Non mais.

C//LA RENCONTRE

L’intérêt d’une formation consiste essentiellement à se confronter à des techniques (vous pouvez le faire seule) à pratiquer (vous pouvez le faire seul) et, enfin, et là c’est plus délicat, à rencontrer d’autres personnes qui font la meme chose que vous et auprès desquels vous apprendrez et vous vous transmettrez des choses.

Essayez de fréquenter des gens qui FONT. Des gens qui éditent des fanzines, rencontrez des auteurs, d’autres dessinateurs.

Ouvrez aussi un blog pour montrer votre travail. Au delà de trouver un public, de vous obliger à produire, ça vous permettra de rencontrer d’autres gens.
de la confrontation née la création. Pas d’oeuvre sans lecteur, pas d’excitation sans émulation.

 

Dernière solution : les vidéos qui vous permettent d’apprendre à dessiner la Joconde sortant des flammes, tel un survivant.

2/ la narration :
Pour le scénario, de toute façon , y a peu d’école.

Malheureusement, les rares écoles d’art que je connaissent qui ne mérpise pas le médium BD ont encore cette vilaine tendance à favoriser le graphique sur le narratif.
ça peut se comprendre, même si c’est très con.  Un joli dessin avec une histoire nulle, ça reste un joli dessin, tandis qu’une histoire géniale avec un dessin baclé, ça reste un truc qu’on ne lira pas.

ça change, je crois, voilà bien dix ans que j’ai quitté les cursus artistiques, ptet on a évolué là-dessus, on me contradira surement dans les commentaires.
Voilà en tout cas mes conseils.

Encore une fois : l’observation, l’étude  et la pratique.

  • Observation

Comme pour le dessin, lisez des choses faites par d’autre, dans des styles différents. Y compris des choses qui ne vous attirent pas mais qui ont du succès auprès des autres.  Comprenez les astuces de narration, essayez de décortiquer le scénario, non par le ressenti, mais par la meccanique : qu’est ce qui rend l’ennui, l’excitation, l’action dans le découpage, quand on enlève tout le dessin : pensez chaque bd que vous lisez avec des personnages batons, redessiner les comme ça, et vous comprendrez la mecanique derrière.

  • L’etude

Faites en fait la démarche inverse de la création : partez du produit final et transformez le en story board. En enlevant le joli dessin qui bluffe, vous reviendrez à la base et vous pourrez décortiquer le truc.

Voire… Parce que finalement FROM HELL dans le genre torché…

  • La pratique : Autoprod rules !

La seule que je recommande est celle-ci : multipliez les petits projets,rien de pire que ces gens qui arrivent avec leur roman graphique de 160 pages ou le dessin a complétement évolué au cours du truc, ou, pire, les mecs qui t’envoie un projetd’une saga de 125 tomes, alors qu’ils ont visiblement eu du mal à découper trois pages.

Donc faire des récits courts, de maximum 16 pages (ça peut être un dessin par page) mais qui soit bouclés à la fin.

Un début, un milieu une fin, un propos.

Voilà, faites en plein et micro-éditez les, vendez les à vos amis et à vos proches pour payer l’édition, éditez en une trentaine au début : vous verrez, quand il faut les vendre derrière, on soigne vachement plus.

Une fois que vous aurez bouclé une demi douzaine de projet, vous aurez déjà résolu plein de petits problèmes de narration et vous vous serez posé des questions de scénariste et d’efficacité : comment raconter une histoire en juste 16 images, est ce qu’on comprend ce qui se passe dans ce dessin et caetera…

Je mets en garde contre le fanzine ou le collectif, qui peut être un truc très bien quand il est associé à l’exigence, mais qui est en général un recueil de trucs bancals mal branlés sans exigence aucune. Rien de pire que ces trucs de bric et de broc où « tout le monde est le chef » (eurk). Evidemment, quand ça va vers des trucs comme ARBITRAIRE ou ALIMENTATION GENERALE et autres choses de valeur, là, ça devient intéressant, on se retrouve dans la confrontation. Mais les projets collectifs ouverts, c’est souvent la démonstration que la bonne volonté ne garantissent en rien la bonne qualité.

Attention, la pratique du fanzinat, si elle conduit parfois à un rajeunissement des cellules, ne garantissent en rien contre le port de la moustache associée au gilet et à la cravatte de représentant en aspirateur.

Restez maitre de votre production jusqu’au bout dans un premier temps et faites vos projets sans les mixer à d’autre chose. Laissez les se défendre seul, sans vous noyer dans la masse.

Vous pourrez aussi vous posez des questions d’éditeurs : choisir un format original, un papier, raisonner une couverture, un titre et un prix… ce sont des choses que j’ai abordé déjà sur mon blog à diverses reprises.

bon ça j’en ai parlé ailleurs, allez donc chercher dans les archives.

Voilà bon courage.